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Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard le 2 janvrier 1989. Traduction de Michel Miousse
53. LE
SERMENT DES MARINS.
Lorsque
j’étais encore très jeune, j’ai entendu ma mère raconter l’histoire du
serment que les marins avaient fait alors qu’ils étaient en mer à combattre
une sévère tempête. Ils firent
le serment que s’ils pouvaient en sortir sain et sauf et s’en retourner à
la maison, ils iraient à l’église dès le premier dimanche, habillés tel
qu’ils l’étaient de leurs imperméables, et, assistant à la messe près de
la balustrade devant l’autel, ils remercieraient Dieu d’avoir sauvé leurs
vies. Leur prière fut entendue,
et, aussitôt qu’ils mirent pied à terre, ils remplirent leurs promesses à
la lettre. C’est tout ce que je
me souviens de ce que ma mère m’a dit.
Heureusement, plusieurs années plus tard, je suis tombé sur un livret
intitulé « Chez les Anciens Acadiens », écrit par Antoine-Thadee
Bourque, de Memramcook, N.B. dans lequel il nous raconte avec beaucoup de détails
l’histoire du serment des marins. Il
était à l’église en personne lorsque les marins vinrent y remplir leur
promesse. Ceci se passait à la Pointe de l’Église.
C’était au mois de mai, bien que l’année ne nous soit pas donnée.
Néanmoins, M. Bourque semble dire que ça s’est passé à la même époque
où il est arrivé à Baie Sainte Marie, où il a enseigné à l’école
pendant cinq ans, de 1874 à 1879 au Petit Ruisseau, et en 1879-80 à St
Bernard, lorsqu’il quitta pour étudier la prêtrise.
Ils avaient quitté la Baie Sainte Marie avec une cargaison de bardeaux
vers les Indes Occidentales, à bord d’un brigantin dont nous ignorons le nom.
Le Capitaine aurait été Jean Babin.
Il aurait pu être relié à ma grand-mère maternelle, Geneviève Babin,
de qui ma mère aurait tenu cette histoire.
Ils eurent un temps merveilleux tout le long du chemin vers le sud
jusqu’à l’entrée du Golfe du Mexique.
Soudainement, une violente tempête s’abat avec toute sa furie, se développant
en un véritable cyclone, avec des vents d’ouragans et des pluies
torrentielles.
Le vaisseau résista à la tempête pour un moment, puis soudain, une énorme
vague vint s’abattre sur un côté du vaisseau, renversant celui-ci jusqu’à
ce que les mats et les voiles touchent l’eau.
L’équipage qui s’accrochait à tout ce qu’il pouvait, entreprit de
grimper de l’autre côté du pont. L’un
d’eux réussit à couper deux des mats avec une hache, lesquels furent emportés
au loin avec les voiles et le gréement. Le
vaisseau fut ensuite capable de se rétablir.
C’est alors que chacun d’entre eux s’attacha aux bastingages avec
une corde afin de ne pas être jeté par-dessus bord.
Cette épreuve allait durer cinq jours et cinq nuits.
N’ayant pratiquement plus rien à manger et à boire, devenant de plus
en plus faibles, ils ont sûrement pensé que leur dernier jour était venu.
C’est alors que le Capitaine dit à son équipage qu’ils devraient se
préparer à comparaître devant leur Maître.
Néanmoins, aussi désespérée que puisse être la situation,
il leur dit que Dieu pourrait accomplir un miracle et les sauver si nous
lui demandions. Il leur dit que
c’était là, leur dernière chance de survie. C’est
alors qu’il leurs demanda s’ils étaient prêts à faire un serment, qui
consisterait, s’ils allaient survivre, à aller se confesser aussitôt
qu’ils atteindraient leur paroisse, et par la suite dès le premier dimanche,
ils iraient tous ensembles à l’église, têtes nues et pieds nus, habillés
des vieux vêtements qu’ils portaient en ce moment, avec une corde autour de
la taille. À la Messe, ils
recevraient la Sainte Communion. Ils
auraient aussi à chanter seize Messes Hautes pour les Âmes du Purgatoire.
D’une seule voix, ils acceptèrent tous de prêter ce serment.
Durant la soirée qui suivit la tempête faiblit considérablement et le
matin suivant la mer avait perdu sa furie.
Vers le milieu de l’après-midi, ils remarquèrent un grand schooner
qui venait en leur direction. Par
miracle ou par chance, ça s’adonnait à être des gens de Baie Sainte Marie
qu’ils connaissaient. Le nom du
schooner nous est donné comme étant le « Dauphin. »
Entre temps, à Baie Sainte Marie, l’anxiété commençait à monter,
bien qu’ils n’aient pas dû entendre parler de la tempête dans le Golfe du
Mexique. Mais le brigantin était
en retard de deux jours, trois jours et même cinq jours.
L’équipage était constitué de seize hommes, dix d’entre eux étaient
mariés et pères de famille. L’un
d’eux n’était qu’un jeune garçon de 12 ans.
Lorsqu’ils arrivèrent à la maison sains et saufs, il n’y a as de
mots pour décrire la joie qu’éprouvèrent les familles, quand ils fondirent
dans les bras de leurs bien aimés, qui avaient été sauvés de l’abysse,
comme on dit, bien qu’ils durent être en loques, fatigués, mais toujours en
bonne santé et vigoureux malgré la terrible épreuve qu’ils venaient de
subir.
Leur premier devoir fut d’aller se confesser et quand vint le dimanche,
ils marchèrent deux par deux jusqu’à l’église, le Capitaine devant récitant
le rosaire, avec le reste de l’équipage répondant d’une voix forte au
Notre Père, au Je Vous Salue Marie et au Gloire à Dieu.
Tel que promis dans leur serment, ils étaient tête nue, pieds nus,
habillés de leurs gros imperméables, leurs reins entourés d’une corde.
M. Bourque, dans sa description, nous dit qu’ils sont arrivés à l’église
de Pointe de l’Église, comme les cloches sonnaient le début de la Messe ;
toute la congrégation se tenait dehors devant l’église, attendant leur arrivée. Ils furent rassemblés à la porte de l’église par le
pasteur, qui les bénit avec l’eau bénite et les conduisit en avant vers les
chaises qui avaient été préparées pour eux. M.
Bourque raconte que jamais il n’avait entendu, le « Te Deum Laudamus »
(le Prions le Seigneur) qui est un hymne chanté au Seigneur lors de l’Action
de Grâce, avec autant de dévotion, de ferveur et d’entrain.
Plusieurs larmes furent versées à cette Messe, spécialement lorsque le
pasteur, de son pupitre, félicita les braves marins pour leur foi, à laquelle
ils devaient leur survie. Dans un
temps où personne ne recevait la Sainte Communion aux dernières Messes du
Dimanche, en regard aux devoirs Eucharistiques qu’on devait respecter, tous
les seize approchèrent pour recevoir leur Sauveur en L’Eucharistie. Et
voilà l’histoire, que j’ai entendu en partie pour la première fois de ma mère
lorsque je n’étais qu’un petit enfant.
Et c’est ainsi que je réalisai que les miracles pouvaient encore se
produire, même dans notre milieu. |