|
Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard le 20 mars 1990. Traduction de Michel Miousse
64.
L’HISTOIRE DES CLOCHES ACADIENNES : LE
MAINE, ST. PIERRE ET MIQUELON ET LA CALIFORNIE
Dans l’État du Maine : L’Acadie, pour un temps, s’étendait jusque dans l’État
du Maine. Il y avait alors deux
endroits importants qui avaient leur église, d’abord Pentagoet (Penobscot,
dans la région de Castine) et Nanrantsouak, qui était un petit village Amérindien
sur la Rivière Kennebec, plus à l’intérieur des terres, aux environs de
Norridgewock, à environ six miles au sud de Skowegan.
Le Père Sébastien Rasle, un prêtre Jésuite, arrive ici, à
Nanrantsouak en 1693, où il construit une chapelle pour les Amérindiens.
Les habitants de Boston convoitaient la région, surtout pour la trappe.
Durant l’hiver de 1705, les soldats du Colonel Hilton du Massachusetts
vinrent ici et incendièrent l’église ainsi que les huttes et les wigwams Amérindiens.
L’église fut reconstruite. Plus tard, alors que les trappeurs essayèrent d’exercer leur commerce dans la région, ils étaient loin d’être les bienvenus. Le blâme en fut jeté sur les épaules du Père Rasle.
Le 23 août 1724, les troupes du Gouverneur Dummer de Boston envahirent
Nanrantsouak. Le Père Rasle, pour
détourner l’attention des soldats de ses paroissiens, se présenta lui-même
aux soldats qui, au milieu des huées et des cris, criblèrent son corps de
balles, le mutilèrent autant qu’ils le pouvaient et emportèrent
triomphalement son scalp à Boston. Quand
tout le monde fut parti, les Amérindiens vinrent enterrer ce qui restait du
corps de leur cher « Robe Noire. »
Ils le trouvèrent transpercé de milliers de balles, son scalp arraché,
son squelette écrasé par les haches, sa bouche et ses yeux pleins de boue, les
os de ses jambes brisées et tous ses membres mutilés de 100 manières différentes. »
Deux ans auparavant, au cours de l’hiver 1721-22, le Colonel Thomas
Westbrook est venu de Boston pour dévaster le village une fois de plus,
incendiant l’église et 33 wigwams. À
l’approche de l’ennemi, le Père Rasle avait caché dans les bois tout ce
qu’il pouvait, incluant la cloche de son église.
Malheureusement, cela n’incluait pas son coffre, qui fut emporté à
Boston avec ses papiers les plus précieux.
En 1808, la cloche fut retrouvée sous un vieil arbuste de ciguë séché. Elle fut emmenée au Collège Bowdoin, à Brunswick, Maine.
De là, elle fut emmenée au Musée du Main Historical society (sic.)
Aujourd’hui elle repose sur le plancher du Musée à la manière des Amérindiens
qu’elle avait si souvent appelé aux divins services ; ici, en compagnie
du coffre du Père Rasle, elle représente le témoin des cruautés qui ruinèrent
trop souvent en ces jours le calme des forêts, d’un côté, et, de l’autre
côté, l’apostolat d’un des plus dévoués missionnaires que les Amérindiens
eurent à connaître, qui donna sa vie pour épargner celle de ses citoyens. Le
Père Rasle était polyglotte. Il nous a laissé un dictionnaire de
la langue Abénakis.
S’il vous arrive de passer à Portland, il serait dommage que vous ne
vous arrêtiez pas pour visiter ces reliques, au 485 Congress Street, aussi
d’aller à Norridgewock pour voir le grand monument à l’endroit précis où
le Père Rasle fut massacré. Il
fut béni par l’Évêque Fenwick de Boston en 1833.
Saint-Pierre-et-Miquelon : Il
y avait une cloche à Saint Pierre et Miquelon, qui fut emportée à Halifax au
temps des conflits entre la France et l’Angleterre, bien qu’il ne nous reste
rien qui put témoigner de son origine ou de son destin.
Tout ce que nous savons c’est que, vers la fin du 19ième siècle,
cette cloche fut emportée à Halifax comme butin de guerre.
Elle fut achetée pour la nouvelle église Catholique de Halifax (la
future cathédrale) qui reçut son clocher en 1793-94.
