Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 11 avril 1989. Traduction de Michel Miousse

  

15. IL DÉFIE SA LIBERTÉ SOUS CAUTION.

 

En 1620, lorsque les Pilgrims arrivent à Plymouth, Massachusetts, ils demandèrent aux Amérindiens de conclure un traité avec eux.  Le chef Massasoit accepta de conclure le traité à condition que ce soit avec son « égal en rang », le Roi James d’Angleterre.  Deux de ses fils allaient lui succéder en tant que chef de sa tribu, les Pokenokets.  Le premier à le faire était Wamsutta, son fils aîné, à qui fut donné le nom d’Alexandre, en l’honneur de ses prouesses, rappelant en cela Alexandre Le Grand de Macédoine, un territoire au nord de la Grèce actuelle.  Ayant conspiré en 1656 contre les nouveaux colons, il fut attrapé par surprise.  Il devint si enragé d’être en captivité qu’il développa une forte fièvre qui finit par emporter le meilleur de lui-même. 

Il fut succédé par son frère Metacom, à qui le Gouverneur de Plymouth donna le nom de Roi Philippe, en souvenir de l’air majestueux, de l’ambition et du courage du Roi Philippe, père d’Alexandre Le Grand.  En 1675, il décida de rassembler autant d’Amérindiens qu’il le pourrait de partout en Nouvelle Angleterre pour recouvrer les terres que les Européens leurs avaient subtilisées.  Cet événement allait être connu dans l’histoire comme la guerre du Roi Philippe.  Bien qu’elle ne dura qu’une seule année, elle allait devenir la plus coûteuse des guerres jamais soutenues jusqu’à maintenant, alors que la dévastation fut semée du Maine au Connecticut.  Les Anglais y perdirent 600 hommes, 1200 maisons et 800 têtes de bétails alors que 3000 Amérindiens furent tués.  Elle prit fin pratiquement par la mort du « Roi Philippe » atteint d’une balle le 12 août 1676, tirée par un de ses propres hommes.

        Pendant que la guerre du roi Philippe faisait rage, le Major Richard Waldron de Dover, New Hampshire, mandata un marchand du nom de Henry Lawton, de Picataqua, Maine, de s’emparer de tous les Amérindiens « de  l’Est » qui avaient pillé les villes et les villages.  Il allait être assisté pour se faire par deux hommes capables ; il y avait William Waldron, sans aucun doute, un proche parent du Major Richard Waldron et John Laverdure, un frère des deux « Mellansons », Pierre et Charles, de Port-Royal, maintenant Annapolis, qui avaient tous deux épousé des Acadiennes.  

Le 9 novembre 1676, ils engagent un vaisseau, « l’Endeavor », et le lendemain, ils demandent au Capitaine John Horton de les accompagner.  Le même mois, deux autres jeunes hommes allaient être engagés, nommés Francis Mason et Edmund Cooke, qui n’avaient aucune idée du but véritable de ce voyage, Horton leur ayant dit qu’ils allaient prendre du poisson et de l’huile dans le Maine pour l’Île Faial, dans les Açores, Madeira et la Barbade, d’où ils étaient supposés retourner à Boston. 

Un de leur premier arrêt se fit à Machias, Maine.  Nous n’avons aucun enregistrement de ce que fut leur cargaison ; tout ce que nous savons c’est qu’ils y firent monter 9 Amérindiens.  

Ensuite ils se dirigèrent vers Cap Sable, le nom donné par la suite à la partie la plus au sud de la Nouvelle Écosse.   

Là, trois ou quatre Amérindiens montèrent à bord.  Pour donner l’impression qu’il ne s’agissait que d’une excursion amicale, John Laverdure, qui pouvait parler leur langue, les invita à la cuisine où ils demeurèrent toute la journée. Dans la soirée, il débarqua sur les côtes et ramena d’autres Amérindiens à bord, parmi lesquels étaient le « Sagamo » ou chef et sa femme.  On a dit qu’il y avait 17 Amérindiens en tout, hommes, femmes et enfants.  Quand ils sentirent que tout était prêt, ils mirent le cap sur les Açores.  Ils y vendirent leur « cargaison » d’Amérindiens. 

