Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 14 novembre 1989. Traduction de Michel Miousse

 

46. L’ASCENSION ET LA CHUTE DE LOUIS A. SURETTE      

 

Louis Athanase Surette est né le 29 décembre 1818 à Sainte Anne du Ruisseau, connu par la suite sous le nom de Ruisseau à l’Anguille*, il était le fils d’Athanase (fils de Pierre IV et de Hélène Fontaine dite Bellefontaine) et de Louise d’Entremont (fille de Joseph et d’Agnès Belliveau). 

À un très jeune âge, il se révéla être un garçon très intelligent, tellement que le Père Sigogne l’emmena à Pointe de l’Église pour lui donner une éducation supérieure.  Il avait alors sept ans.  Il allait rester 12 ans avec le Père Sigogne.  Dans une série de lettres qu’il écrivit à mon oncle Henry Leander d’Entremont vers la fin de sa vie et que j’ai en ma possession, il parle des années qu’il a passé en compagnie du Père Sigogne.  Dans une de ces lettres, daté du 9 mars 1887, il dit « de l’Abbé Sigogne qui m’a éduqué pendant 12 années, mettant ses heures libres à s’occuper de moi.  Chaque nuit, entre minuit et deux heures, aussi régulier qu’une horloge, il préparait mes leçons pour la journée suivante. J’ai dormi avec lui et à 5 heures du matin, j’entendais « Louis, il est temps de se lever. »  J’étudiais jusqu’à 9 heures du soir et j’ai probablement reçu la meilleure éducation jamais acquise par un jeune Acadien. » (sic) 

Le fameux géologue de St-Jean, N.B., George Frederik Matthew, lors d’une conférence qu’il donna en 1884 et qui fut publiée dans le « Courrier de Sainte Croix *» de St Stephen, mentionne qu’il a rencontré Louis Surette un jour, dans un restaurant de Digby et lui a demandé où il avait reçu son éducation.  « De l’Abbé Sigogne » fut sa réplique, «  et je peux me rappeler les cours de traduction de Quintus Curius (un auteur latin) qu’il me donnait, alors que nous étions assis près du feu dans lequel nous jetions à l’occasion une pièce de pin résineux, qui nous fournissait la lumière nécessaire à la lecture.  Nous n’avions même pas de chandelles à cette époque.  L’Abbé voulait faire de moi un prêtre : mais je l’ai quitté et suis parti pour les États Unis. » 

Dans le numéro de novembre 1907 du  « Mensuel Putnam*» ( Nouvelle Rochelle & New York) nous pouvons lire que, parmi les anecdotes que deux dames Américaines avaient répertorié lors de leur passage à Pointe de l’Église, le père Sigogne avait déjà dit à Louis Surette : « Je fais du mieux que je peux pour toi, mais tu vas mourir Protestant. »  Non seulement il était très intelligent mais il était aussi très têtu. 

En mars 1841, il se rend à Boston où il obtient un poste pour la firme bien connue « Ladd & Hall » qui avait un commerce de courtage avec les pêcheurs du Comté de Yarmouth.  En 1846, il s’engage en affaire et continue à commercer avec les pêcheurs de la Nouvelle Écosse pendant de nombreuses années.  En 1877, il écrit : «  À un certain moment mon nom était synonyme d’or dans toutes les Îles des Indes Occidentales et je contrôlais tout le commerce du sel aux Antilles.  J’avais des agents dans les principaux endroits d’Amérique du Sud.

J’avais le brigantin J.M. Sigogne qui mouillait à Marseille et dans d’autres ports de la Méditerranée.  J’ai eu ma ligne de paquebot vers London pendant trois ans et les vaisseaux que je ne possédais pas dans le Comté de Digby étaient rares et éparpillés.  À un certain moment j’avais en tout ou en partie plus de 30 bateaux, barques, brigantins et goélettes. » 

De 1851 à 1858 et de 1863 à 1867, il était l’Honorable Maître de la Loge Corinthienne des Francs-Maçons de Concord, Massachusetts.  En 1859, il publia  Par les Lois de la Loge Corinthienne des Anciens, (--- ? illisible) et Membres Maçons de Concord, Mass.,  un ouvrage de 191 pages, dans lequel, entre autre chose, il donne une biographie de 23 Anciens Maîtres de la Loge incluant la sienne comme étant le 22ième Maître, ainsi que des notices biographiques sur d’autres éminents Maçons.  Il dédie un chapitre complet à l’histoire Acadienne, à laquelle il a consacré plusieurs années de recherche.  Lui et mon oncle Leander sont ceux qui ont procuré à George S. Brown la plupart des généalogies des Acadiens du Comté de Yarmouth, qu’il publia dans son œuvre « Yarmouth, Nouvelle Écosse : Une Suite à l’Histoire Campbell » (1888.) 

Dans son livre, il y a un portrait de lui, sûrement pris au moment où son livre fut publié, alors qu’il avait 41 ans, ses cheveux calant déjà au niveau du front, recouvrant légèrement ses oreilles et descendants dans son cou, lequel est emprisonné dans un haut-col empesé, tenu en place par une (w--- ?) cravate bouclée devant par un nœud papillon.  Il était de face,  des yeux entourés d’épais sourcils et une moustache noire en broussaille, descendant légèrement de chaque côté de sa bouche.  Il porte une paire de lunettes ovales.  Sous son portrait nous retrouvons sa signature, d’un long trait de plume artistique. 

Le 15 mai 1849, il épouse Francis (sic) Jane Shattuck, fille de (H-- ?) Daniel Shattuck, un banquier et de Clarisa Baxter.  Ils se sont établi à Concord, Mass., où ils vécurent dans un des plus luxueux manoirs de la ville.  Ils avaient 12 enfants, auxquels furent donnés des noms Acadiens tel que Évangéline, d’Aubré et même La Tour et d’Entremont.  En famille on ne parlait que le Français à table.  Quelques-uns de ses enfants devinrent d’éminents musiciens.   La dernière de leurs petites filles encore vivante, Dor(othy ?) V. Clay est morte en 1973 à l’âge de 86 ans.  On trouve encore quelques-uns de leurs descendants dans le Delaware et en Pennsylvanie, aucun d’eux ne portant le nom de Surette. 

La prospérité de Louis Surette a atteint son sommet pendant le Traité de Réciprocité qui s’étira entre 1856 et 1876 ; c’était un arrangement pour permettre le Libre Échange entre les États Unis et les Provinces Canadiennes.  Ceci marqua la période de prospérité pour les pêcheurs de la Nouvelle Écosse qui allait durer 25 ans, après la deuxième moitié du siècle (19ième.)  Mais quand le Traité fut aboli, cela marqua la dégringolade de l’industrie de la pêche en Nouvelle Écosse.  Cela marqua aussi la dégringolade des affaires de Louis Surette, tellement que durant les années 1880 il perdit pratiquement tout ce qu’il avait, à un point tel, nous dit-on qu’il devait gagner sa vie en offrant ses services près d’un passage à niveau de chemin de fer.

 Il est décédé le 2 octobre 1897 à l’âge de 78 ans.  Il a été enterré au Cimetière de Sleepy Hollow à Concord, dans le lot No.50, entre l’Avenue Glen et Glade, un des plus éloignés vers l’Est en compagnie de plusieurs membres de sa famille.