Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 20 juin 1989. Traduction de Michel Miousse 

 

25. UNE CONFESSION PAR INTERMÉDIAIRE EN HAUTE MER.         

Lorsque j’étais jeune et curieux, bien avant mon adolescence, j’ai entendu à Pubnico une histoire fantastique tellement bizarre que j’ai fait le tour de la paroisse pour demander aux personnes âgés si elle était vrai.  Ils me répondirent, bien qu’avec une certaine répugnance, qu’ils en avaient entendu parler plusieurs fois lorsqu’ils étaient plus jeunes.  Une dame américaine du nom de Agnes Bourneuf, qui passait autrefois ses étés chez son grand-père à Pubnico Ouest, ayant entendu cette histoire, écrivit à ce sujet dans le Catholic Digest de St-Paul au Minnesota en mars 1949.  Elle donna des noms fictifs aux personnages impliqués dans cette histoire, des noms jamais entendus à Pubnico, probablement parce qu’elle ne voulait pas révéler les noms réels. 

Ça a dû se passer vers le milieu de la seconde moitié du siècle dernier, quand les pêcheurs avaient à quitter leur famille pour deux à trois mois de suite pour les Bancs de Terre Neuve.  Mademoiselle Bourneuf donne le nom de Josephine au vaisseau qui fut impliqué dans cette histoire bien qu’on n’ait jamais donné ce nom à aucun vaisseau à Pubnico. 

Ce vaisseau était sur les grands bancs depuis quelques semaines quand une violente tempête les surprit et les jetèrent sur la côte de Terre Neuve.  Le vaisseau subit de sérieux dommages qui, cependant, pouvaient être réparés.  Les membres de l’équipage s’organisèrent donc pour sauver leur peau.  Mais le capitaine, d’une manière ou d’une autre était sérieusement blessé.  Pendant que tout le monde essayait de le soigner de son mieux, réalisant que sa blessure était mortelle, il leur demanda de le laisser seul dans la cabine où ils étaient tous.  Il y fut laissé en compagnie d’une personne qui n’a pas été identifiée.  Mais quelle fut la surprise de celui-ci lorsque le capitaine  lui demanda de l’entendre en confession, de telle sorte qu’il puisse rapporter les péchés du capitaine au prêtre de Pubnico qui pourrait alors les lui pardonner.  Que pouvait-il faire face à la requête d’un homme mourant si ce n’est d’acquiescer à sa demande ?  Il devint donc son confesseur de fortune.  Et le capitaine enfin soulagé eut la consolation de mourir en paix.  

Notre confesseur improvisé se sentait lié par le secret de la confession.  Mais qu’allait-il devoir faire lorsque le reste de l’équipage se mettra à le harceler de questions ?  Que voulait-il ?  Qu’est-ce qu’il t’a dit ?  Pourquoi n’a t-il pas voulu qu’on reste avec lui ?  Notre confesseur sentit qu’il ne pourrait pas leur dire ce qui s’était passé sans briser le secret de la confession.  Finalement, il lui vint à l’idée que le sceau de la confession n’impliquait que les péchés ; cela ne l’empêchait pas de révéler que le capitaine voulait lui dire ses péchés afin qu’ils purent être transmis au prêtre et pardonnés. 

On ne dit pas quelle fut la réaction de l’équipage mais vous pouvez être surs qu’aussitôt qu’ils atteignirent Pubnico, après que leur vaisseau eut été réparé, leur histoire de confession par intérim a du se répandre d’un bout du village à l’autre et même au-delà.

Il est facile de comprendre que les habitants de Pubnico, étant tous reliés à quelqu’un du village et connaissant tout le monde de la paroisse par cœur, n’allaient pas laisser passer une telle opportunité de donner libre cours à leurs passe-temps favoris, le commérage, sensibles qu’ils étaient aux évènements sensationnels. 

Pourquoi le capitaine, qui était connu à travers la paroisse pour être un honnête homme et un des meilleurs chrétiens, avait-il senti le besoin de se confesser avant de mourir d’autant plus qu’il était allé communier avant d’entreprendre son voyage de pêche, comme cela se faisait à l’époque ?  Les gens allèrent jusqu’à se demander s’il avait réellement commis un péché aussi grave, se demandant même quel pouvait être ce péché ?  Le prêtre lui avait-il accordé l’absolution après avoir été mis au courant de ces péchés ? 

S’improvisant théologiens, ils se mirent à spéculer entre-eux sur la validité ou la valeur de l’absolution qu’avait du lui accorder le prêtre.  L’homme était mort ; il était déjà apparu devant Saint-Pierre.  Est-ce que Saint-Pierre le fit patienter à la porte dorée du paradis, attendant qu’il soit pardonné pour les péchés qu’il avait du commettre ? 

Le pauvre confesseur par intérim fut tellement harcelé de questions qu’il n’osa plus désormais se retrouver en compagnie des gens.  Il craignait également qu’on lui délie la langue et qu’on  vienne à le faire parler.  L’histoire nous raconte que les gens allèrent jusqu’à demander au prêtre si, dans un cas semblable, il allait jusqu’à donner l’absolution à un homme mort. 

Il semble que le prêtre a fini par se dire que les choses étaient allées trop loin dans ce qui avait été jusque là le tranquille et paisible village de Pubnico Ouest.  Nous n’avons pas su ce qui est arrivé par la suite ni combien de temps durèrent encore les commérages mais il semble que toute l’affaire s’est arrêtée d’un seul coup. 

Bien que nous ne sachions pas ce qui est arrivé mais, connaissant de quelle façon les pasteurs de l’époque mettaient fin aux désordres, à l’agitation et aux enquêtes qui prenaient place dans la paroisse, nous pouvons présumer qu’un certain dimanche, du haut de sa chaire, le pasteur de Pubnico Ouest dut dire à ses paroissiens d’une manière claire, persuasive et non abrégée, qu’assez c’est assez.  C’est probablement la raison pour laquelle  les vieux habitants étaient si réticents par la suite à nous raconter cette histoire.  Pour eux, les mots du pasteur étaient les mots de Dieu, sachant que le Seigneur avait dit à ses apôtres : « Ce qu’ils entendent de vous, ils l’entendent de Moi . » 

Aucun doute que ce fut là le seul exemple que nous ayons eu dans toute l’histoire de l’église au 20ième siècle d’une confession par intérim.  Ceci s’est passé à Pubnico Ouest.   En ce jour, Pubnico faisait l’histoire.