Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 19 septembre 1989. Traduction de Michel Miousse 

 

38. LES FRANÇAIS QUI SE SONT ÉTABLI DANS LE COMTÉ DE DIGBY PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE ET LES GUERRES DE NAPOLÉON.

 

La semaine dernière nous avons vu qu’il y avait 13 Français qui se sont établi dans le Comté de Yarmouth entre les années 1780 et 1820.  Dans le comté de Digby, j’en ai répertorié 12, bien que quelques-uns d’entre eux soient arrivés avant la Révolution Française. 

JULIEN BLIN était de Saint-Servan, dans les environs de Saint-Malo.  Il pourrait avoir été de descendance Acadienne étant donné que quelques Acadiens portant ce nom au Cap Breton semblent avoir été envoyé à Saint-Servan lors de la déportation.  À l’âge de 20 ans, il s’engage à bord d’un vaisseau de guerre sous le commandement du Comte de Rochembeau, qui en 1780 était en charge des forces Françaises qui prirent part à la guerre d’Indépendance des Etats-Unis.  En 1783, nous le retrouvons à Philadelphie, où il reçoit un certificat de bonne conduite.  L’année suivante, il est à Boston.  En 1787 il épouse à Baie Sainte Marie, Françoise Thibeau, née à Boston à l’époque de l’Expulsion, fille de Yves, aussi appelé Éphrème.  Il s’établit à Plympton, bien qu’il possède une ferme à Grosses Coques, qu’il a vendu autour de 1806 à François Gilly dont nous avons parlé la semaine dernière.  Son nom a aujourd’hui été anglicisé en Blinn. 

LOUIS-PIERRE BRUNEL est né à Paris où il a reçu une bonne éducation.  Alors qu’il était secrétaire pour le Gouverneur de Saint Pierre et Miquelon, il lui vola sa tabatière en or.  Il fut découvert, fouetté et renvoyé.  Ceci se passait en 1780.  Il atteignit Baie Sainte Marie où il enseigna à l’école aidant les Acadiens avec leurs paperasses, mettant sur papier leurs avoirs et leurs dernières volontés.  On dit qu’il est mort à un âge avancé, ayant toujours été connu comme un homme brave et honnête.  Il ne s’est jamais marié. 

PIERRE BONIFACE arrive dans le sud-ouest de la Nouvelle Écosse pendant les guerres de Napoléon.  Il se serait établi à Rivière aux Saumons, bien qu’il se pourrait qu’il vint directement à Quinan où habitait la fille qu’il allait épouser vers 1814, nommée Marie Guillot (un nom Acadien originellement épelé Guilbault ou Guilbeau, et aujourd’hui Guillot, Guillaut, Giot, Gio, Geo, Gehue), fille de Jean, dont la famille déménagea aussi à Rivière aux Saumons.  Il y a une trentaine d’années de cela, j’ai rencontré à Malden au Massachusetts, une très vieille dame qui était une des dernières survivantes de cette famille ; Pierre Boniface était son grand-père. 

MICHEL FOURNIER vint à Baie Sainte Marie vers la fin des guerres Napoléoniennes. Il épouse Ursule Guillot, une autre fille de Jean.  On retrouve aujourd’hui des Fourniers à Methegan et Pointe  de l’Église. 

JEAN-MARIE d’AUTEUIL est celui dont nous avons parlé dans l’histoire No.13, « Napoléon Bucksaw. »  

Nous avons vu par la suite qu’il était né en 1789 à Soissons, à 100 kilomètres au nord est de Paris.  Il est arrivé dans le Comté de Yarmouth en 1818, où il épouse Luce Mius, fille de Charles Amand, et aussi belle sœur de Jean Marie Blanchard et de Jean Courtois, dont nous avons parlé la semaine dernière.  Comme j’en ai déjà parlé, ils ont emmené leur famille dans la région des Concessions du Petit Ruisseau.  C’est lui que les gens appelaient « pet en l’air. »   Nous le retrouvons pour la dernière fois en 1871, alors qu’il habite avec une de ses filles.  La famille a pris le nom de Doty, laquelle, selon nos sources serait aujourd’hui en train de disparaître. 

