Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 5 décembre 1989. Traduction de Michel Miousse

 

49. LE CAPITAINE PIERRE DOUCET ( 1750-1792)

À l’époque de la Révolution Américaine, alors que les corsaires américains sillonnaient les côtes de la Nouvelle Écosse et plus  particulièrement la Baie de Fundy, et que les vaisseaux Britanniques gardaient un œil sur leurs manœuvres, le capitaine Pierre Doucet, de l’Anse à Belliveau* ( Comté de Digby, N.É), fut impliqué plus d’une fois dans ces opérations.  Dans une pétition envoyée au Conseil d’État de la Baie de Massachusetts, datée du 11 août 1780, il dit :  « Qu’il a souvent et fréquemment reçu et entretenu  plusieurs prisonniers américains à ses propres frais et que les hasards de la vie- lui en ont amené un qui s’était évadé de la prison de Halifax, et d’autres qui s’étaient évadés de différents lieux de détention. » 

Le Capitaine Doucet, alias Peter, est né à Port Royal, le 16 mai 1750, fils de François Doucet (lui-même fils de René) et de Marguerite Petitot (fille de Denis.)  En 1755, la famille fut envoyée en exil et confinée pour plusieurs années à York dans le Maine. 

Dès son retour d’exil, Pierre Doucet épousa Marguerite Leblanc et s’établit sur la rive sud-ouest de l’Anse de laquelle l’Anse à Belliveau tient son nom, en un endroit appelé pour quelques temps la « Pointe à Doucet* », qui devint la « Pointe à Major* », dû au fait que son fils, Anselme, fut fait « Major » en 1793, lorsque la Milice Acadienne fut formée en tant que section du Régiment d’Annapolis, laquelle est maintenant dans le Comté de Digby, qui faisait alors partie du Comté d’Annapolis.  Le Major Anselme Doucet fut le premier Acadien assermenté Juge de Paix dans le Comté d’Annapolis. 

Pierre Doucet construisit le premier vaisseau à être construit à l’Anse à Belliveau, qu’il commanda lui-même, étant mieux connu dans les milieux anglais sous le nom de « Captain Peter Doucet. »  Ce devait être le « Eunice », dont je reparlerai plus tard. 

Les témoignages de son engagement durant la Révolution Américaine ne manquent pas.  Le 27 mai 1777, John Battson, de Portsmouth, dans le Maine, témoigne que l’été précédent il fut capturé par le « Viper », qui appartenait au Roi, et fut emprisonné pendant six mois, avant de s’évader en compagnie de trois autres prisonniers et d’atteindre la Baie Sainte Marie*, où Pierre Doucet le recueillit  et   « s’engagea dans des dépenses et des troubles afin de les emmener à Machias. » 

Nous avons un témoignage similaire de Richard Harper, qui fut emprisonné à Halifax, d’où il s’évada en compagnie de quatre autres prisonniers.  Ils se dirigèrent à Baie Sainte Marie et furent emmenés à Passamaquoddy par le Capitaine Pierre Doucet, qui assuma toues les dépenses.  Ce témoignage date du 8 juillet 1778. 

Un autre témoignage date du 23 juillet 1778 par Daniel Newman, qui dit qu’après avoir été fait prisonnier, il s’organisa pour atteindre la Baie Sainte Marie, où « Pierre Doucet, son père et son frère  ‘nous’ ont accueillis très gentiment et nous ont procuré un passage jusque chez nous à Ipswitch. » 

Bien que le Capitaine Doucet ait soutenu la cause américaine, ça ne l’empêcha pas d’être molesté par les corsaires américains.  Il raconte que le 1er juin 1778, à bord de son schooner le « Polly », alors qu’il naviguait de Speppardy (sûrement Shepody dans la Baie de Chignectou) vers Annapolis, il fut capturé par le Capitaine Samuel Rogers, Commandant du schooner corsaire le « Révolution », et a par la suite été envoyé à terre en Nouvelle Écosse alors que le « Polly » lui fut subtilisé.  Il alla plaider sa cause à Boston, où il fournit des preuves de ses «  Dispositions amicales envers les Prisonniers Américains en Nouvelle Écosse. »  Il gagna sa cause et reçut $400.00 pour les dommages qu’il avait subi.  Cela se passait vers la fin de juillet 1778.  Afin de donner des preuves supplémentaires de ses bonnes intentions envers la cause américaine, il statua qu’il avait un « bateau appelé le ‘Betsy’ qui est le seul vaisseau à flot à Sissiboo, et qu’il espère l’aménager de façon à favoriser la libération de tout prisonnier qui se rendrait en cet endroit. » 

Il se pourrait qu’il ait vendu le schooner, le « Betsy », parce que nous retrouvons à Machias au mois de mai 1786, un schooner de 60 tonnes du même nom, appartenant à Thomas Jones, en partance vers St. Eustasia, la Hollande et les Antilles.   Quelques mois auparavant, nous retrouvons, encore à Machias, le « Sloop Polly », de 30 tonnes, appartenant à Jesse Noble, en partance pour Rhodes Island ; il se pourrait que ce soit le schooner capturé au Capitaine Doucet en 1780 par le Capitaine Samuel Rogers. 

Le Capitaine Pierre Doucet est connu pour avoir possédé un autre vaisseau, le Brigantin « Hanna », enregistré au même endroit, Machias, en août 1785.  Même-que, un an avant cette date, i.e., en juillet 1784,  fut enregistré «  un Journal d’un voyage avec la permission de Dieu (de Yarmouth) aux Antilles à bord du schooner, le « Hanna », Pierre Doucet, Commandant. » 

Nous savons que le Capitaine Pierre Doucet possédait déjà un autre schooner, selon le rapport suivant :  « Le Capitaine Pierre Doucet, Commandant du schooner le « Eunice », a quitté Halifax le 21 décembre 1775 et est arrivé à Grenade le 30 janvier 1776 avec une cargaison de 15,000 pieds bois de charpente et 20,000 bardeaux. » 

En effet, le Capitaine Doucet poursuivait de régulières relations commerciales lucratives avec les Indes Occidentales.  Il est dit qu’il a acheté du bois de charpente à Baie Sainte Marie pour cinq dollars du mile et qu’il le vendait aux Indes Occidentales à 40 et 50 dollars pour la même quantité.   Sur son retour, il ramenait de la marchandise et des biens, qu’il vendait dans son magasin récemment construit, lequel était le seul établissement mercantile de Clare, le long de la Baie Sainte Marie. 

Il allait rencontrer la mort au retour d’un de ses voyages, alors qu’un soudain changement de vent venant de Briar Island, souffla d’énormes rafales qui occasionnèrent la perte du vaisseau, de l’équipage et de la cargaison ; cela se passait en 1792.  Sa montre fut retrouvée quelque temps plus tard près de la rive, ce qui voudrait dire que le naufrage a eu lieu près de la terre ferme. 

Et voilà, c’était l’histoire d’un de nos plus braves Acadiens d’autrefois, qui, après avoir été envoyé en exil, aida la cause américaine et fut finalement dompté par les tempêtes de la mer et les vagues des océans qu’il avait si souvent maîtrisé. Une merveilleuse histoire pour un scénario.