Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 13 février 1990. Traduction de Michel Miousse

 

59. L’HISTOIRE DES CLOCHES ACADIENNES : CELLES DE LA FORTERESSE DE LOUISBOURG      

           

Si Port Royal peut se vanter d’avoir eu la première cloche de Nouvelle Écosse, Cap Breton peut se vanter d’en avoir eu le plus grand nombre avant l’Expulsion.  À Louisbourg, quelquefois appelée « La Cité de Rêve de l’Amérique », il y avait trois cloches à la Forteresse, deux au Monastère de Sainte Claire, une à l’hôpital et deux à la Paroisse de Notre Dame des Anges.  À Ingonish, la paroisse avait sa cloche ; tout comme en ce qui a trait à la paroisse Sainte Anne.  Je vous livre ici l’histoire des trois cloches de la Forteresse. 

            Ces trois cloches furent offertes en 1735 par Louis XV pour la chapelle de la Citadelle.  Le 31 mars de cette même année, elles furent bénies et reçurent les noms de Saint-Louis, Saint-Antoine Marie et Saint-Jean (anglicisé St John.) 

            La cloche de Saint Louis était la plus imposante des trois.  En 1745, lorsque Louisbourg fut prise par les troupes de la Nouvelle Angleterre, les officiers de la Compagnie du New Hampshire s’en emparèrent et l’emmenèrent avec eux.  Sir William Pepperel, de Kittery, Maine, Commandant des troupes, l’offrit à la Queen Chapel, de Portsmouth, New Hampshire, dont le nom avait été changé en 1791, pour celui de St. John’s Church.  En 1806, l’église fut détruite par un incendie, et la cloche subit de lourds dommages.  Elle fut coulée à nouveau avec de grandes précautions par Paul Revere, de Boston, le patriote bien connu de la Guerre d’Indépendance Américaine, et placée dans le beffroi de la nouvelle église. 

            En 1905, cette cloche en raison de son long usage, craqua et dut être coulée à nouveau, cette fois, par les successeurs de Paul Revere, le Globe Bell Company.  Pendant cette opération, 300 livres de métal y furent ajoutées, avec résultat final qu’elle pesait 2600 livres.  Durant les travaux, l’inscription latine suivante y fut inscrite :  « Vox ego sum vitae – Voco vos orate venite », ce qui veut dire, « Je suis la voix de la vie – Je vous appelle pour venir et prier. »  C’est l’inscription d’une cloche d’une paroisse Française qui avait été capturée au temps de la Révolution Française.  Il y avait une autre inscription qui fut ajoutée à celle-ci, qui venait du Gouverneur Wentworth du New Hampshire et qui disait :  « Du clocher de St John, J’appelle le peuple, Aux jours saints, à prier et louanger. »  Finalement, sur le bord de la cloche nous lisons :  « Ma bouche devrait chanter ses louanges. » 

            Ainsi, après de multiples vicissitudes, la cloche de Saint-Louis résonne encore joyeusement depuis près de deux siècles et demi, bien que sous une nouvelle version, loin de sa maison d’origine à Louisbourg.  Aussi étrange que cela puisse paraître, Louisbourg allait l’entendre sa voix une fois de plus, à travers la radio.  

Le samedi soir du 29 juillet 1933, entre 7 et 8 heures, dans un geste d’amitié de la part des États Unis envers le Canada, la cloche de Saint-Louis, du clocher de l’église de St John, à Portsmouth, N.H., résonna de tout son éclat, pendant que le Post American Legion Bugles (Légion des Clairons des Postes Américaines), jouait l’hymne national des États Unis, qui fut transporté sur les ailes des ondes hertziennes jusqu’aux extrêmes limites de la vieille Acadie, accompagné de l’écho de la cloche de Saint-Louis de l’ancienne capitale.  Et ainsi Louisbourg entendait une fois de plus le son de sa cloche qui n’avait pas été entendue depuis 188 ans. 