Il n’est mentionné nulle part quand cette cloche est arrivée à
Halifax. Mais en se fiant à la date précédemment mentionnée, ça
aurait pu se passer pendant la guerre que le Gouvernement Révolutionnaire de
France a déclaré à l’Angleterre en février 1793.
Au printemps, une expédition avait quitté Halifax pour Saint Pierre et
Miquelon et s’emparer de l’île sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré.
En Californie : À Riverside, qui est situé à environ 40 miles à
l’est de Los Angeles, il y a une hôtellerie appelée « The Gleenwood
Mission Inn », (l’Auberge de la Mission Gleenwood.)
Elle fut construite au 19ième siècle par M. Frank A. Miller
(1857-1935), qui était intéressé non seulement au commerce de l’hôtellerie,
mais aussi à l’histoire, particulièrement aux vieilles cloches et aux
vieilles croix. En 1926, il avait
une collection de 524 cloches. À
sa mort, il avait environ 650 cloches et 316 croix.
Depuis, ses successeurs ont continué d’ajouter des cloches et des
croix. C’est la raison pour
laquelle cette auberge en devint à être connue sous le nom de « The Inn
of the Bells » (l’Auberge des Cloches.)
Ces cloches sont de tous les âges, de toutes les formes et de toutes les
contrées. Il y en a une qui, prétend t-on, date d’aussi loin que
l’époque de Notre Seigneur, bien qu’elle soit différente de nos cloches de
par sa fabrication. On peut y
trouver la cloche qui fut utilisée par le crieur de Bedford, Massachusetts, la
nuit où eut lieu la fameuse course de Paul Revere.
Il y a aussi la cloche que le Père Damien utilisait pour appeler aux prières
du matin et du soir ses lépreux de Molokai. Il y en a même une que M. Miller fut incapable d’acquérir
jusqu’à ce que le Congrès Américain passe une loi à cet effet.
Et il y en a une qui est appelée La Cloche Évangéline, qui, dans le
catalogue, porte le numéro 82. Elle
doit être celle qui est la plus intéressante, du moins pour nous, étant donnée
son histoire romantique. Elle est en bronze, suspendue à un support de fer en forme de U, déployé comme un arc inversé. Selon son histoire, elle aurait appartenu à un transport de Boston qui vint en Nouvelle Écosse pour s’emparer des Acadiens et les emmener en exil le long des côtes des États Unis. Le bateau fit naufrage et demeura au fond de l’eau pour plusieurs années. Quand elle fut récupérée, le métal de la cloche était quelque peu terni. M. Miller l’acquit d’un certain
M. Sid Pelton. Il
n’existe aucun compte rendu dans l’histoire à l’effet qu’un transport
emportant les Acadiens en exil sur les côtes des États Unis aurait sombré. Ça
a dû arriver après qu’il ait accompli sa mission.
Un auteur, qui semble écrire avec autorité (bien qu’il ne donne
aucune source), nous dit que la cloche venait de « San Blas. »
Au nord du Panama, il y a le Golf San Blas, et à Panama même, cet
emplacement, qui est le plus rapproché entre les Océans Atlantique et
Pacifiques, est appelé l’Isthme de San Blas.
Aucun transport emportant les Acadiens en exil, n’est allé plus au sud
que l’état de Georgie. Ceci étant
dit, nous n’avons aucune raison de croire à l’authenticité de la Cloche Évangéline
de l’Auberge des Cloches. Et
c’était l’histoire des cloches Acadiennes.
C’est aussi beaucoup l’histoire des Acadiens eux-mêmes.
À l’époque des jours heureux en Acadie, elle chantait gaiement la
joie, la paix et la félicité de la vie de campagne des gens.
À l’époque des tourments, leur destin était encore celui des
Acadiens. Comme les gens, elles
furent massacrées, cachées, exilées, transportées d’un endroit à
l’autre. Celles qui ont survécu
étaient tellement dilapidées qu’elles étaient difficilement utilisables, un
peu comme les Acadiens qu’un long exil ou qu’une chasse à l’homme méticuleuse,
avait pratiquement épuisés. Si aujourd’hui elles pouvaient faire entendre leurs voix, ce ne serait pas seulement pour chanter la fierté d’un glorieux passé ou pleurer sur les calamités d’une tyrannie sanglante d’autrefois. Ce serait encore pour accomplir la mission, que nos ancêtres leurs avaient confié, de glorifier le Seigneur de leurs résonnantes clameurs au nom du peuple Acadien. |