Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 24 octobrer 1989. Traduction de Michel Miousse

 

43. FORT SAINT LOUIS

 

À Villagedale, dans le comté de Shelburne, juste au sud de l’aire de baignade de la Plage Sabim*, se situent les Buttes de Sable.  En direction ouest, il y a un amas de roc qui s’étend sur une centaine de mètres ou plus avant de s’affaisser dans la partie sud de la plage.  Il est complètement recouvert d’arbre aujourd’hui ; il y a 50 ans il était à nu. À l’époque, une grande quantité de briques et de pierres pouvait être aperçue éparpillée pour la plus grande partie sur l’élévation sud de l’amas.  C’était là les ruines de la première fortification construite par la Compagnie de la Nouvelle France, qui fut organisée en 1627, au temps du Roi Louis XIII, par le Cardinal Richelieu, Premier Ministre et Secrétaire aux Affaires Étrangères de France, pour le développement de ses colonies Canadiennes.

Après la mort de Charles de Biencourt en 1623, fils de Jean de Poutrincourt, Charles de La Tour, son cousin et ami d’enfance, prit en charge un petit groupe de pas plus de 25 hommes qui constituaient alors l’entière population de l’Acadie.  La Tour établit ses quartiers généraux au poste de traite de Port Lomeron, qui se fit connaître  sous le nom de Port La Tour. 

Ayant entendu parler de la création de la Compagnie de la Nouvelle France, Charles de La Tour, en 1627, écrivit au Roi et à Richelieu pour leur dire que l’Acadie était en danger, l’Angleterre planifiant de s’emparer de la colonie.  Deux ans plus tard, les frères Kirk, Huguenots Français qui avaient trouvé refuge en Angleterre où ils devinrent les plus agressifs ennemis de leur terre natale, s’emparèrent de tous les principaux ports d’Acadie, incluant Port-Royal, à environ 200 kilomètres de Cap Sable ; ils furent suivis par William Alexander, celui qui donna son nom à la Nouvelle Écosse.  Ceci se passait au même moment où Richelieu répondait à l’appel de détresse de La Tour ; mais le convoi fut intercepté par les Kirk.  Ce qui fit en sorte que Port La Tour ne fut pas visité parce que les frères Kirk, dans leur conquête de l’Acadie, n’avaient aucune idée de l’endroit où se cachait La Tour.  C’est par la suite que Richelieu décida de construire un fort pour Charles de La Tour, afin de défendre de la région de Cap Sable. 

La responsabilité de rassembler le matériel pour le fort et d’équiper deux vaisseaux pour faire le voyage, fut confiée à Jean Tuffet, de Bordeaux, un membre de la Compagnie de la Nouvelle France.  Champlain nous dit que «  Le Sieur Tuffet vit à mettre en bon état, en 1630, les bateaux de Bordeaux, lesquels furent chargés de toutes les commodités nécessaires à l’établissement d’une colonie sur la côte d’Acadie ; et installa à bord des ouvriers et des artisans, avec trois religieux de l’ordre des Pères Récollets.  Tous sous le commandement du capitaine Marot. »  Cela se passait au début du printemps.

« L’établissement » allait s’appeler le Fort Saint-Louis, en l’honneur de Saint-Louis IX, Roi de France (1215-70), fort probablement un des ancêtres de Charles de La Tour, de par sa mère Marie de Salazar, et, bien sur, du descendant de son beau-fils Jacques d’Entremont I. 

Charles de La Tour choisit, pour l’érection du fort, l’élévation sud-ouest des Buttes de Sable.  Son choix n’aurait pu être meilleur.  Non seulement c’est le point le plus élevé de toute la côte, de Barrington jusqu’à Cap Nègre*, incluant Port La Tour, mais aussi, de ce belvédère naturel, on a la plus splendide vue sur les deux entrées de la Baie de Barrington, de chaque côté de l’Île de Sable.  Il domine la Baie entière en faisant ainsi l’endroit le plus stratégique pour la construction d’un fort.  Un auteur du nom de Couillard Després, attribue un immense crédit à Charles de La tour pour le choix de ce site. 

