Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 13 mars 1990. Traduction de Michel Miousse

 

63. L’HISTOIRE DES CLOCHES ACADIENNES :

CELLES DE LA RIVIÈRE ST- JEAN N.B.     

           

Vous devez avoir remarqué lors des histoires précédentes que pour raconter l’histoire des nos cloches Acadiennes, nous devons connaître l’histoire des églises et des chapelles Acadiennes de l’époque.  C’est particulièrement vrai lorsqu’une même cloche a été utilisée dans plus d’une église ou quand le même saint patron fut donné à plus d’un village ou d’une paroisse. 

            Ce n’est qu’en 1654 qu’est mentionné pour la première fois une chapelle sur la Rivière St Jean.  Elle était au fort que Charles de La Tour avait construit en 1632 à un endroit qui prit le nom, des années plus tard de « Green Mound » (Monticule Vert), à Pointe Portland*, à l’est du nord de la rivière.  Son titulaire a dû être le même que celui du fort proprement dit, c’est à dire « Sainte Marie. »  Il n’est dit nulle part ce qui advint de cette chapelle lorsque Charles d’Aulnay incendia le fort en 1645.  Quand d’Aulnay construisit son propre fort, du côté opposé de la rivière, il construisit en même temps un monastère pour les Frères Capucins et une nouvelle église, à laquelle fut donné le nom de « Saint Jean. »  En ce qui a trait aux cloches de ces deux chapelles, si elles ont vraiment existé, il n’en est fait mention dans aucun document. 

            Plus tard, une autre église fut construite sur la Rivière Saint-Jean, qui prit aussi le nom de « Saint-Jean » et qui avait sa cloche.  De même, le nom de « Sainte Anne » fut donné à plusieurs endroits, dont, Jemsek (maintenant Jemseg, Comté de Queen, à quatre miles au nord est de Gagetown, de l’autre côté de la rivière ; Pointe Sainte Anne (maintenant Fredericton) ; Ekpahoc (ou Aucpaque, dans les environs de Springhill, Comté de York, à trois miles à l’ouest de Fredericton) ; et Kingsclear (Comté de York, à 14 miles à l’ouest de Fredericton) qui prit finalement le nom de « Sainte Anne » jusqu’à ce jour.  Pour ce qui est de la seconde église qui, sur la Rivière Saint-Jean, portait le nom de « St Jean », nous devons remonter la rivière jusqu’à Medoctek (quatre miles au sud ouest de l’actuel Meductic, dans le Comté de York, du côté droit de la rivière, bordant le Comté de Carleton.)  Ici se tenait l’église mère d’au moins trois des églises Sainte-Anne mentionnée précédemment. 

            Medoctek était le principal village des Amérindiens Malécites.  Au départ, l’église n’était qu’une simple cabane faite d’écorce.  En 1717, le Frère Jean Baptiste Loyard, un prêtre Jésuite, commence à en construire une plus imposante pour les Amérindiens, qui ouvrit ses portes en 1720.  Il lui donne son propre nom « Saint Jean Baptiste. »  À celle-ci, le Roi Louis XV de France donne une cloche. 

            Lorsque le Père Bailly (dont j’ai fait mention dans deux de mes histoires précédentes, No. 34 et No. 55) est arrivé ici en 1767, il enterra le dernier Amérindien survivant de l’endroit et ferma la chapelle.  Il écrit :  « Il y a ici une cloche de belle dimension, que j’ai envoyé avec le reste du matériel à Ekpahoc », dont j’ai parlé plus-tôt.  Les Amérindiens, en effet, avaient déménagé ici de Medoctek. 

À l’époque de la Révolution Américaine, ces Amérindiens de Ekpahoc s’enfuirent vers le nord à la Rivière Keswick, dans le Comté de Restigouche, près de la frontière du Québec.  Ils emportèrent avec eux la cloche de leur chapelle.  Cela se passait en juillet 1777. 

