Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 28 novembre 1989. Traduction de Michel Miousse

 

48. CONDAMNÉS À ÊTRE FOUETTÉ AVEC LE CHAT À NEUF QUEUES.

 

Les gars seront toujours des gars !  Ceci vaut non seulement pour notre époque mais pour toutes les époques.  L’histoire que je m’apprête à vous raconter est arrivée à Annapolis au début de 1733.  François Raymond Jr., alors âgé de 19 ans, fils de François Sr., et François Mius, du même âge, fils de Joseph, furent impliqués dans plusieurs mauvais coups qui allaient avoir de sérieuses conséquences.  Ils furent arrêtés un samedi soir, le 24 janvier (1733), et emprisonnés, François Raymond fut accusé de vols et les deux furent accusés d’obstruction de la voie publique avec des arbres tombés, dans le but « d’arrêter et d’empêcher le passage de toute charrette ou traîneau à bois. »  Nous avons appris cela du compte rendu du procès qu’ils ont subi en Cour. 

L’audience eut lieu le lundi 26 janvier.  Le plaignant était Nicolas Gauthier d’Annapolis. Le premier délit à être présenté fut celui dans lequel était impliqué François Raymond.  Deux témoins, c’est à dire, Joseph Landry et Michel Doucet, attestent que pendant qu’ils étaient à bord du sloop de Gauthier, lequel était ancré à la Rivière Annapolis, François Raymond enfonça la porte de la cabine, et que, avec lui, ils « Burent un Coup à la Porte de la Cabine à même un Magnum. » 

François Raymond atteste qu’il n’a pas forcé le loquet mais qu’il a simplement retiré les pines de leurs gaines « pour prendre un Coup », étant donné qu’on lui avait dit « que prendre un Coup ne constituait pas un délit. »  Étant coincé, il pensa qu’il pouvait admettre les autres méfaits dont il était accusé, comme d’avoir pris dans le coffret de Gauthier, à Louisbourg, un pistole, qui était une pièce de monnaie espagnole d’une valeur approximative de $4.00, et cinq livres à Rivière Canard*, actuellement dans le Comté de King.  

Une autre plainte fut déposée contre François Raymond par Joseph Gauthier, fils de Nicolas, qui attesta qu’il l’avait frappé à deux reprises avec un bâton et l’avait poursuivi jusqu’à sa maison. 

Une autre plainte plus sérieuse fut par la suite déposée contre François Raymond et François Mius, d’avoir bloqué la voie publique.  Cinq témoins attestèrent qu’ils ont trouvé la voir bloquée, bien qu’ils ne savaient pas qui avait fait ça ; ils dirent qu’il y avait à peu près l’équivalent d’une pleine charrette de bois en travers de la route.  Lorsqu’on demanda à François Mius si c’était lui qui avait fait ça, il répondit que « il avait coupé deux ou trois petits arbres et qu’il avait ramassé sept ou huit autres souches et les avait lancées dans le tas. »  Il ajoute que son intention était d’empêcher le jeune Robicheau, qui était à dos de cheval, d’aller plus loin.  Les raisons de ce geste ne sont pas données.  Ce jeune Robicheau devait être Pierre Robicheau, âgé de pas plus de seize ans, fils de Charles, du Cap (Port-Royal.)  François Raymond, pour sa part, affirma qu’il n’avait pas coupé d’arbres, ce qui fut corroboré par François Mius.

Entre temps, Lawrence Armstrong, Lieutenant Gouverneur de la Province qui conduisait l’enquête, envoya un Brigadier investiguer les lieux du méfait.  Quand il revint, il affirma le même jour, à 3 heures de l’après-midi environ, « qu’il trouva là environ 40 à 50 arbres jetés En Travers de la Route, et quelques-autres étendus de Chaque Côté de la Route » qui avaient été retirés du chemin. 

En conséquence, François Raymond fut trouvé coupable de « Délits à répétition » et François Mius fut trouvé coupable de « Violation de propriété et d’outrage. »  La Cour fut ajournée jusqu’à 10 heures le matin suivant. 

A dix heures ce matin là, les deux prisonniers furent de nouveau conduit devant la Cour «  dans le but de considérer le type de châtiment qu’ils devaient recevoir en rapport avec la nature de leurs crimes. »  On demanda aux deux s’ils avaient quelque chose à ajouter.  Ils « dirent qu’ils n’avaient rien d’autre à ajouter de leur propre chef, mais s’en remettaient à la clémence de son Honneur. »  En foi de quoi ils furent condamnés à être fouettés avec le chat à neuf queues.  Le chat à neuf queues, tel que je l’ai décrit dans mon article No. 40, était un fouet fait de neuf cordes tressées à l’intérieur desquelles étaient insérés des écrous et même de petits morceaux de débris de métal.  Le nom vient du fait que les marques laissées sur la peau par ce fouet ressemblaient à des blessures faites par des griffes de chat. 

De façon plus détaillée, François Gauthier « devait être fouetté au Blockaus, à la Barrière du Fort, au Cap et chez Gauthier ; et qu’en chacun de ces endroits il devait recevoir cinq coups de chat à neuf queues au dos, pendant que, à la « queue de Charrette », qui consiste à s’allonger sur le devant d’une charrette le visage enfoui dans ses bras.  « François Mius devait recevoir 40 coups de chat à neuf queues au dos à la Barrière du Fort. »  De plus, François Raymond devait «  rester en prison après le châtiment jusqu’à ce qu’il ait payé la somme de une pistole au constable pour son temps passé en prison ; et que François Mius soit aussi emprisonné jusqu’à ce qu’il ait payé au constable, la somme de une pistole pour le temps passé en prison, qu’il s’engage à payer une somme additionnelle de 100 livres, et aussi s’engager à trouver deux cautionnements sécuritaires de 50 livres chacun pour s’assurer de leurs bons comportements pour une année et demi.  Et que les deux devaient faire en sorte que les arbres coupés soient retirés de la route et transportés de ce côté ci et allongés près du Fort en un endroit qui sera spécifié plus tard ; et qu’ils demeurent incarcérés jusqu’à ce la sentence soit purgée. »  

« L’imposition ou la remise » du châtiment devait être soumise au Lieutenant Gouverneur.  Ce qui s’est passé en réalité, nous ne le savons pas.  Si vraiment, un châtiment tel que le « fouet » fut exécuté, il semble que nous aurions dû en avoir quelque écho dans les Archives de la Nouvelle Écosse, à Halifax, d’où je tiens cette histoire.  Mais il n’existe aucun compte rendu d’un tel châtiment par le « fouet. » 

Des châtiments de la sorte apparaissent répugnants aux mentalités d’aujourd’hui, particulièrement lorsqu’ils sont appliqués pour des broutilles.  La flagellation à cette époque était simplement considérée comme allant de soi.  Elle fut abolie presque partout avant la fin du 19ième siècle, en France, par exemple, au début de la Révolution.  Quoiqu’elle était toujours en usage dans les prisons.  

François Mius allait épouser Jeanne Duon, une sœur d’Abel Duon, l’ancêtre des Duon, aujourd’hui d’Eons, de Pubnico.   Ils sont les parents de Benjamin Mius, le fondateur de Pointe Muise, connue sous le nom de « La Pointe-des- Ben » par les habitants français, et les ancêtres de la plupart des Muise de Quinan.