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Ce court texte a
été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans
le Yarmouth Vanguard le 18
avril 1989. Traduction de Michel Miousse 16.
ILS LUI ONT COUPÉ LES DOIGTS QUI AVAIENT FAIT
PENCHER LA BALANCE ET UN PEU PLUS.
Nous avons vu la semaine dernière de
quelle façon le Major Richard Waldron avait donné l’ordre au marchand Henry
Lawton et à d’autres parmi lesquels John Laverdure alias Mellanson, d’appréhender
des Amérindiens du Maine et de Cap Sable, ce qu’ils firent, pour aller les
vendre comme esclaves aux Açores. Il
va sans dire que cet acte de violence irrita au plus haut point les Amérindiens
de la côte du Maine et plus spécialement ceux de Cap Sable qui n’avaient
pris part d’aucune manière à la guerre du Roi Philippe.
Plus que tout, ils étaient enragés du verdict d’acquittement prononcé
par la Cour de Boston à l’endroit de ceux qui avaient perpétré cet acte de
« sauvagerie blanche. » De
plus, le Major Richard Waldron, qu’ils savaient être l’instigateur de toute
cette affaire, n’avait même pas été traduit en justice.
Par conséquent, les coupables étaient la Race Blanche dans son ensemble
mais plus particulièrement le Major Waldron lui-même. Ils allaient se venger sur la Nouvelle Angleterre en
molestant leurs pêcheurs qui étaient le plus à portée de main pour les Amérindiens
de Cap Sable. En ce qui a trait au
Major Waldron, leur vengeance n’allait être satisfaite que lorsqu’ils
pourraient obtenir le meilleur de lui-même, même si cela devait prendre des
années. Environ
au même moment où la cour de Boston acquittait les « coupables » malfrats, cinq vaisseaux de pêche des environs de Boston
vinrent ancrer dans le havre de Port La Tour, avec à leur bord environ 26
personnes en tout. Le 18 juillet
1677, à l’aube, 70 à 80 Amérindiens, protégés par une volée de
projectiles, montèrent à bord des vaisseaux, dépouillèrent les hommes de
leurs vêtements, les ligotèrent et les laissèrent sur le pont jusqu’à la
tombée de la nuit, où ils leurs commandèrent de naviguer vers la Rivière
Ponobscot dans le Maine (près de Castine).
Cependant, le vent étant tombé, ils furent incapables de quitter le
port. Une bagarre éclata dans la
soirée quand le chef des Amérindiens perdit complètement le contrôle de
lui-même. Le capitaine d’un des
vaisseaux saisit l’occasion pour le prendre à la gorge, le jeter sur le pont,
l’obligeant à se mettre à genoux pendant « qu’il lui enfonçait son
chapeau dans la bouche » pour le faire taire.
Pour étouffer son outrage. Au
même moment, quelques membres de l’équipage parvinrent à se saisir de
quelques Amérindiens qu’ils jetèrent par-dessus bord ; quelques-autres
sautèrent dans leurs canots. En ce
qui concerne les Amérindiens restés à bord, les vaisseaux les emmenèrent
vers Marblehead au Massachusetts, où, sans aucun doute, ils furent pendus, ce
qui à l’époque était considéré comme une simple formalité. Quelques
marchands de Salem à qui appartenaient la majorité des vaisseaux, armèrent
immédiatement un gros navire, le transformant en vaisseau de guerre, occupé
par quarante hommes forts et capables qui voguèrent vers le sud de la Nouvelle
Écosse. Ils longèrent la côte, scrutant chaque port mais sans succès.
Les Amérindiens étant probablement au courant de l’extraordinaire
force à laquelle ils devraient se confronter demeurèrent cachés. Mais
la guerre était loin d’être terminée.
Même s’ils furent incapables de donner aux pêcheurs de la Nouvelle
Angleterre une bonne leçon, les Amérindiens avaient toujours en tête le rusé
Major Richard Waldron, qui semblait toujours s’arranger pour leur glisser
entre les doigts, étant protégé par son rang supérieur dans l’armée.
Son temps allait venir, les Amérindiens ayant une mémoire d’éléphant,
particulièrement quand il est question de vengeance. Richard
Waldron était né en Angleterre aux alentours de 1609.
Encore jeune, il vint au New Hampshire où il devint un des premiers
colons à s’y établir. Il devint
un marchand et traita assez fréquemment avec les Amérindiens.
Les Amérindiens le méprisaient pour plusieurs raisons mais spécialement
parce qu’ils le disaient malhonnête. Par
exemple, en rapport avec la guerre du Roi Philippe, il invita un jour près de
400 Amérindiens à Dover, apparemment dans un geste purement amical.
Mais ce qui arriva est qu’il les fit tous prisonniers, quelques-uns
furent vendus comme esclaves, les autres furent exécutés. Et
ce n’est pas tout. Il lui
arrivait même d’abuser des Amérindiens, les trompant dans son travail de
marchand. Par exemple, lorsqu’il
pesait le matériel qu’il avait vendu, les Amérindiens pouvaient le voir
augmenter le poids des marchandises en appuyant son doigt sur la balance. En achetant les peaux de castor au poids, il insultait
« l’intelligence des Amérindiens », tel que le relate un auteur,
en insistant sur le fait que son poing ne pesait qu’une livre.
Quand ils lui payaient son dû, il négligeait de le déduire de leur
compte. Tout ça, les Amérindiens
ne pouvaient l’oublier. Ils
durent attendre 13 ou 14 ans avant de s’en emparer.
Voici ce qui arriva selon un auteur de l’histoire du Maine qui nous
raconte cette nuit où il fut cruellement massacré.
« Cette nuit fatale, deux squaws demandèrent l’hébergement à
l’intérieur de la garnison (où logeait ce même Waldron) ; et quand
tout fut tranquille, ils ouvrirent les barrières et donnèrent le signal.
En un instant, chaque appartement se retrouvait empli d’Amérindiens
dont plusieurs se précipitèrent à la porte de la chambre où le Major Waldron
dormait. Réveillé par le bruit,
il sauta du lit, bien qu’âgé de 80 ans et les refluèrent deux portes plus
loin à l’aide de son épée. Se
retournant pour s’enquérir de ses pistolets, il fut abasourdi par le vol
d’une hache, traversant le hall pour aller se planter dans l’accoudoir
d’une chaise près d’une longue table. »
Ensuite l’auteur continue avec des mots que je n’ose répéter,
mais signifiant substantiellement qu’ils commencèrent par lui couper le doigt
et le poignet en proclamant : « Ce doigt ou ce poing ne pourra plus
appuyer sur la balance dorénavant. »
À l’aide d’une lame bien affûtée, ils lui balafrèrent la poitrine
de plusieurs croix en proclamant : « Ici j’ai payé mon compte. » Si
vous trouvez que ces mots sont difficilement imprimables, ce qui suit, croyez le
ou non, est encore plus horrifiant, ce dont j’épargnerai le lecteur. Ce fut le plus horrifiant massacre et la plus répulsive et raffinée des cruautés jamais rapportées sur les Amérindiens. Un des nombreux auteurs, de qui il tenait son histoire, ajoute que c’est ainsi que les Amérindiens exerçaient leur « justice vindicative. » Ceci se passait au printemps de 1689. |