            Pour ce qu’il est advenu de cette cloche par la suite, voici ce que le fameux généalogiste Acadien Placide Gaudet, de Shediac, écrivit le 8 novembre 1890, alors qu’il était à Grand Falls sur la Rivière St Jean, entre les comtés de Victoria et Madawaska, concernant « La Cloche Française du village Amérindien à 11 miles au-dessus de Fredericton »-- 

            « Nous avons été informés par un gentleman qui était ici à la mission le jour de la fête de Sainte Anne (26 juillet), deux ans auparavant, 1888, que, désirant apprendre quelque chose de l’histoire de cette cloche en usage à la petite église qu’il y avait là, il grimpa dans le clocher, et trouva trois « fleur de lys » gravé sur la cloche, nous démontrant ainsi qu’elle avait été coulée en France.  Alors qu’il parlait avec le prêtre de la mission, le Père O’Lary, un des Amérindiens se leva pour dire que cette cloche avait autrefois été suspendue dans leur église à Augh-pa-hack (la pointe de la marée à environ six miles en haut de Fredericton) où notre peuple avait reçu des Anglais une large parcelle de terre incluant quelques petites îles à proximité.  Après avoir été en possession de cette terre pour quelques années, un Anglais habitant à Fredericton persuada nos gens de la lui vendre à un très bas prix.  Une grande partie des Amérindiens s’objectèrent à cette vente, après que la vente fut conclue, l’église fut incendiée.  On n’entendit plus parler de cette cloche pendant plusieurs années par la suite, jusqu’à ce que deux Amérindiens Abénakis qui étaient en expédition de chasse au Madawaska, entendent le son d’une cloche qu’ils reconnurent comme étant celle qui avait appartenu à leur vieille église.  Alors que l’obscurité tombait, ils se firent des cordes de cèdres, grimpèrent dans le clocher, prirent la cloche, la descendirent et l’emportèrent dans leur canot jusqu’au Village Amérindien où elle est demeurée depuis. » 

             En 1794, le Père Ciquart, du diocèse de Baltimore, arrive ici pour prendre soins des besoins spirituels des Acadiens et des Amérindiens.  Il construisit à ses propres frais une église à la Mission de Sainte Anne de Kingsclear, qui hérita de la cloche de Louis le 15ième. 

            En 1904, l’église fut frappée par un éclair et réduite en cendres.  La cloche fut endommagée au point d’être impossible à réparer.  De petites cloches, surmontées de petites croix, furent coulées et vendues pour rassembler l’argent nécessaire à la reconstruction de l’église.  Si vous visitez un jour l’église de Ste-Anne de Kingsclear, vous verrez là, en exposition, une de ces petites cloches.  Il y en a encore d’autres en différents endroits des provinces Maritimes ; il y en a une au Musée Acadien de l’Université de Moncton. 

            Il y a eu une autre cloche sur la Rivière St Jean, la cloche de Pointe Sainte Anne* à Fredericton.  La première mention en est faite lorsque ce village Acadien fut saccagé en ce dernier jour de février 1759, par l’infâme lieutenant Moses Hazen et ses Rangers, de Boston, lors de leur expédition de scalp.

Nous pouvons lire sur le massacre de la place dans l’édition du 2 avril 1759, du Parker’s new York Gazette ou Weekly Post-Boy, de New York.  Les survivants s’enfuirent pour la plupart au « Canada », l’actuelle Province de Québec.  La cloche pesait 300 livres.  Il est heureux que le métal fondu de la Cloche de la Grande Église de Pointe Ste-Anne, laquelle Église fut réduite en cendres, ne fut jamais retrouvée, ainsi le souvenir d’un des plus hideux massacres de l’époque de l’Expulsion peut demeurer enfoui avec lui sous terre pour l’éternité. 

            Il y eut d’autres cloches Acadiennes ailleurs, au Maine, à Saint Pierre et Miquelon et même en Californie, dont je vous raconterai l’histoire dans mon prochain article.