Débuté tôt à l’été de 1630, la construction fut terminée en décembre.  Ce fort allait devenir la plus imposante structure jamais érigée à Cap Sable au cours de l’histoire Acadienne.  Nicolas Denys, qui avait visité le fort en 1635, le décrit comme un « bon fort » qui allait maintenir La Tour en « bonne position. » 

J’ai visité le site à la fin des années 1920 avec mon oncle, H. Leander d’Entremont, qui fut le premier à attirer l’attention des gens sur ce site.  À l’époque, je l’ai aidé à prendre les mesures des fondations encore visibles de quelques murs.  Elles pouvaient être tracées en ligne droite sur une certaine distance ; ensuite, elles disparaissaient pour réapparaître un peu plus loin, toujours sur la même ligne droite. Faisant face à la Baie, il semble y avoir eu deux murs distants de trois pieds, à moins qu’il n’y en ait eu qu’un seul de trois pieds d’épaisseur sur une distance totale de 160 pieds.

Longtemps avant le 20ième siècle, ces ruines ont été remarquées par plusieurs navigateurs.  Dans « Une Histoire Géographique de la Nouvelle Écosse » publiée en 1749 à London, nous lisons que, devant l’île du Cap Sable, on peut apercevoir sur le continent, les ruines d’un « imposant fort, capable de soutenir une résistance rigoureuse. »

En 1886, le professeur Arnold Doane a publié dans le journal hebdomadaire de Barrington du 12 août, le « Cape Sable Advertiser », la description suivante de ce site tel qu’il était alors.  Il écrit :  «  Au sommet de cette butte vous remarquerez un amas de pierres alignées- trois ou quatre ou plus- et juste derrière, une ou deux lignes continues de mur de pierres.  Encore plus loin derrière, il y a plusieurs vestiges de murs en carré et d’autres enceintes de forme rectangulaire ; quelques-unes laissent voir en leur centre des fondations imparfaites de forme circulaire ou autre, de quelques édifices des premiers jours.   Des briques sont aussi éparpillées ça et là. »   Le professeur Doane, n’ayant pas la moindre idée qu’il y avait un fort autrefois situé ici, a pensé qu’il pouvait s’agir d’un ancien village Acadien.  Prenez note que les Acadiens n’ont jamais construit leurs maisons en pierre ou en briques.  De plus, il n’y a jamais eu ici plus de trois familles après que le fort fut détruit. 

Le fait est que, Charles d’Aulnay, durant sa querelle avec Charles de La Tour, dans une rage frénétique envers son rival, incendia le fort à l’automne de 1642, alors que La Tour était ailleurs, le réduisant en cendres. 

Charles de La Tour II nous parle d’un « château » qu’il avait ici, sur les Buttes de Sable.  Il est plus que probable qu’il ait été construit sur les ruines du fort Saint-Louis.  Un dessein au crayon de ce « château » nous est montré dans « La Nouvelle Carte de la Nouvelle Angleterre de Cape Cod à Cap Sable de Thomas Proud », (1691), que j’ai reproduit dans mon « Histoire du Cap Sable… », Vol.2., p.249. 

C’est ici, sur les Buttes de Sable, que les Acadiens qui revinrent de Boston en 1766 ont passé l’hiver, comme je l’ai mentionné dans mon article No. 34. 

Il est malheureux que le Conseil Canadien des Monuments et Sites Historiques, en dépit des évidences du contraire, ait installé deux grandes enseignes à Port La Tour, à l’entrée du site du vieux Fort Lomeron, connu en 1620 sous le nom de Fort La Tour, lequel fut pris par Thomas Temple aux alentours de 1660, indiquant de façon erronée et de ce fait trompant les gens, que, ici se trouvait le site du Fort Saint-Louis. 

            Il est dommage aussi que les excavations qui ont eu lieu en 1987 sur les Buttes de Sable, sous les auspices de Parc Canada, furent conduites près de la crête des Buttes, pendant que les vestiges encore visibles quelques années auparavant furent éparpillées sur la montée. 

Note :  Dans l’histoire de la semaine dernière, le mot « Gabells » fait référence à « Gavel’s » et non « Blauveldt’s. »