Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 26 décembre 1989. Traduction de Michel Miousse

 

52. LA CALE MOUILLÉE ET LE SUPPLICE DE LA GRANDE CALE  

         

Quelques-uns des châtiments infligés dans les temps anciens nous semblent répulsifs à nous du 20ième siècle.  L’un d’entre eux était « la cale mouillée », qui était infligé de différentes façons pour différentes offenses.  En France par exemple, à Marseille et à Bordeaux, les hommes et les femmes impudiques étaient enfermés dans une cage et plongés un certain nombre de fois dans une rivière ou dans la mer.  À Toulouse, le même châtiment était appliqué à ceux qui « blasphémaient le nom de Dieu. »  Il était surtout utilisé pour châtier les marins. 

            En France, dans ce qu’on appelait « la cale mouillée », le coupable était attaché à une corde elle-même attachée à l’autre bout à une barre de traverse du mat principal et, de cette hauteur, il était jeté par-dessus bord.  Le nombre de plongeons variait selon la gravité du crime ou de l’offense ; dans plusieurs contrées la limite était de trois plongeons.  Parfois on attachait un boulet de canon au pied de la victime, ce qui rendait la chute plus rapide et plus douloureuse. 

            « La cale sèche » consistait à jeter par-dessus bord le coupable de la même façon que pour la cale mouillée, mais il était arrêté en chemin à cinq ou six pieds de l’eau.  C’était plus une tactique pour effrayer que l’on appliquait pour des crimes moins graves. 

            Comme si ce n’était pas assez, les Hollandais inventèrent le « halage de la quille » qu’on appelle en France « le supplice de la grande cale. »  La victime était plongée dans l’eau sous la quille d’un bateau et tirée d’un côté à l’autre.  Plus précisément, on entourait une corde autour du corps du coupable, on le jetait à l’eau et, de chaque côté du bateau des marins dans des doris, tenaient chacun des bouts de la corde, hissant le pauvre misérable hors de l’eau, lui laissant juste assez de temps pour respirer (s’il était encore vivant), et le rejetait à l’eau pour être hissé par les marins de l’autre côté du bateau.  Et ça continuait autant de fois qu’il en avait été décidé par le capitaine ou les personnes en charge, en relation avec la gravité du crime.  Il est aisé de comprendre que deux ou trois de ces plongeons étaient amplement suffisants pour tuer un homme. 

            La plupart du temps, un coup de canon était tiré pour inviter les gens à venir « regarder et apprécier » cette comédie barbare. 

            Assez étonnamment, nous retrouvons un exemple de ce type de torture ici même en Acadie, vers la fin du 17ième siècle.  Elle fut infligée au cupide François-Marie Perrot, qui fut un temps Gouverneur de Montréal et par la suite d’Acadie. 

            François-Marie Perrot était né à Paris en 1640.  Ayant épousé en 1669 une nièce de Jean Talon, Intendant ou agent royal de la Nouvelle France (Québec), Talon le nomma la même année Gouverneur de Montréal.  Faire de l’argent était pour lui une obsession.  

À un moment il troqua quelques-uns de ses propres vêtements avec un Amérindien, sans doute pour des fourrures, qui s’élevaient en argent d’aujourd’hui (1989) à près de $1500.00 ; pendant qu’il se vantait de ce méfait, l’Amérindien paradait en ville dans les vêtements du Gouverneur.  En 1680, il réalisa un profit illicite de 200,000.00.  Deux ans plus tard, il a vendu des peaux de castor en France pour près de un demi-million.  Un auteur contemporain nous dit que pour emplir sa bourse, il se querellait  avec les Frères Sulpiciens, les Amérindiens et les marchands.  Il entra bientôt en conflit avec Frontenac, qui était Gouverneur Général de la Nouvelle France.  Il fut finalement ramené à Québec et incarcéré en prison.  De là, il fut envoyé à Paris pour y compléter son temps de prisonnier à la fameuse prison « La Bastille », qui était à l’époque  le symbole du pouvoir absolu du Roi de France. 

            Grâce à l’influence que sa famille avait auprès des cercles des princes et de la noblesse, il fut absout de tous les méfaits qu’il avait commis.  Mieux encore, il fut nommé Gouverneur de l’Acadie où il arriva en 1758. 

            Les quelques années qu’il avait passé en prison n’eurent aucun effet sur sa soif de profit et de richesse.  Ici, il continua à empiler une somme considérable d’argent en effectuant un commerce illicite de fourrures avec les Amérindiens.  Bien que les pêcheurs de la Nouvelle Angleterre étaient interdits de pêche sur nos côtes, il trouva un moyen de leurs soutirer de l’argent en établissant un système de permis au prix de 5 livres ou près de $25 chacun, qu’il vendait à ces pêcheurs, leurs permettant de pêcher sur nos côtes. 

            Il était très chatouilleux en ce qui avait trait à son autorité de Gouverneur de l’Acadie, craignant de se faire enlever le titre.  Ayant entendu dire que le Gouverneur Général de la Nouvelle France avait mentionné que le Baron de Saint Castin, qui, au Maine, avait épousé la fille d’un chef Amérindien et qui était très influent dans les affaires de l’Acadie, serait très bien qualifié pour devenir Gouverneur de l’Acadie, il fit tout en son pouvoir pour le diffamer.  Il voulut même le faire emprisonner.  Mais, étant incapable de trouver quelque méfait de sa part, il trouva finalement un motif, à savoir, « la faiblesse qu’il avait pour les femmes. » 

            Finalement les autorités décidèrent qu’assez c’est assez.  Après avoir été Gouverneur de l’Acadie pendant deux ans, il fut démis de ses fonctions.  Figurant probablement qu’il y avait plus d’argent à faire en Acadie qu’en France, il trouva refuge à la Rivière St-Jean, N.B.

             Les gens de Boston, qui l’avaient considéré comme le grand maître des côtes Acadiennes, savaient qu’il était un homme très riche.  Il n’était à la Rivière St-Jean que depuis quelques jours lorsque deux vaisseaux pirates de la Nouvelle Angleterre remontèrent la rivière pour aller s’emparer de lui.  Ils ont commencé à le molester dans le but de lui faire révéler l’endroit où il cachait ses trésors.  Ils eurent même recours à la « cale mouillée » ; Un auteur français nous dit qu’ils ont appliqué la méthode de « cale sèche » ; sans doute qu’ils ne voulaient pas le tuer avant qu’il leurs ait révélé l’endroit où il cachait son argent.  Un boucanier français réussit à le délivrer et à l’emmener avec lui en France.   

Bien qu’il fut laissé affaibli, fragile et contusionné, il était encore assez audacieux pour demander à être nommé de nouveau Gouverneur de l’Acadie.  Les autorités n’eurent pas à lui donner une réponse puisqu’il décéda peu de temps après, probablement des tortures qui lui avaient été infligées alors qu’il était aux mains des pirates de la Nouvelle Angleterre.