Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 12 septembre 1989. Traduction de Michel Miousse

 

37. LES FRANÇAIS QUI VINRENT S’ÉTABLIR DANS LE COMTÉ DE YARMOUTH DURANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1789) ET LES GUERRES DE NAPOLÉON.

 

Il y a au moins 25 personnes d’origine française qui vinrent s’installer dans le sud-ouest de la Nouvelle Écosse entre les années 1780 et 1820.  Ils essayaient d’échapper à la Révolution Française ou tentaient d’éviter le service militaire obligatoire pendant les guerres de Napoléon.  D’autres ont été faits prisonniers par les Anglais sur l’Atlantique durant les guerres Franco-Anglaises et s’arrangèrent pour s’échapper et rejoindre nos côtes.  Dans le Comté de Yarmouth seulement, nous en retrouvons 13 d’entre eux.  De leurs noms, 9 ont survécu  et 4 ont disparu. 

Jean-Marie Blanchard est né à Bayonne en France.  S’étant engagé comme marin, nous le retrouvons à Santo Domingo, d’où il atteint le sud de la Nouvelle Écosse en 1804.  En 1806, il se marie à Sainte Anne du Ruisseau à Claire Mius, fille de Charles-Amand.  Il s’établit dans un premier temps à Pubnico Ouest dans la région du Havre Abbot*.  Son prénom étant Jean Marie, il sera souvent connu sous le nom de Johnny Mary ou Murray.  Nous retrouvons encore aujourd’hui des descendants de la famille Blanchard à Quinan. 

Jean Boutier est né en 1771 à Saint Malo (France.)  Il vint à Saint-Pierre et Miquelon d’où il atteint par la suite La Pointe Des Ben (Pointe des Muise, une partie de Pointe à l’Écluse) où il s’établit.  En 1802, il épouse Anne Marguerite Doucet, fille de Michel, un des fondateurs de Pointe des Muise.  La famille porte maintenant le nom de « Boucher. » 

Louis Dulain, né en Normandie, est arrivé vers la fin de la Révolution Française. Nous ne savons pas de quelle manière il s’est rendu ici.  Il était marié vers 1794 à Marie Apoline Frontain (Frotten), appelée Pauline, fille de Julien, de Quinan, où sont nés tous ses enfants.  La famille porte aujourd’hui le nom de « Dulong. » 

Jean-Marie Cottreau était aussi de Normandie.  Encore tout jeune, il vint pêcher dans les environs de Saint-Pierre et Miquelon.  En 1793, pendant que la France était en guerre avec l’Angleterre, il fut capturé en haute mer avec d’autres et fut emmené à Halifax comme prisonnier.  Il s’échappe durant la nuit, atteint Sambro, vole un bateau à rame et, d’anse en anse, il atteint le sud de la Nouvelle Écosse, où on lui avait dit qu’il y avait des français.  Il s’établit à Wedgeport, où il se maria en 1795 à Marie Hinard, fille de Pierre Hinard, qui, de la Pennsylvanie où il était en exil, vint au Massachusetts en compagnie de son beau-père Joseph Mius, pour aboutir à Wedgeport.  Les Cottreau sont maintenant établis, non seulement à Wedgeport, mais aussi à Clare, plus précisément au Petit Ruisseau. 

Antoine-François Richard pêchait avec Jean-Marie Cottreau au large de Saint-Pierre et Miquelon lorsqu’il fut pris en même temps, il s’échappe en sa compagnie et l’accompagne jusqu’à Wedgeport.  Ils étaient tous deux originaires du même endroit en Normandie.  Il épousa Cécile Doucet, fille de Jean Magloire, l’ancêtre des Doucets de Wedgeport.  On retrouve encore des Richards en très grand nombre dans le Comté de Yarmouth. 

Louis Lefèvre, né à Orléans, à environ 60 miles au sud de Paris, arrive sur le tard.  Nous savons qu’il était un soldat dans l’armée de Napoléon, dans laquelle il jouait du fifre ou « pipeau » en français, un surnom qui lui fut donné.  Il s’est marié à Sainte Anne du Ruisseau vers 1819 à Marie-Modeste LeBlanc, fille de Honoré, et s’établit à Belleville.  Ses descendants sont encore en grand nombre dans le Comté de Yarmouth et aux Etats-Unis.  Plusieurs d’entre eux épellent leur nom LeFave ou Lefave. 

Jacques de Villers était de la Belgique et avait 19 ans quand il est arrivé ici.  Il avait été soldat, probablement dans l’armée de Napoléon, tout comme Louis LeFèvre.  Ils arrivèrent à peu près en même temps et se marièrent à Sainte Anne du Ruisseau à peu près en même temps, tous les deux ayant épousé des filles de Honoré LeBlanc ; l’épouse de Jacques  était Séraphie LeBlanc.  Le premier enfant de Louis Lefèvre est né en janvier 1820 ; le premier enfant de Jacques de Villers a suivi en juillet.  Il eut au moins 12 enfants.  S’étant établi en premier à Belleville, il déménagea ensuite à la Butte à Comeau* où le nom prévaut encore. 

