Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 11 juillet 1989. Traduction de Michel Miousse 

 

28. ILS AVAIENT L’INTENTION DE FAIRE DE LA NOUVELLE-ÉCOSSE LE QUATORZIEMME ÉTAT DE L’UNION.

 

Je vous ai parlé la semaine dernière de la participation à la Guerre d’Indépendance des États Unis de certains Acadiens qui habitaient encore les colonies Américaines où ils avaient été envoyés en exil.  Ils ne furent pas les seuls.  Il y eut même quelques Acadiens revenus d’exil vers les Provinces Maritimes qui allaient prendre part à cette guerre ; leur intention était de faire de la Nouvelle Écosse, qui comprenait alors l’actuel Nouveau Brunswick, le 14ième État de l’Union.

Laissez-moi d’abord vous dire que cela constituait pour eux un dilemme de conscience.  En effet, l’Évêque Briand de Québec, qui avait aussi sous sa juridiction les Provinces Maritimes, fulminait contre ceux de son diocèse qui participeraient à la rébellion Américaine, leur promettant des sanctions ecclésiastiques, les déclarants rebelles à l’ordre établi et les menaçant même de leurs refuser les Sacrements s’ils prenaient part à cette guerre.  Les Acadiens avaient aussi plus à craindre que leurs cousins du Canada (qui s’appelait Québec à l’époque) des menaces d’interdiction de l’Évêque.  Ils ne pouvaient en effet oublier que durant leur retour d’un long et souffrant exil vers leur Acadie bien aimée, il leur avait fait parvenir une lettre pastorale, en date du 16 août 1766, qui les accusait d’insubordination caractérisée envers la Couronne d’Angleterre, sans laquelle, ajoutait-il, « nous aurions encore actuellement la consolation de vous voir encore heureux et en paix sur vos terres…  Vous auriez de plus des prêtres et tous vos besoins terrestres comblés. » 

C’est pour cette raison entre autre qu’un bon nombre d’Acadiens refusèrent de prendre part au conflit quand on leur en fit la demande.  Même Jackson Ricker, dans son « Historical Sketches of Glenwood and the Argyles, » nous raconte que les Acadiens du Comté de Yarmouth, qui étaient revenues dans leur Province après l’Expulsion, furent avisés par quelques anciens Colons d’Argyle venus de Nouvelle Angleterre, qui avaient un puissant sentiment de sympathie envers la révolution Américaine, de « se joindre à eux et aux colonies en révolte.  Mais il demeure un fait que plusieurs Acadiens se plaignirent de mauvais traitement de la part du Capitaine Frost (d’Argyle), capitaine de milice. » 

Il n’en allait cependant pas de même pour d’autres Acadiens, particulièrement ceux vivant de chaque côté de l’Isthme de Chignectou*, dans le Comté de Cumberland et le District de Sackville, incluant Memramcook.  C’est par un singulier hasard que le plus important contingent Acadien à prendre part à la bataille qui opposait les Américains aux Anglais vint de cette région, qui, 20 ans auparavant avait été une des régions de toute l’Acadie qui avait résisté le plus obstinément aux armées Anglaises. 

Plusieurs des colons de Nouvelle Angleterre étaient sympathiques à la cause de leurs cousins demeurés en sol américain. 

Les Acadiens de leur côté, ne pouvaient oublier les traitements, que l’Angleterre leurs avait infligé. 

L’occasion du débordement vint de l’intention de Francis Legge, Gouverneur de la Nouvelle Écosse, de renforcer la milice pour la défense de la Province.  C’est par la suite que les habitants de la région qui étaient en désaccord avec le renforcement de la milice envoyèrent une pétition de 195 noms à Halifax, 51 d’entre eux étaient des Acadiens, soit plus du quart.  Ils finirent par prendre les armes contre le Gouvernement. Ils demandèrent du renfort aux Américains « rebelles » pour conquérir la Nouvelle Écosse, planifiant de prendre d’abord le fort de Cumberland, où est actuellement érigé un monument en mémoire du Fort Beauséjour, après quoi ils devaient avancer sur Halifax. 

C’est par la suite que fut formée la « Compagnie Française du Comté de Cumberland en Nouvelle Écosse » qui comprenait 22 « Français » dont 20 Acadiens.  Ils avaient à leur tête, Isaïe Boudreau à qui fut conféré le rang de capitaine, après quoi, la Compagnie fut connue sous le nom de la « Compagnie d’Isaïe Boudreau. »  Voici quelques autres noms Acadiens qui faisaient partie de la compagnie : Allain, Bourque, Caissie, Gaudet, Govin, LeBlanc, Legere, Maillet, Thibodeau, pour n’en nommer que quelques-uns.  Les Acadiens qui avaient toujours entretenu des rapports amicaux avec les Amérindiens, furent à même de recruter 20 d’entre eux, venant de la Rivière St-Jean pour augmenter leurs rangs. 

Le Lieutenant Colonel Jonathan Eddy, qui avait été un membre de l’Assemblée de Halifax fut désigné en charge du projet.  Il avait reçu de l’Assemblée du Massachusetts l’autorisation de recruter 3000 soldats.  Malheureusement, il ne réussit à engager que 200 volontaires. 

Avec cette poignée de soldats, la troupe d’Eddy n’était pas de taille à affronter la garnison, que le Gouverneur Legge avait placé au Fort Cumberland.  Son inqualifiable et obstinée détermination à soustraire la Nouvelle Écosse à la Souveraineté Britannique a du éclipsé son raisonnement et dégénéré en démence. 

Le 28 novembre 1776, à l’aube, alors qu’il était stationné devant le fort en compagnie de ses soldats, les portes du fort s’ouvrirent soudain et, tel un torrent furieux, la garnison apparut en courant, surprenant les « rebelles », qui, incapable de leur tenir tête de toute façon, s’éparpillèrent précipitamment dans les bois.  Ils furent poursuivis sur une certaine distance  où quelques maisons appartenant à des Acadiens furent brûlées. 

Finalement, une proclamation fut signée, offrant le pardon à tous ceux qui déposeraient leurs armes.  En deux jours, plus d’une centaine d’entre eux déposèrent leurs armes alors que les autres furent dispersés. 

C’est ainsi que prit fin le plan de conquérir la Nouvelle Écosse et d’en faire le 14ième état de l’Union.