Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 2 mardi 1989. Traduction de Michel Miousse

 

18. L’ÎLE WILSON*.                                        

 

Les étudiants de sixième année de l’école de Wedgeport m’ont demandé un article sur l’Île Wilson, qui s’étend à l’est de leur village.  C’est avec plaisir que je fais suite à leur demande. 

L’Île Wilson n’est qu’une des nombreuses îles disséminées le long de la côte de la Baie de Townsend*, le nom officiel que nous en connaissons étant la Baie aux Homards*.  Les gens avaient habitude de dire qu’il y avait autant d’îles entre le Havre de Yarmouth et l’Île du Cap Sable qu’il y a de jours dans une année.  Nous devrions arriver assez près de ce nombre si nous devions y inclure tous les rochers et saillies de cette côte rocheuse. Plusieurs de ces îles ont leur petite histoire, aucune cependant n’est aussi notable que celle de l’Île Wilson, qui mesure 2 miles et demi de long sur 50 à 150 pieds de largeur. 

Le premier occupant de l’île était Paul Clermont ( aujourd’hui écrit Clairmont, aussi nommé Cléments.)  Il avait épousé Marie-Josephte Mius (Muise), fille de Charles-Amand et de Marie-Marthe Hébert.  Il était dans les environs de Barrington quand les Acadiens de cette région furent envoyés en exil au Massachusetts en 1756.  C’est là que naquit François Clermont dont le nom est étroitement lié à l’Île Wilson. 

Paul Clermont revint d’exil vers la fin des années 1760 ou début 1770.  Il s’établit dans un premier temps dans l’Île Surette, mais pour une courte période, avant de s’établir définitivement sur l’Île Wilson.  Sa maison y était située à la pointe sud de l’île, sur son bras côté ouest qui se prolonge jusqu’à la Pointe Wilson*, à 75 ou 100 pieds au nord de ce qu’une carte de 1850 désignait sous le nom de la « grande ferme. »  C’est la maison que son fils François occupera, après avoir épousé en 1795, Ludivine Doucet, fille de Joseph et Ludivine Mius de Wedgeport.  C’est dans cette maison que sont nés leurs 9 enfants. 

Brown nous raconte dans son histoire de Yarmouth, à la page 397, « qu’en 1763 ou plus-tôt, avait été offerte au Gouverneur Montague Wilmot, une région d’environ 5000 acres, s’étendant entre l’actuel village de Tousquet et la mer, incluant l’Île Surette et l’Île Wilson.  Les titres de ces terres semblent avoir été retournés au gouvernement ; parce que en juin 1801, ils furent offerts à nouveau à Joseph Moulaison et 27 autres Acadiens » (sic, pour 26 d’entre eux dont nous avons les noms.)  Le lot comprenait exactement 4874 acres et demi, ce qui représente toute la section du côté est de la Rivière Tousquet, incluant Tousquet, Pointe Hubbard, la Butte à Amirault, Pointe à l’Écluse, l’Île Surette et l’Île Wilson.   

Ce Joseph Moulaison était originaire de la Butte à Amirault, il était le fils d’un autre Joseph Moulaison, celui qui, né à Pubnico ou dans les environs, est allé se réfugier dans les bois durant l’Expulsion, sortant de sa cachette en 1764, trois ans avant qu’aucun autre Acadien ne revienne s’installer dans ce qui est maintenant le Comté de Yarmouth. Cette île se vit octroyer le nom de l’Île Brebis*, un nom qu’elle conservera jusqu’à la moitié du siècle.  Mais les Acadiens lui avaient donné d’autres noms, l’un d’entre eux était « l’Île à Sauge », parce que François Clermont était appelé « Sauge », sans raison apparemment, sauge étant le nom français pour « sage », une menthe médicinale.  Les gens d’un certain âge se souviennent d’avoir entendu, dans leur jeunesse, les personnes plus âgées faire usage de ce nom. 

A l’été de 1812, les États Unis déclarèrent la guerre à l’Angleterre parce que celle-ci les menaçait d’interrompre le commerce Américain, spécialement avec la France, de manière à conserver leur puissance navale.  Un certain nombre de corsaires Américains commencèrent à errer le long des côtes de la Nouvelle Écosse. 