             La cloche de Sainte Antoine Marie, connue aujourd’hui comme « La Vieille Grande Cloche de Lunenburg », du titre d’un petit livre qui raconte son histoire, écrite par le Révérend Ferdinand William Elias Peschaud, D.D., Pasteur de l’église Évangélique Luthérienne de St Jacob, Miamisburt, Ohio, publié à Bridgewater, N.É., 1908.  C’est la deuxième en dimension des cloches de la Forteresse.  Elle a un diamètre de 23 pouces à la base et une hauteur de 18 pouces.  D’un côté de son arc de résonance, il y a un dessein de trois marches, sur lesquelles repose un crucifix, mesurant en tout, 8 pouces et quart, et du côté opposé est gravé la figure d’une personne tenant l’Enfant Jésus dans ses bras.  Des auteurs ont dit que cette personne était la Bienheureuse Vierge ; ils ont tort, parce que j’ai vu ces desseins, lesquels ont toutes les caractéristiques de St Joseph tel que représenté dans la tradition iconographique de l’Église.  La date 1723 est inscrite sur son support de bois.  Il y est mentionné qu’elle fut coulée en Bretagne, France. 

            Bien que cette cloche n’ait pas expérimenté toutes les vicissitudes de sa grande sœur, elle a son histoire.  Elle a échappé à la capture de 1745 mais pas à celle de 1758, lorsque Louisbourg fut définitivement capturé.  Cette année là, elle fut emportée à Halifax, où elle est demeurée silencieuse jusqu’en 1772, lorsque des membres de la nouvelle paroisse Luthérienne de Lunenburg l’achetèrent du Gouvernement pour 27 livres, 16 shillings et 5 cents.  Elle fut placée dans le beffroi de leur nouvelle église, l’actuelle Zion Lutherian Church, la plus ancienne église Luthérienne du Canada, qui fut commencée en 1770.  La cloche sonna pour la première fois dans sa nouvelle demeure le 11 août 1772. 

On raconte que lorsqu’en 1782 les corsaires américains envahirent Lunenburg, la cloche fut descendue de son clocher pour être cachée sous l’eau à Back Harbour, au nord de la ville, où elle est restée jusqu’à ce que le danger soit écarté. 

Plusieurs années plus tard, elle fut empruntée pour un temps par l’église Luthérienne de St Peter, à Chester.  À son retour elle demeura quelques 50 ans dans le presbytère du Ministre.  C’est lors des préparations pour la célébration du 175ième anniversaire de la fondation de la paroisse que la cloche fut à nouveau hissée dans son clocher, où elle est toujours perchée, témoin muet dans son âge avancé de 150 années de hauts et de bas d’un monde en perpétuel changement.  

La cloche de Saint Jean (anglicisé St John) est la plus petite des trois ; sa base mesurant 13 pouces, sa hauteur étant de 11 pouces et demi et son poids de 52 livres et demi.  Elle porte l’inscription Française :  «  Bazin m’a fait », sous laquelle il y a une croix en forme de fleur de lys.  

Après la conquête de Louisbourg elle était restée en place pour un bon nombre d’années, quand, au début du siècle dernier, elle fut emportée à Halifax avec d’autres reliques de Louisbourg.  Le Gouverneur de la Nouvelle Écosse la présenta au Révérend Fitzgerald Uniacke, pasteur de la paroisse St Georges à Halifax.  Après l’avoir utilisé pour son école, elle fut donnée à l’église Anglicane St John de Fairviews, à l’ouest de la ville, mieux connu dans l’histoire comme étant le Village Hollandais (Dutch Village) ou l’Établissement Hollandais (Dutch Settlement.)  

Durant la semaine du 16 février 1896, une dame de Montréal, du nom de Robertine Barry, attachée au journal quotidien « La Patrie », acheta la cloche pour 100 dollars.  Elle fut placée dans le Musée du Château de Ramezay à Montréal, dans une cage de verre, surmontée d’une croix qui fut emmenée de Louisbourg.  Des trois cloches de la Forteresse de Louisbourg, elle est la seule qui est actuellement entre les mains de descendants de France.  

La semaine prochaine, je vous parlerai des autres cloches de Louisbourg et d’autres endroits au Cap Breton.