Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 12 décembre 1989. Traduction de Michel Miousse

 

50. AMABLE DOUCET. Écuyer. (1737-1806)

         

La semaine dernière je vous ai parlé du Capitaine Pierre Doucet, né en 1750, exilé à York dans le Maine et établi à La Pointe à Major et décédé en 1792.  Amable Doucet, de 13 ans son aîné, fut aussi envoyé en exil à York et s’est aussi établi à La Pointe à Major où il lui survécut pendant 14 ans.  On pourrait croire qu’ils furent très liés, voir même, qu’ils étaient frères.  Ils n’étaient même pas cousin du côté des Doucet ;  il y avait deux différentes famille de ce nom en Acadie avant l’Expulsion ; le Capitaine Pierre Doucet faisait partie de l’une d’elles et Amable, Écuyer, de l’autre. 

Amable Doucet est né à Port Royal le 23 avril 1737, fils de Pierre Doucet (lui-même fils de Claude et de Marie Comeau) et de Marie Josephe Robichaud (fille de Prudent et de Henriette Petitpas), le troisième enfant de la famille qui en comptait au moins neuf. 

            En 1740, alors qu’il n’avait que trois ans, la famille déménagea par ici, à Chebogue, avec sept autres familles de Port Royal, pour se rapprocher des lieux de pêche et de chasse.  Ceci marque la fondation de Chebogue ; qui aura 250 ans l’année prochaine (1990).  Denis Petitot, un des fondateurs et grand-père du Capitaine Pierre Doucet, comme je vous l’ai dit la semaine dernière, donna à l’endroit le nom de St Denis.  Il fut bientôt changé pour « Sainte Anne de Teboque » (St-Anne de Chebogue) par le Père Le Loutre, qui avait une grande dévotion pour Sainte Anne qu’il inculqua aux Amérindiens dont il s’occupait. 

            Pierre Doucet ne demeura pas longtemps à Chebogue ; après trois ans, il s’en retourne à Port Royal.  En 1755, la famille est envoyée en exil, où, le printemps de l’année suivante, 1757, la famille fut divisée, alors qu’Amable, âgé de 20 ans fut envoyé à Newbury, Massachusetts ; il est mentionné comme étant « maladif et infirme. »  De retour d’exil, la plupart des membres de la famille déménagèrent dans la Province de Québec, où le père, Pierre, décède en 1775 et la mère Marie Josephe en 1782. 

            Amable Doucet choisit plutôt de s’établir à Clare, plus précisément à « La Pointe à Major », l’endroit où, comme je l’ai mentionné la semaine dernière le Capitaine Pierre Doucet s’est aussi établi un peu plus tard.  Cet endroit était bien connu de plusieurs Acadiens.  En effet, au temps de l’Expulsion, en 1755, 120 d’entre eux y trouvèrent refuge, et y passèrent l’hiver.   L’un d’entre eux était Prudent Robichaud, cousin d’Amable Doucet.  Nous retrouvons Amable Doucet dans le coin en 1769.  Il est celui qui a donné son nom de famille à l’endroit « la Pointe à Doucet. » 

            Amable Doucet allait jouer un rôle de premier plan dans le nouvel établissement Acadien de Clare.  En l’absence de prêtre, il fut celui qui présidait aux mariages des Acadiens et aux baptêmes de leurs enfants.  Chaque fois que les Acadiens envoyaient une pétition aux autorités, qu’elle soit civile ou ecclésiastique, son nom apparaissait toujours en tête de liste.  Chaque fois que le Père Sigogne, après son arrivée en 1799, mentionnait les noms des personnes en rapport avec les activités de la paroisse, c’était toujours le nom d’Amable qui ouvrait cette liste.           

En 1792, il fut nommé Greffier de la Ville pour le district de Clare.  L’année suivante, il devint Juge de Paix pour ce qui était alors le Comté d’Annapolis, qui incluait l’actuel Comté de Digby ; par la suite, il fut connu sous le nom de « Amable Doucet Écuyer. »  On raconte que parfois, il présidait aux procédures criminelles dans sa propre maison.  En 1794, il fut choisi comme assesseur pour l’autoroute de Clare. 

Il s’est marié deux fois et fut le père de douze enfants.  Le nom de sa première épouse était Marie Broussard.  Il est probable qu’elle soit décédée en couche en janvier 1774 ;  elle serait la première personne à avoir été enterrée au sommet de la falaise où Amable avait sa maison, où se situe le fameux « cimetière de la Pointe à Major » et dans lequel fut érigée une petite chapelle.  Cette chapelle est considérée comme étant le plus vieux « monument » dédié aux Acadiens de Clare qui revinrent d’exil.  En octobre de cette année là, un missionnaire en visite, le Père Mathurin Bourg, un des premiers Acadiens à devenir prêtre, bénit le cimetière. 

Ce même mois, le 18 octobre 1774, le Père Bourg unit en mariage Amable Doucet et Marie Gaudet, fille de Joseph Gaudet, un autre pionnier Acadien de Baie Sainte Marie.  Elle lui donna 10 ou 11 enfants. 

Amable Doucet possédait plusieurs acres de terre de chaque côté de la baie.  En 1771, il acheta 280 acres de Jean Bélonie LeBlanc.  En 1772, il en reçut en concession 350 de plus.  Elles étaient situées le long des rives de la Baie Sainte Marie.  Par la suite en 1801, en compagnie de douze autres Acadiens, ils reçurent une concession de 21,300 acres supplémentaires un peu plus loin de la rive, qui leur donnait à chacun près de 1640 acres.   La même année, 1801, il achète du Loyaliste Francis Ryerson, 149 acres de terre à East Ferry et Tidville, à Digby Neck.  Ce qui fait un total de 2419 acres.  Il a dû être considéré comme un homme riche, étant donné qu’à l’époque, la richesse d’un homme se mesurait surtout à la quantité de terre qu’il possédait.  

Sa dernière propriété, qui devint connue sous le nom de « Terres Françaises », fut pour quelques temps un sujet de controverse.  Amable Doucet avait fait un lègue en 1806 ; malheureusement, il ne mentionnait pas qui devait hériter de cette terre de l’autre côté de la baie, bien qu’un de ses fils, Benonie, la vendit à ses deux fils Augustine et Luke en 1865.  Il arriva alors que les maisons furent érigées sur la propriété sans le consentement des propriétaires.  Ceux-ci se mirent d’accord pour ne pas évincer les résidants mais ils auraient à payer un loyer.  Comme les propriétaires « allégués » ne voulaient pas vendre la terre, une plainte fut introduite en 1978 à la Législature de la Province demandant au gouvernement d’octroyer la terre aux habitants de East Ferry et Tidville, en se basant sur le fait que Amable Doucet ne l’avait légué à personne et que, par conséquent, les titres de propriétés n’étaient pas clairs.  Les descendants d’Amable Doucet protestèrent mais sans succès.  Et ce fut la fin des « Terres Françaises. » 

Amable Doucet, est mort le 21 juin 1806 et fut enterré le jour suivant dans l’actuel cimetière de la paroisse Sainte Marie de Pointe de l’Église, dont la construction fut autorisée par l’Évêque Denault, de Québec, lors d’une visite en juin 1803.  Nous sommes chanceux d’avoir ces dates, quelqu’un les ayant recopié des registres de l’église avant que ceux-ci ne furent consumés dans l’incendie qui a détruit le presbytère de Pointe de l’Église durant la nuit du 11 au 12 novembre 1893.  

À un certain moment, la question d’établir une bourse d’étude en l’honneur de Amable Doucet se mit à circuler mais ne fut jamais matérialisée.