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Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard le 25 juillet 1989. Traduction de Michel Miousse
30. LE PONT QUI ENJAMBE LE CANAL DE L’INDIEN* Le
Canal de l’Indien* est le canal situé entre Pointe à l’Écluse* et l’Île
Surette au-dessus duquel fut érigé un pont en 1909. Selon
la légende, le nom de ce canal vient du fait qu’un valet d’écurie Amérindien
et sa femme nouvellement mariée de l’île Surette, qu’il ramenait avec lui
dans son canot vers la tente sur la terre ferme, se serait noyé en traversant
le canal. Les eaux dans ces
environs sont vraiment traites. Les
marées le long des côtes du Comté de Yarmouth montent très haut ;
lorsque les eaux montantes atteignent le canal, elles s’y engouffrent contre
les nombreux récifs intérieurs, avec une force énorme de 6 à 7 miles à
l’heure. À l’époque, une
embarcation qui s’aventurerait à traverser le canal de bout en bout pouvait
devenir complètement hors de contrôle. Néanmoins,
au début, la seule façon d’atteindre ou de quitter l’île Surette se
faisait sur l’eau. Pour
contourner le canal, les gens à l’époque faisaient un détour même si le
canal pouvait aisément être traversé à marée haute comme à marée basse.
Avant que le pont soit érigé, il y eut pour un certain nombre d’années
un traversier qui faisait la navette d’un côté à l’autre.
Je ne sais pas exactement quand celui-ci fut mis en place mais ça
pourrait être approximativement en même temps qu’un traversier pédestre fut
mis en place sur la Rivière Tousquet, entre la Pointe des Ben (Muise’s Point,
Sluice Point) et Wedgeport à l’endroit appelé le « Cap des Corporons»,
où mène la Route du Cap. Jean
Boutier, ( aujourd’hui écrit Boucher) de « la Pointe des Ben » et
Benjamin Bertrand, alias Muff de Wedgeport, furent nommés passeurs le 20
novembre 1856. Au même moment un
traversier pédestre fut mis en service pour traverser le Havre de Pubnico.
Nous possédons également des informations sur plusieurs autres
traversiers du Comté de Yarmouth, spécialement
ceux qui traversent la Rivière Tousquet. Aussi
tôt qu’en 1885, une requête fut acheminée au Gouvernement Provincial pour
la construction d’un pont au-dessus du Canal de l’Indien.
Le Gouvernement a même envoyé des ingénieurs pour étudier la
faisabilité, mais le projet fut abandonné « sans doute à cause des coûts
élevés associés à ce projet. » L’idée
refait surface en 1887, l’année où le Frère Dupuis arrive comme pasteur de
l’Île Surette, et de laquelle la Butte à Amirault était alors une mission. Une pétition fut alors mise en circulation sur place et à
l’étranger pour obtenir les signatures du plus grand nombre de gens possible.
Craignant un refus pour un pont de fer, la pétition réclamait un pont
de bois. William Law, M.L.A pour
Yarmouth, écrivit au Frère Dupuis le 17 novembre 1897: “ Je pense que ce
serait une erreur de demander un pont de bois, je recommande plutôt aux gens de
demander un pont de fer. Les ponts de bois en général requérant des travaux
de réparations après seulement 7 ou 8 ans. Un
premier estimé des coûts pour un pont de fer fut évalué à $8000.00 ;
par la suite il fut réévalué à au moins $10,000.00 à $12,000.00.
Si la navigation sur la voie du canal pouvait être interrompue, on
estimait pouvoir réduire les coûts de $3000.00.
Après réception de plusieurs objections, cette idée fut abandonnée.
Pendant que la discussion se continuait, les subventions annuelles pour
le traversier augmentèrent en 1902 de $60.00 à $80.00.
Entre temps, à peu près aux même dates, la question d’un pont-levis
fit son apparition ; le corps des ingénieurs répondit qu’un tel projet
coûterait la somme prohibitive de plus de $20,000.00 au minimum.
Il semble que ce qui a retardé la construction du pont en question fut
le fait que les Conseillers de la Municipalité d’Argyle n’approuvaient pas
le projet, laquelle approbation était vitale au début des travaux.
Même-que selon la loi, la requête devait venir de personne d’autre
que les Conseillers eux-mêmes. Il
semble qu’ils craignaient que la Municipalité ait à en absorber
presque tout le fardeau financier. En
1903, un autre plan fut mis de l’avant, je cite : «
Un pont pourrait être érigé à l’endroit près de l’Église sur la
Butte à Amirault, appelé Pointe de la Plage* jusqu’à l’Île Morris, et
avec le pont qui relie déjà l’Île Morris à l’Île Surette, ferait la
connexion des deux Îles avec le Continent. »
Il semble que ce plan eut une courte vie.
Inutile de vous dire que les politiciens jouèrent un rôle déterminant
dans cette affaire. Comme
les années passèrent et que la pétition des habitants ne menait nulle part,
quelqu’un amena l’idée d’un nouveau genre de traversier.
C’était en 1907. La
description de ce traversier particulier, agrémentée de nombreux détails donnés
par le Député du Ministère (à Ottawa), est des plus intéressante. Je
n’ai pas en ma possession la permission écrite du Gouvernement de débuter
les travaux du pont mais je possède la lettre que l’Ingénieur Provincial écrivit
le 9 mars 1908 à l’honorable H.S. Leblanc (Pubnico) de la Chambre de
l’Assemblée, mentionnant que les poutres avaient été commandées et que
seulement quelques détails restaient à régler concernant l’envergure de la
travée. Et de conclure :
« Nous nous efforcerons de terminer le pont cette saison-ci et nous
croyons qu’il ne devrait y avoir aucune difficulté à moins que la travée de
fer nous occasionne un délai supplémentaire. » Entre
les assises de chaque côté il y a une distance de 300 pieds.
Ainsi, une travée de 300 pieds aurait été nécessaire, « laquelle
serait de 100 pieds plus longue que celle que nous avons maintenant », écrit
l’Ingénieur Provincial. Il fait
mention de deux travées de 150 pieds chacune, qui nécessiterait l’érection
d’un pilier central. Mais l’idée
fut abandonnée. Les deux assises du pont furent construites telles quelles. En ce qui a trait à la massive travée centrale, elle fut construite au-dessus de la rivière. En octobre de l’année suivante, 1909, à marée haute, la travée fut emmenée sur deux pontons et mise en place avec une précision absolue, les grands écrous s’insérant exactement aux endroits prévus. Ce fut considéré par la suite comme un des plus remarquables travaux d’ingénierie de l’époque. |