Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 27 février 1990. Traduction de Michel Miousse

 

61. L’HISTOIRE DES CLOCHES ACADIENNESS :

CELLES DU BASSIN DES MINES ET DE L’ISTHME DE CHIGNECTOU.

 

Le Bassin des Mines, qui comprend Grand Pré et Cobequid (Truro), est la région de toute l’Acadie qui a été le plus exaltée par les chants et la poésie, mais pas par ses cloches.  En effet, on trouve difficilement des traces de celles-ci. 

            À Grand Pré, il est vrai, Longfellow parle de la belle génisse d’Évangéline qui transporte la cloche, et de la cloche qui « du clocher sonne doucement l’Angelus », quand elle sonnait au matin, en après-midi et en soirée, en mémoire de l’Annonciation.  Pourtant, les annales ne mentionnent aucune cloche à Grand Pré, bien que plusieurs auteurs, avec Longfellow, le font ; il aurait été étrange, en effet, qu’ils ne le fassent pas.  Fort probablement que l’église de Grand Pré, qui était dédiée à St Charles, fut incendiée à l’époque de l’Expulsion, tout comme l’Église St-Joseph, qui était située dans les environs de Canard. 

            De même, nous n’avons aucun compte rendu mentionnant une cloche dans la région de PISIQUID, bien qu’il y avait au moins 4 églises dans cette région : Une ou plus à la paroisse Assomption* (Windsor) et trois ou plus à la paroisse Sainte-Famille* (Falmouth.) 

            Contrairement à Grand Pré, à la Rivière au Canard et à Pisiquid, nous sommes certains qu’il y avait une cloche à COBEQUID (Truro.)  Cobequid, qui avait été concédé en 1689 à Mathieu Martin, parce qu’on disait qu’il était le premier Acadien né en Acadie, avait une église, mesurant 100 pieds par 40.  Elle était dédiée à St-Pierre et St Paul.  Nous ne savons pas quand elle fut construite, parce que les registres ont disparus avec l’église lorsqu’elle fut incendiée par les envahisseurs à l’époque de l’Expulsion.  Sa cloche en était une grosse, à ce qu’on raconte.  Thomas Miller, qui a écrit l’histoire du Comté de Colchester, nous dit qu’il a apprit d’un homme du nom de Alexender Vance, de Masstown, à environ 12 miles à l’ouest de Truro, qu’un jour, alors qu’il labourait son champ, il a trouvé le métal fondu de la cloche de Cobequid ; elle était exactement à l’endroit où l’église était située.  Et cette plaque de métal hideuse et sans forme, noircie par le feu, est tout ce qui nous reste de la région du Bassin des Mines.  

            Nous aurons plus de chance si nous explorons les églises de la région de l’Isthme de Chinectou.  Elle s’appelait à l’origine « Beaubassin », près de la Rivière Missaquash dont j’ai parlé dans mon article No. 58.  Il y avait 7 à 8 églises ici, à Beaubassin même (Chignectou près de Amherst) ; à Beauséjour (Fort Cumberland) ; à Tantramar, N.B. (sur la rivière du même nom) ; à la Baie Verte, N.B. Chipoudy, N.B. (à Saint Anselme, Fox Creek) ; et même au « Coude » (Elbow, aujourd’hui Moncton.)  Il y avait aussi une chapelle à Minudie, N.É., dans la péninsule qui s’étend dans le Bassin de Cumberland*.

        De toutes ces églises, nous savons qu’il y avait une cloche à Beaubassin même pour un temps, qui fut transférée par la suite à Beauséjour, et une autre à Tantramar. 

            Beaubasin même avait son église en 1686.  Elle avait des murs en torchis couverts de pierres et un toit datched (sic.)  Connue d’abord sous le nom de « Notre Dame du Bon Secours », son nom fut changé pour « Notre Dame de l’Assomption. » 

            Benjamin Church, du Massachusetts, qui envahit l’Acadie en 169( ?), incendia cette église.  Elle fut remplacée en 1723 et brûlée à nouveau en 1750, cette fois par les Acadiens eux-mêmes, avec le reste du village, à l’approche de la flotte de Lawrence, lorsqu’ils passèrent de l’autre côté de la rivière, dans ce qui est aujourd’hui le territoire du Nouveau Brunswick.  Mais avant ça, le Père Germain avait descendu la cloche de son clocher ; elle fut emportée à Beauséjour.  Elle mesurait 20 pouces de haut et avait un diamètre de 22 pouces à la base.  Elle était bien ornementée avec des fleurs de lys et était gravée des mots latins AD HONOREM DEI FECIT F M GROSS A ROCHEFORT en 1734, ce qui veut dire «  À la Gloire de Dieu. Faite par F.M. Gross à Rochefort en 1734 », Rochefort étant à 20 miles au sud de La Rochelle, France. 

            À BEAUSÉJOUR, où il y avait au début une petite chapelle, fut construite en 1753, une église qui allait être sous le patronage de St-Louis, dans laquelle fut installée la cloche de Beaubassin, après qu’elle fut complétée en avril 1755.  Malheureusement, on ne l’entendit qu’une matinée, parce qu’à l’approche de Moncton, les Acadiens, réalisant qu’ils devraient capituler, incendièrent l’église le 4 juillet.  Mais avant de le faire, ils ont sauvé la cloche. 

            Après bon nombre d’années, la cloche de Beaubassin-Beauséjour fut installée à l’église Anglicane Saint Marc, au Mont Thatley*, aujourd’hui sur la route 16, près de Fort Cumberland.  Lorsque le musée de Fort Beauséjour alias Fort Cumberland, fut construit en 1930, la cloche fut exposée ici, où elle demeure une des principales attractions du musée. 

            À Tantramar, le site de l’actuel Upper Scakville, N.B. il y avait à l’époque des Acadiens trois églises, l’une d’entre elle avait été construite pour les Amérindiens.  L’une d’elle avait une cloche, mais c’était après que Robert Hale eut visité l’endroit en 1731 ; j’ai dit en effet, dans mon article No. 40 que par la suite un drapeau était hissé pour appeler les gens à la prière.  Il est celui qui nous parle d’une autre cloche, beaucoup plus petite, juste une cloche à main dont j’ai fait mention dans le même article No. 40, lorsqu’il dit qu’il a vu ici un prêtre qui allait à une des églises, « habillé comme un idiot en jupon, et  d’un homme qui le suit avec une cloche dans une main qu’il agite à chaque porte et une chandelle allumée dans une lanterne dans l’autre. » 

            L’église à Tantramar, dans laquelle il y avait une cloche, fut incendiée par les envahisseurs en novembre 1755.  Mais les Acadiens avaient déjà enterré la cloche dans le sol.  De retour d’exil, ils la récupèrent et l’emportent à Memramcook.  Après avoir servi plusieurs années, elle s’est fêlé.  Elle fut envoyée à Troy, New York, avec deux autres petites cloches pour être fondues en une plus grosse.  Et c’était la fin de la cloche de Tantramar.

À ces cloches, je veux ajouter la petite cloche du Musée de la Cathédrale de Moncton.  C’était une cloche à main, pesant 13 onces et demi, qui avait appartenu à un Acadien à l’époque de l’Expulsion du nom de Jacques Léger, et qui avait servi aussi à l’église de Memramcook ou à l’église de Chipoudy.  Elle a été placée en premier lieu à Grand Pré, au musée, avant d’être donnée à l’Archevêque Arthur Melanson de Moncton.

            La semaine prochaine, je vous raconterai l’histoire des cloches de l’Île du Prince Edouard.