JEAN-BAPTISTE AYERS a combattu dans l’armée de Napoléon.  Il épouse en 1820, Angélique Frontain, fille de Olivier de « La Pointe des Mures », et s’établit à Saulnierville.  Il n’eût qu’un seul fils du nom de Adolphe, qui déménagea dans le Comté de Yarmouth, à Plymouth en premier puis au Havre de la Petite Rivière*, où demeurent toujours quelques-uns de ses descendants, et plus spécifiquement à la Butte à Comeau. Ils sont aujourd’hui connus sous le nom de Harris. 

PAUL LOMBARD est arrivé de Marseille probablement vers 1807 ou 1808 et s’est établi au Petit Ruisseau.  Il a épousé Marie Joséphine Gaudet.  Le nom est encore très familier à Baie Sainte Marie. 

FRANÇOIS-LAMBERT BOURNEUF est né en Normandie en 1787.  Grâce à un récit détaillé qu’il nous a laissé de sa vie, nous savons de lui beaucoup plus que nous en savons des autres, comment à l’âge de 22 ans il quitta pour les Indes Occidentales à bord d’un navire marchand, lequel fut saisi par un vaisseau de guerre Britannique, il fut fait prisonnier à Halifax d’où il s’évada finalement pour atteindre après d’incroyables aventures Pubnico en 1812.  Ici, il demeura quelques années à enseigner.  Le Père Sigogne l’emmène à Pointe de l’Église.  Il s’établit finalement à Grosses Coques où il épouse Marie Rosalie Doucet, fille d’Amable.  Il devint un marchand, un constructeur de navire et un membre du Parlement de Halifax.  Il décède en 1871.  Au moment où on se parle, le nom de Bourneuf est en train de disparaître rapidement, ici et aux Etats-Unis. 

LOUIS-PIERRE de BOUILLON était de Paris.  Il vint ici durant les guerres de Napoléon.  Il a habité un bon nombre d’années à Baie Sainte Marie où, en 1827, il épouse Marie-Céleste Mius, veuve de Dominique Gourdeau, dont j’ai parlé la semaine dernière.  Ils eurent des enfants mais j’ignore ce qu’il advint d’eux.    

SYLVAIN FRANÇOIS LOUIS BONENFANT est né en 1800.  C’est sous la requête de son oncle, le Père Sigogne, qu’il vient ici vers 1823.  En 1825, il épouse Marie Thériault, fille de François.  Le nom prévaut encore à Saint-Bernard et dans la région de l’Anse à Belliveau. 

THIMOTHEE DIMES, dit LA FLEUR, dont nous savons par son fils Joseph qu’il pourrait être celui qui est venu de France.  Il épouse vers 1820 Françoise Saulnier et s’établit à Saulnierville où ses descendants vivent encore sous le nom de Thimot, qui serait le nom dérivé du prénom de son père que Joseph adopta. 

Le Père JEAN MANDE SIGOGNE (1763-1844) est aussi une recrue de la Révolution Française.  Il dut s’enfuir de la France vers l’Angleterre en 1792, pour éviter les persécutions contre le clergé.  Grâce aux négociations entre l’Évêché de Québec et l’Évêché d’Angleterre sous la juridiction de laquelle exerçait le Père Sigogne, il arrive dans le sud-ouest de la Nouvelle Écosse en 1799 pour s’occuper des besoins religieux des habitants Catholiques des comtés de Digby et Yarmouth, ce qu’il fit pendant 45 ans, ayant été pendant longtemps le seul pasteur de ces deux comtés.  Son corps repose devant l’Université Sainte Anne, au-dessus duquel fut érigé un monument en son nom.