Dans la soirée du 8 octobre de cette année 1812, les soldats d’un de ces corsaires débarquèrent sur l’Île Brebis.  La tradition nous rapporte qu’immédiatement, François Clermont pris son fusil et demeura partiellement caché à côté de sa maison, pour voir ce qui arriverait.  Il fut malheureusement découvert et tué de sang froid.  Par la suite les soldats entrèrent dans la maison et y saccagèrent tout, détruisant même un berceau dans lequel se trouvait un jeune enfant de sept mois, ils tuèrent ensuite un porc qu’ils emmenèrent avec eux en plus de tout ce qu’ils avaient volé et disparurent pour de bon.  Aussitôt que la nouvelle parvint aux autorités, ils envoyèrent un officier sur l’Île Brebis pour ouvrir une enquête.  Ce fut le dimanche 11 octobre qu’eut lieu l’enterrement, vraisemblablement sur l’île même. Les corsaires furent capturés peu de temps après par un cruiser Canadien, le Slogan et l’assassin fut identifié parmi les prisonniers comme étant le premier lieutenant des corsaires.  François Clermont laissait une veuve et neuf enfants, le plus vieux n’étant âgé que de 17 ans et la deuxième fille étant infirme et incapable.  On raconte que les corsaires avaient laissé leurs fusils sur le cadavre du porc, lesquels furent ensuite transportés à la Cour de Tousquet ; si cela est vrai, il n’y sont plus maintenant.  

Le second occupant de l’île était Jean Emmanuel Mius, né en 1809, fils de Charles-Amand Jr. et premier cousin de François Clermont.  Hilaire Pothier, dans sa petite histoire de Wedgeport, nous raconte « qu’il a vécu au même endroit que Sauge. » Il a épousé en 1831 Isabelle Leblanc de la Butte à Amirault, la grande sœur de celui qu’on appelait « Oncle Amand » celui auquel je fais référence dans mon histoire no.11. Il était connu de tous sous le nom de « Brock », un nom que les Acadiens donnaient au hadger.( ?)  Le nom de « l’Île à Brock » est encore donné de temps à autre de nos jours à l’Île Wilson.  « Xavier à Brock » ou François Xavier, fils de Brock, qui était de fait son seul fils fut pour longtemps synonyme de « domestique » chez les habitants français de la région.  Les descendants de la famille « Brock » sont encore nombreux, spécialement dans le comté de Yarmouth et au Massachusetts. 

Emmanuel Mius demeurait toujours à l’Île Brebis quand Hilaire Pothier écrivit sa petite histoire en 1884-5.  À la même époque vivait aussi sur l’île Léon Cottreau, fils de Thomas, né en 1833, marié en première noce en 1868. 

Des transactions pour la possession de l’île ou ses parties furent engagées peu de temps après qu’elle fût cédée aux 27 Acadiens en 1801, quelques-unes prenant effet ce même jour, et elle continuèrent jusqu’à aujourd’hui.  Sur un plan de l’île réalisé en 1981, 15 différents noms y sont inscrits. 

Vous-vous demandez pourquoi cette île portait aussi le nom de « Île Wilson »?  La concession de 1801, mentionnée plus tôt, fût faite « à l’exclusion de 50 acres situées à l’extrémité sud de l’Île Brebis, lesquels sont marqués et réservés en concession à Andrew Wilson », ce qui signifie que la résidence de la famille Clermont était située sur la propriété de Andrew Wilson.  Wilson était un loyaliste de Shelburne qui, semble-t-il, s’était établi sur la Route Shelburne Annapolis, commencée en 1787, 200 acres lui ayant été octroyées en cette localité l’année précédente.  C’est cette même année, en 1786, qu’il fit la demande d’une autre concession de 200 acres sur la « Rivière Tousquet Sud* », qui devaient sûrement inclure les 50 acres de l’Île Wilson.  Il est assez étrange que l’île continua d’être connue sous le nom de « l’Île Brebis » 70 ans et plus avant que le nom de « l’Île Wilson » fit son apparition sur les cartes.  Sur la carte de l’Église du Comté de Yarmouth, qui fut dessinée en 1871, nous lisons « l’Île Wilson ou au Brebis. » 

Quelques 13 années plus tard, Hilaire Pothier n’utilise que le nom de l’Île Wilson, lequel est encore aujourd’hui son nom officiel.