Malheureusement pour eux, il y avait au même moment à l’Île Faial, deux vaisseaux de la Nouvelle Angleterre qui virent ce qui se passait.  Aussitôt qu’ils revinrent en Nouvelle Angleterre, ils en avertirent les autorités.  Il ne fallut pas beaucoup de temps avant que les coupables soient appréhendés dès leur retour à Boston. C’était l’été 1676, lorsque Henry Lawton et William Waldron furent mis en prison.  En ce qui a trait à John Laverdure, il fut laissé en liberté pour un temps en échange d’une caution de 100 livres, que sa mère Priscilla Melanson avait emprunté pour l’occasion à son seigneur terrien.  Mais ce qui se produisit lorsque arriva  le  jour de son procès, est que John Laverdure n’y était pas.  Il avait brisé son engagement. 

Si la situation était désespérée pour sa mère, elle s’était transformée en véritable bénédiction pour nous.  En effet, Priscilla Melanson envoya une pétition au Gouverneur du Massachusetts et son Conseil, plaidant que les 100 livres, qu’elle avait mise en caution n’allait pas l’être en vain, et dans laquelle pétition, elle nous informe des origines de la Famille Acadienne Française Melanson, ce que nous n’aurions jamais su autrement. 

Le Gouverneur de la Colonie Française, Cadillac, avait statué que la famille Melanson était d’origine Écossaise, arrivée en Acadie en 1628.  Cette information fut considérée comme véridique et transmise par tous les auteurs comme un fait jusqu’en 1970, lorsque j’ai retrouvé des documents statuant que la famille était arrivée en Acadie en 1657, à bord du « Satisfaction » en compagnie du nouveau Gouverneur Anglais Thomas Temple, et s’est établi dans la ville que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de St-Jean Nouveau Brunswick*.  Par la suite, en 1973, j’ai retrouvé dans les Archives de la Cour Suprême du Massachusetts, à Boston, la pétition de Priscilla  dans laquelle elle statuait qu’elle était une « femme Anglaise » (la famille du nom de Mellanson en Angleterre demeurait dans le Yorkshires) et que son mari « Pierre Laverdure était d’origine Française et Protestante. »  Il a dû quitter la France pendant le siège de La Rochelle lancé par Richelieu en 1627 contre les Protestants.  Après le Traité de Breda, en 1667, lorsque l’Acadie fut rétrocédée à la France, elle dit qu’ils trouvèrent refuge sous le gouvernement Protestant de Boston afin d’échapper « à la colère des Cultivateurs Papistes (envers son mari) au fort St-Jean et dans les environs’.  Pierre Laverdure était allé vers Port-Royal en pensant que Jean devait être avec ses frères Pierre et Charles. Mais ses recherches furent vaines.  Ne retrouvant pas son fils, « qui avait été son poteau de vieillesse » et se faisant déjà très vieux, « il en eût une attaque au cœur » ; il décéda entre 1676 et 1677.  

Malheureusement, le plaidoyer de Priscilla fut refusé par décision des magistrats datant du 29 mai 1677.  Elle dût vivre de la charité jusqu ‘à ce qu’elle épouse un aubergiste de Dorchester, en banlieue de Boston, du nom de Capitaine William Wright. 

Qu’advint-il de John Laverdure ?  Quelques années plus tard, nous retrouvons un certain John Mellanson marié à Sarah, sans aucun doute notre John Laverdure. Pour cacher sa véritable identité, il aurait pris le nom de famille de sa mère, exactement comme l’avaient fait ses deux frères.   

En ce qui a trait aux autres personnes qui avaient pris part à la vente des Amérindiens dans les Açores, ils furent finalement acquittés.  En foi de quoi, John Laverdure, alias Mellanson, n’aurait pas eu besoin de s’enfuir. 

Mais celui qui demeure le plus coupable dans toute cette affaire est le Major Richard Waldron.  Je vous laisserai savoir la semaine prochaine, de quelle façon les Amérindiens ont pris soin de lui.