Philibert-Sylvestre Jacquard était un autre soldat de Napoléon.  Il venait de Metz, non loin du Luxembourg.  Il pourrait être arrivé avec Louis Lefèvre et Jacques de Villers.  Il a du se marier au même endroit, peut-être un an plus tard ; son premier enfant est né le 4 novembre 1821.  Son épouse était Marie Élizabeth Mius, fille de Paul, de Quinan, où il s’établit d’abord.  De là, la famille s’est dispersée vers Belleville, Wedgeport, Arcadia et ailleurs. 

Alexis Vacon est mentionné ici bien qu’il arrive à une date assez tardive.  Il quitta sa maison de Marseille à l’âge de 14 ans en tant que marin.  Aux alentours de 1864, vers l’âge de 37 ou 38 ans, il rencontre à Yarmouth Hélène Mius, fille de Basile, originaire de La Pointe des Muise mais habitant alors à Quinan.  Il retourne en mer et revient trois ans plus tard pour la marier.  Il s’établit à Quinan.  Ses descendants s’y retrouvent encore ainsi qu’aux Etats-Unis.  En 1891, ça faisait 50 ans qu’Alexis n’avait pas entendu parler de sa famille quand le Père Crouzier de Sainte Anne du Ruisseau le mit en contact avec le dernier de ses frères survivant à Marseille. 

Ce sont là les noms de ces neuf Français qui vinrent ici et dont les noms sont encore présents dans le comté.  Il y en eut quatre autres qui arrivèrent à peu près en même temps mais dont les noms ont aujourd’hui disparu. 

François Gilly, aussi écrit Gillis, un français, arriva dans les années 1780, étant ainsi le premier arrivé dans le Comté de Yarmouth.  Il épouse Rosalie Mius, de Pointe à Rocco, fille de Pierre.  Il déménage dans le district de Clare à l’arrivée du Père Sigogne. Il n’eut aucun enfant mais il laissa son nom dans le Comté de Yarmouth à « l’Île Gillis*, » située dans la Baie Indienne*, à l’est de la Butte Amirault et de Pointe à l’Écluse. 

Étienne Bertrand, mieux connu sous le nom de Moff, fut enregistré dans les registres de l’Église de Pubnico Ouest en tant que « prisonnier fugitif. »  

Il épousa Anastasie Clermont (Cléments), sœur de François, celui qui, habitant l’Île Wilson, fut tué par des pirates en 1812.  Il s’établit dans la région du Havre Abbot*, près de Jean Marie Blanchard.  La dernière survivante de la famille Bertrand était Marguerite Bertrand, fille de Belloni et épouse de François Hilaire Mius, de Pointe Rocco, où elle est décédée en 1935 à l’âge de 94 ans.

Jean Courtois, né à Calais sur le Canal Anglais*, épouse en 1817 Marguerite Mius, sœur de Claire qui avait épousé Jean Marie Blanchard.  Il est décédé trois mois après son mariage. 

Dominique Gourdeau est arrivé dans le Comté de Yarmouth vers 1812, où il épousa quelques années plus tard Marie Céleste Mius, fille de Louis de Pointe Rocco.  Il fut marié quelques deux ans avant de mourir de façon accidentelle. 

À ces noms nous pourrions ajouter les noms d’autres personnes qui arrivèrent dans le Comté de Yarmouth à peu près dans le même temps, épousèrent des filles Acadiennes, mais n’étaient pas Français d’origine.  John Fitzgerald semble être venu directement d’Irlande à Wedgeport où il épousa vers 1823, Rose Suzanne Robichaud, fille de Pierre du même endroit.  La famille est toujours bien représentée de nos jours dans le Comté, plus spécialement dans la région de la Butte à Comeau.  Francis Christiern venait d’Allemagne.  Il est arrivé à Quinan entre 1820 et 1824.  Il eut deux épouses ; la première était Marie Suzanne Doucet, fille de Charles de Quinan, et par la suite Marguerite Mius, fille d’Isaac, de l’Île Surette.  La famille prit le nom de « Castin » ou « Castine » aux Etats-Unis, où il existe encore quelques descendants de la famille. Nous pouvons aussi mentionner la famille Collin, qui arriva à l’origine de Trois-Rivières, Québec via le Madawaska.  Nous retrouvons la plupart de la famille à Wedgeport mais aussi à Quinan, Meteghan, Pointe de L’Église et même aux Etats-Unis. Ils ont maintenant disparu de la région. 

La semaine prochaine je vais vous parler de ceux qui se sont établis à la même époque dans le comté de Digby