Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 7 mars 1989. Traduction de Michel Miousse

 

10. BAPTISTE LE FRIPON.

    

Il s’appelait Pierre Maisonnat, mieux connu et sans raisons apparentes sous le nom de Pierre Baptiste ou Capitaine Baptiste ou plus souvent, simplement Baptiste.  Il est né en 1663, à Bergerac en France, quelques 60 miles à l’est de Bordeaux.  Il est décrit dans différents documents comme soldat, marin, pilote, maître de bateau, capitaine, corsaire, flibustier, maraudeur, un pirate et un fripon.

Dans le langage d’aujourd’hui, on aurait pu aussi l’appeler un « bluffeur » et un « playboy. »  Il était si malin et astucieux et si trompeur en même temps, même en regard à son identité, que les auteurs se sont demandé s’il n’y avait pas en Acadie, au même moment, deux Baptistes d’à peu près le même âge et de la même stature.  À Boston, il prétend qu’il est né, « non pas sujet du Roi de France », mais « sujet de la Couronne britannique » et, qu’en tant que Protestant, il fut reçu ici (à Boston) par l’Église Française. 

Villebon, alors Gouverneur de l’Acadie, n’eût qu’à le connaître pendant quelques jours pour dire de lui qu’il était « un homme d’intelligence et d’entreprise… un homme de grande expérience… s’exprimant bien et dévoué à la cause de la France. »  Même auprès des Anglais sa réputation était telle qu’un de leurs capitaines, en 1695, demanda à Villebon de rencontrer celui qu’il considérait comme un « brave homme. »  Audacieux, rien ne semblait trop risqué pour cet homme.  Sans scrupules, toutes les crapules semblaient honnêtes à ses yeux.  Ambitieux, tout semblait lui sourire, du moins jusqu’à ce qu’il se fit prendre à son propre piège.

Nous le rencontrons pour la première fois en mai 1690 à la défense de Port-Royal qui fut enlevé par Sir William Phipps, qui lui-même emmena à Boston un grand nombre de prisonniers, dont l’un d’eux était Baptiste. Mais Baptiste s’organisa pour retrouver sa liberté.

L’année suivante, 1691, il écumait déjà les eaux de la Nouvelle Angleterre* en quête de butin.  Frontenac, alors Gouverneur de Québec, nous dit qu’en 1693, il connaissait « parfaitement bien les côtes de l’Acadie, étant déjà très familier avec les eaux et les côtes de Placentia, de Terre-Neuve jusqu’à Québec, du fleuve Saint-Laurent jusqu’à la baie de Fundy, de Port Royal jusqu’à Minas, la Rivière Saint-Jean*, la côte du Maine, Boston et même Manhattan.  Il semble avoir eu des maisons en différents endroits, Port Royal, la région d’Amherst, Placentia et Fredericton. »

Le nombre de vaisseaux ennemis dont il s’empara est incalculable.  Dans les premiers 4 à 5 mois de 1691, il en avait déjà pris huit.   En 1694, en trois mois à peine il en avait capturé dix.  Il gagna rapidement l’estime et la considération des Gouverneurs et Officiers français. 

Vers la fin de 1693, Frontenac l’envoie à Paris pour négocier les affaires de l’Acadie.  Il revint l’année suivante avec un vaisseau.

Sa première défaite sérieuse eut lieu en mai 1695 quand, entrant dans le Havre de Sidney, il entreprit de harceler une frégate anglaise qui le força à échouer son vaisseau sur les rives.  Mais il réussit néanmoins à s’évader en compagnie de son équipage.

Au printemps 1697, Villebon l’envoie faire un raid le long des côtes de la Nouvelle Angleterre avec l’ordre de détruire toutes les propriétés anglaises sur son passage.  Mais il fut capturé et emmené à Boston où il fut mis aux chaînes.  Quand les autres prisonniers français furent relâchés 6 mois plus tard, il fut gardé en captivité, étant considéré comme pirate, coupable de trahison et de meurtre.  Mais il parvint à s’évader quelques jours plus tard.

Sa liberté, par contre, fut de courte durée puisqu’il fut repris et ramené à Boston pour y subir son procès.  Entre temps Frontenac écrivit au Gouverneur Earl de Bellemont, s’exprimant en ces termes » Je suis persuadé…que vous ne saurez tolérer plus longtemps la détention à Boston, sous les chaînes du Capitaine Baptiste. »  Quelques semaines plus tard, il arrive à Jemseg, sur la rivière Saint-Jean, en chemin vers Port Royal.  Il reçut ensuite les commandes de six compagnies de milices, organisées l’année précédente, en 1697, par le peuple avec toutes les armes disponibles en main.

Durant les 4 années qui suivirent, il continua de molester les vaisseaux de la Nouvelle Angleterre en s’organisant toujours pour ne jamais être pris.  A l’été de 1702, il fut emmené à Boston, comme prisonnier pour une troisième fois.  Cette fois, le Gouverneur décida de s’en débarrasser pour de bon.  Quand le Gouverneur de l’Acadie apprit qu’il allait être pendu, il écrivit au Gouverneur de Boston qu’il allait lui servir des représailles s’il s’en tenait à son plan.  C’est ainsi que la vie de Baptiste fut épargnée. Nous sommes quand même un peu surpris cependant, alors qu’on le retrouve toujours en captivité au fort de Castle Island, juste au sud de Boston.

Quand, au cours de cette année, apparut la question de l’échange des prisonniers entre Boston et Port Royal, le Gouverneur français statua clairement qu’aucun échange ne pourrait avoir lieu tant que Baptiste ne serait pas aussi relâché.  Le Gouverneur de Boston lui répondit que Baptiste « est un effronté, qu’il ne mérite pas que vous le réclamiez à nouveau », et pour la même raison, « il me semble indigne de ma part de le retenir plus longtemps…Par conséquent, cette question allait être réglée. »  Mais une année complète s’écoula avant que Baptiste put recouvrer sa liberté.

Ainsi se terminent, apparemment, les aventures de Baptiste, bien que son nom apparaisse à quelques reprises dans les documents par la suite. Son nom apparaît, semble t-il pour la dernière fois en 1714, au recensement de Beaubassin ( Chignectou), où nous le retrouvons en compagnie de sa troisième femme.

La semaine prochaine, je vous raconterai combien il eût de femmes en réalité.