Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 18 juillet 1989. Traduction de Michel Miousse 

 

29. « C’EST LA MEILLEURE BANDE DE CULTIVATEURS, QUE J’AI  JAMAIS EU »                              

             

C’est ainsi que Mr Churchill, de Tousquet, décrivait les gens qui l’ont aidé en 1891 à déménager le presbytère du prêtre de la paroisse, de Pubnico Ouest à Pubnico Ouest Centre*. 

La première église de Pubnico Ouest fut construite au Bas Pubnico Ouest*, sur les hauteurs de ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de Route du Vieux Cimetière qui traverse le Vieux Cimetière* lui-même.  La construction débuta en 1810.  Une extension fut ajoutée tout près devant servir de logement aux prêtres en visite.  L’église fut bénie en 1815 par le Père Sigogne.  Par la suite, en 1822, la construction d’un presbytère fut entamée, un peu en retrait, du côté ouest de l’église, lorsque le premier logement du prêtre devint la sacristie de l’église.  Notez que le premier cimetière de Pubnico Ouest fut aussi érigé de ce côté de la route.  Il fut béni par le Père Sigogne en 1810, lorsque la première pierre de fondation de l’église fut installée.  Avant l’établissement de ce premier cimetière, chaque famille enterrait ses morts sur sa propriété. 

La première église, qui pouvait accommoder 200 personnes, après 25 ans d’existence, devint trop étroite pour la population grandissante.  En 1840, une nouvelle église fut construite.  Elle était située du côté sud de la route, où est situé ce qu’on appelle le Vieux Cimetière ; l’église était située légèrement du côté est du terrain, faisant face à l’ouest, avec le cimetière par devant et de chaque côté. 

Dix ou douze ans plus tard, juste après le milieu du siècle, un nouveau presbytère fut érigé sur l’emplacement de l’ancien presbytère.  Ce premier fut légèrement déplacé vers l’est et devint le bâtiment principal de la maison de la famille Morris, à laquelle fut ajoutée, au nord, la vieille sacristie, faisant office de véranda, laquelle avait été au départ le premier logement du prêtre.  La maison Morris fut démolie en 1969.  Pour ceux qui connaissent ces lieux, le presbytère se tenait au sud-est du puits qui est encore là aujourd’hui, sur la colline ; entre le puits et le presbytère, il y avait un sentier qui descendait la colline entre la grange et l’étable. 

La seconde église servit durant une cinquantaine d’année.  Dans les années 1880, elle devint à nouveau trop étroite pour la population ; déjà en 1870, il fut décidé qu’une nouvelle église devrait être construite plus près du centre du village. Mais les gens allaient devoir attendre la fin des années 1880 pour la voir s’ériger. 

Si l’église devait être construite au centre du village, le presbytère ne devait pas en être trop éloigné.  Celui qui avait été construit dans les années 1840 était encore en très bon état.  Pourquoi ne pas simplement le déménager près de la nouvelle église ?  Et c’est ce qui fut fait.  Un certain M. Churchill de Tousquet fut engagé pour faire le travail avec l’aide des habitants de Pubnico Ouest.  

Ceux qui ont travaillé avec lui sur ce projet ont toujours gardé en souvenir jusqu’à un âge avancé, un portrait vivant de l’homme : ils le décrivaient comme quelqu’un de très irritable, ajoutant avec quelque exagération, il va sans dire, que sa voix pouvait être entendue de l’autre côté du havre ! 

Avec des leviers de corde et des séries de poulies, il n’avait besoin que de deux paires de bœufs pour tirer l’édifice sur une distance d’un mile trois quart, soit près de trois kilomètres.  En dessous de l’édifice furent placés de très gros et très longs madriers arrondis sur lesquels les assises de l’édifice pouvaient glisser.  Ils eurent besoin d’un plein baril de lard pour graisser ces madriers du début à la fin.  Suivaient derrière, une autre paire de bœufs qui devaient tirer le matériel laissé derrière, en particulier les madriers qui étaient transportés devant pour un autre départ. 

Après que l’édifice fut séparé de ses assises, tout ayant été dit et fait, ce mercredi 26 août 1891, tout le système se mit en marche.  Cette date, les vieux habitants ne l’oublieront jamais, pas précisément du fait que le presbytère de Pubnico s’était mis en marche mais parce que le vaisseau « Georgina » de Wedgeport, construit seulement trois ans auparavant, sombra dans une tempête au large de Halifax, ce même jour, entraînant au fond des mers tous les 15 membres de l’équipage. 

La tempête n’atteignit Pubnico que tard dans la journée.  Ce même jour, M. Churchill fut en mesure de tirer l’édifice jusqu’au bas de la colline et par la suite, tard dans après-midi, alors que la tempête s’apprêtait à heurter Pubnico de toute sa fureur, il fut en mesure de tirer le presbytère jusque sur la route où il passa la nuit, en position pour reprendre la route dès le lendemain matin. 

Le jeudi, ils couvrirent environ un quart de mile, atteignant dans la soirée la route appelée la « Route de l’École* » en un point situé à environ 200 pieds au nord de l’actuel Bureau de Poste du Bas Pubnico Ouest. 

Le vendredi allait représenter un défi pour M. Churchill.  À l’époque, la route principale passait devant la maison de Leonard d’Eons et traversait le pont bien connu des habitants de Pubnico Ouest sous le nom de « Pont du Marais*. »  Malheureusement, le presbytère était plus large que la largeur du pont entre les deux parapets.  L’édifice allait devoir être soulevé graduellement au-dessus des parapets, pour ne pas les écraser et ensuite, de l’autre côté du pont, être redescendu graduellement sur la route.  Eh !  Bien, M. Churchill allait réussir à surmonter ces difficultés avec les maigres moyens qu’il avait à sa disposition.  Ce même vendredi soir, il avait atteint l’endroit où se trouve l’actuelle Salle des Chevaliers de Colomb. 

Le samedi soir, le presbytère était sur ses nouvelles fondations, celles-ci ayant été érigées auparavant.  Prenez note que l’édifice ne comprenait alors que la partie avant du presbytère, l’arrière ayant été ajouté plus tard.  La grange ou l’étable, si vous préférez, allait être transportée de la même façon ; c’est celle-là même qui est située devant le presbytère aujourd’hui. 

Selon l’histoire qui nous a été rapportée par les vieux qui furent témoins de ces faits, M. Churchill semble avoir éprouvé quelques difficultés à enseigner aux travailleurs la façon correcte de se servir des appareils qu’il utilisait.  

Par exemple, pour utiliser les leviers, au lieu de manœuvrer la fin de la barre, ce qui leurs aurait permis d’accroître la force du levier, ils auraient plutôt poussé près du levier en question.  A mesure que la maison avançait, des pieux étaient enfoncés profondément dans la terre, auxquels pieux étaient attaché l’appareil de levage ; il semble par exemple que parfois, les hommes inclinaient les pieux vers l’édifice faisant ainsi débarquer les poulies de l’appareil.  Lorsque le travail fut terminé, M. Churchill, au lieu de complimenter les hommes qui l’avaient aidé aurait simplement dit : « C’est la meilleure bande de cultivateurs, que j’ai jamais eu» ! 

J’ai entendu cette histoire de mon frère Hector, aujourd’hui décédé, qui l’avait lui-même entendu plusieurs années auparavant de nombreux témoins de la scène.