|
Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard le 6 février 1990. Traduction de Michel Miousse
58.
L’HISTOIRE DES CLOCHES ACADIENNES : CELLES DE PORT ROYAL
Ce
mois-ci et le mois prochain, j’ai l’intention de vous raconter l’histoire
des cloches Acadiennes antérieures à l’Expulsion, en commençant par celles
de Port Royal, aujourd’hui Annapolis Royal. Nous en connaissons un certain nombre mais probablement pas
toutes. Si nous possédions toutes
les cloches d’église que les gens disent avoir caché au temps de
l’Expulsion, nous en aurions sûrement assez pour faire compétition au
carillon de la tour du Parlement d’Ottawa.
Il y eut un certain nombre d’entre elles qui furent effectivement cachées. Quelques-unes ont été retrouvées. Il pourrait y en avoir encore d’autres qui sont toujours
enterrées dans le sol. Plusieurs
de celles que différentes légendes ont enterré un peu partout ne seront
jamais retrouvées, pour la simple raison qu’elles n’ont jamais existé.
Les églises d’Acadie ne possédaient pas toutes, une cloche.
Dans ces cas, les gens étaient
appelés au divin service par d’autres moyens.
Le Colonel Robert Hale de Beverly, Massachusetts, qui visita l’Acadie
en 1731, raconte qu’à une des églises de « Meshequesh » au
Nouveau Brunswick, au Ruisseau Mushquash, à environ neuf miles au nord de
Sackville, laquelle se jette dans la Rivière Tantramar, un drapeau était hissé
pour appeler les gens aux prières du matin et du soir.
Un dimanche matin de 1727, près de « Megoguich », sur la
Rivière Missaguash, qui fait la frontière entre la Nouvelle Écosse et le
Nouveau Brunswick, un Acadien demande à l’Enseigne Robert Wroth, un adjudant
des troupes du Roi d’Angleterre en Acadie, la permission de « hisser un
petit drapeau blanc sale comme signal aux habitants de venir assister au divin
service. »
En Nouvelle Angleterre pendant ce temps, les habitants étaient conviés
à l’église par des tambours, des drapeaux et des conques de mer.
Les Puritains de Higham, Massachusetts disaient que « la cloche est
une machination des prêtres, qui ne convient pas à nos lieux de rassemblement.
Nous continuerons d’utiliser le tambour. » Ce n’était pas une mince tâche à l’époque de se procurer une cloche. Pour ce qui est des cloches Acadiennes, elles devaient être commandées de France. Même si, en ce 17ième siècle, il y avait à Québec un « maître fondeur de cloche » du nom de Jean Amounet, trois de ses cloches, destinées à la paroisse de Québec, ont été bénies en 1664 par l’Évêque de Laval. En 1712, Pierre La Tour de Beauport, une banlieue de Québec, était lui aussi « maître fondeur de cloches. » Et en 1757, encore à Beauport, il y avait Étienne Simonneau qui pratiquait ce métier. Déjà en 1645, l’église paroissiale de Québec avait reçu une cloche de 100 livres. En 1651, une cloche de 1000 livres est arrivée à Québec.
Pour ce qui est de la Nouvelle Écosse, aussi tôt qu’en 1654, une
cloche de Port Royal fut emportée à Boston au temps de la conquête de
l’Acadie par Sedgewick. Elle passa ensuite aux mains du Capitaine Lothrop. Cette
cloche appartenait aux Pères Capucins. Une autre de ces cloches fut emportée
à Boston ou ailleurs durant le même raid. L’une d’elle pesait 200 livres
et valait 300 livres Françaises ou Anglaises ; l’autre pesait 100 livres
et était évaluée à 150 livres Françaises ou Anglaises.
Port Royal allait attendre de nombreuses années avant de recevoir une
autre cloche ; dans les faits, en 1701, elle n’en avait pas encore.
Finalement, en 1706, le Ministre Français écrit :
« Allons réaliser une cloche qui sera donnée aux Récollets de
Port Royal, celle qui leur fut donnée ayant craqué au premier coup. »
Cette nouvelle cloche a dû être la MARIE BELLE.
C’est celle dont le Père Sigogne hérita en 1801 pour son église à
Pointe de l’Église. Nous lisons en effet, dans les registres du Père Sigogne :
« Le 11 juin 1801, moi, sous signé prêtre, ait béni une cloche
qui vient de Jacob Troop d’Annapolis, qui est dite avoir appartenu à l’église
Catholique de Port Royal, aujourd’hui Annapolis ; elle a reçu le nom de
Marie…un nom donné par Marguerite LeBlanc, veuve de Pierre Doucet. »
Ce Pierre Doucet est celui que j’ai décris dans mon article No. 49.
La famille Troop, d’origine Germanique était de Granville, où Jacob
lui-même est né en 1759.
Ce devait être la cloche de l’église St Jean Baptiste, qui a remplacé
celle qui fut emmenée à Boston en 1654 ; l’église était située entre
Granville Centre* et le Haut Granville*. Selon
la tradition, lorsque les Acadiens d’Annapolis entendirent qu’ils allaient
être envoyés en exil, ils apportèrent tous leurs sous et leurs pièces
d’argent au pasteur, qui descendit la cloche de son clocher, la remplît des
pièces apportées par les Acadiens et l’enterra dans la terre.
Vingt ans plus tard, Jacob Troop, en défrichant sa terre à
Granville, trouva la cloche. Il
garda la découverte pour lui-même, bien que les gens avaient remarqué qu’il
avait commencé à vivre aisément sans vraiment travailler fort.
Peu de temps après, le Père Sigogne arrive à Baie Sainte Marie, Troop
lui offre la cloche, figurant probablement que, appartenant à l’Église
Catholique, il ne pouvait la conserver.
Malheureusement, cette cloche disparut dans le grand incendie du 12
septembre 1820, qui dévasta tous les édifices des environs sur des miles et
des miles, incluant l’église, dont je vous donnerai un compte rendu plus
loin.
C’est par la suite que le père Sigogne rassembla une grande quantité
de vieux sous de ses paroissiens pour les envoyer en France, avec lesquels une
nouvelle cloche fut coulée. Elle
arrive à Pointe de l’Église en avril 1823.
Le 20ième du mois, le père Sigogne la bénit, alors qu’il
lui donne le nom de sa sœur la plus âgée, celui de Marie.
Son parrain était Anselme Doucet, fils du Capitaine Pierre, mentionné
précédemment et sa marraine était sa femme, née Elisabeth LeBlanc.
Le 14 et le 25 août 1905, trois nouvelles cloches furent bénies à
Pointe de l’Église pour la nouvelle église qui venait d’être construite ;
elles sont toujours en service. C’est
alors que la paroisse de Pointe de l’Église donna la cloche de 1823 à sa
fille, la paroisse de Concession, qui avait été érigée comme mission de
Pointe de l’Église en 1901.
Et c’était l’histoire des
cloches de Port Royal et de celles qui ont suivi.
La semaine prochaine, je vous raconterai l’histoire des cloches de la
Forteresse de Louisbourg. |