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Ce court texte a
été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans
le Yarmouth Vanguard le 25
avril 1989. Traduction de Michel Miousse 17.
ILS S’ATTACHENT AU MAT ET À LA ROUE DE GOUVERNAIL POUR NE PAS ÊTRE JETÉS
PAR DESSUS-BORD. Dans
la deuxième partie du siècle dernier, plus particulièrement dans les années
60 et 70, les Pubnicos expérimentèrent une des périodes les plus prospères
de leur histoire. De 1854 à 1875,
(1855), 105 bateaux de pêche furent construits, à une cadence de 3 à 4 par
année ; jusqu’à 9 une certaine année. Ces
bateaux étaient construits en hiver, après la saison de la pêche à la morue.
L’hiver précédent, les gens amenaient les billots sur le Grand Lac de
Pubnico jusqu’au moulin le plus près. Il
y en avait deux dans les environs du Lac ; l’un d’eux était situé à
l’ouest du lac, à la fin de la Route du Lac qui appartenait à la famille de
François-Jacques d’Entremont, appelé « Francisson. »
L’autre moulin était situé de l’autre côté du lac, à quelques
deux ou trois miles dans le bois. Quelques-unes
des poutres étaient travaillées à la main, comme la charbonnière, le beaupré,
la courbe, aussi appelé la couple ou la membrure, ainsi que le mât.
Les madriers étaient laissés à sécher durant tout l’été pour être
utilisés l’hiver suivant. Cela
se passait en un temps connu sous la « période du boom », qui
suivait le Traité de Réciprocité de 1856 entre les Etats-Unis et les
provinces du Canada que nous appelons le Libre Échange.
Il n’est pas surprenant qu’en 1876, il y avait jusqu’à 35 bateaux
de pêche appartenant aux gens de Pubnico, ancrés dans le port. Un
de ces bateaux était la goélette Manzanilla, de 60 tonnes, construite en 1869.
Elle appartenait aux gens suivants, tous de Pubnico Ouest.
Les 4 frères François-Xavier, André, Jérémie et Simon-Pierre
d’Entremont, fils de Maximin, (lui-même fils de Jacques) ; leurs trois
cousins Isaac, Ambroise et Archange d’Entremont, fils de François-Jacques (aussi
fils de Jacques) ; leur beau-frère, Denis Amirault, fils de Louis-Justinien
(lui-même fils de Cyriaque) qui avait épousé Natalie d’Entremont, fille de
François-Jacques ; Rémi d’Entremont, fils de Dominique lui-même (fils
de Charles-Célestin) ; et David-Léon Amirault, fils de Simon- Germain (lui-même
fils de Simon.) Comme
le marché du poisson aux Etats-Unis était meilleur qu’au Canada en raison du
Libre Échange, ces bateaux de pêche passaient l’été dans les territoires
de pêche des côtes de Gloucester et Boston, bien que ces territoires ne durent
pas être aussi riches que ceux de la Nouvelle Écosse, mais, du temps et de
l’argent étaient sauvé du fait qu’ils demeuraient dans les environs
jusqu’à l’automne. Malheureusement,
le Traité de Réciprocité ne dura qu’une vingtaine d’années, jusqu’à
ce que la période du boom s’effrite. Quelques
bateaux continuèrent à pêcher sur nos côtes, d’autres furent employés à
d’autres fins. Le Manzanilla
devint l’un d’eux. En
1880, le Manzanilla quitta Pubnico pour Boston pour s’approvisionner en farine. Le Capitaine en était Hilaire d’Entremont, 51 ans, frères
de quelques-uns des propriétaires et fils de Maximin. Avec lui, Henri d’Entremont, 25 ans, fils de Guillaume
(William), (lui-même fils de Charles-Célestin) et John Seeley, 42 ans, fils de
George, dont la famille vivait à la Route du Lac*, dans un endroit encore
souvent appelé La Butte à Seeley par les habitants français de Pubnico,
(Seeley’s Hill). Il y avait aussi
un cuisinier à bord. Quittant
Boston par un beau jour de bon augure, le vent ne tarda cependant pas à se
lever, atteignant bientôt la force d’un ouragan, avec des vagues de 10 à 15
pieds, accompagnées d’une pluie torrentielle, bousculant le bateau de haut en
bas, le balançant de gauche à droite. John
Seeley et le cuisinier se barricadèrent dans la cale, clouant chaque ouverture.
Henri d’Entremont sur le pont, afin de ne pas être emporté par-dessus
bord, s’attacha au mat, pendant que le Capitaine Hilaire d’Entremont
s’attachait lui-même à la roue de gouvernail.
Henri nous raconte qu’il pouvait voir le Capitaine balayé par-dessus
la balustrade, d’un côté à l’autre, pour se ramener par la suite vers la
roue de gouvernail. Le bateau,
devenu hors de contrôle, était emporté vers le Golf Stream*. Quand
la tempête atteignit Pubnico, les habitants, sachant que le Manzanilla venait
probablement de quitter Boston quelques jours auparavant, devinrent très préoccupés.
Ils envoyèrent un télégramme au Phare du Port de Boston, leur donnant
une description du Manzanilla. La réponse
leur parvint que le bateau en question était passé devant le Phare quelques
heures avant que la tempête ne commence. À
mesure que le jour avançait, comme ils priaient le Ciel de plus en plus
ardemment et n’apercevant toujours pas le Manzanilla, les habitants commencèrent
à perdre espoir jusqu’à qu’ils présument finalement que le bateau s’était
perdu en mer. Les
jours passèrent, peut-être même des semaines, mais voici qu’au loin, un
beau jour un jeune homme apparut en vue du village ; il venait juste
d’apercevoir au loin, se dirigeant vers le port, un bateau doté d’un large
cercle noir sur une de ses voiles ; c’était « la marque de
commerce » du Manzanilla. La
nouvelle se répandit dans tout le village comme une traînée de poudre.
Comme
elle amarrait le long du quai, elle fut accueillie par une immense foule,
quelques-uns clamant d’allégresse, d’autres criant de joie, d’autres
remerciant Dieu d’avoir entendu leurs prières.
Le Capitaine et son équipage étaient miraculeusement arrivés à la
maison, sains et saufs, dans les bras de leurs bien aimées,
pendant que la foule les acclamait, applaudissant et criant de joie. J’ai entendu cette histoire de mon oncle Raymond N. d’Entremont (1875-1974.) Lui-même l’avait entendue de son père, François-Xavier, un des propriétaires du Manzanilla. |