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Ce court texte a
été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans
le Yarmouth Vanguard le 3
avril 1990. Traduction de Michel Miousse 66.
LE NAUFRAGE DU DUKE WILLIAM ET DU VIOLET QUI EMMENAIENT LES ACADIENS EN EXIL.
Nous
savons qu’il y a eu trois transports, emmenant les Acadiens en exil en France,
qui périrent. L’un d’eux était
le Duke William qui convoyait 300 Acadiens, l’autre le Violet, avec 400
Acadiens. Nous n’avons pas le nom
du troisième vaisseau, ni le nombre d’Acadiens qui étaient à son bord ;
tout ce que nous savons est que ce troisième transport disparut sur les côtes
de l’Espagne. Une estimation de
1300 personnes, a été donné pour ceux qui ont péri en mer à l’époque.
Cela se passait après la chute de Louisbourg en juillet 1758.
Un certain nombre de transports allait emmener en exil les Acadiens de
« L’Île Royale », aujourd’hui Cap Breton, pendant que
d’autres allaient emmener ceux de « L’Île St Jean »,
l’actuelle Île du Prince Edouard, le Duke Wiiliam et le Violet étant deux de
ces vaisseaux. Le Capitaine
Nichols, qui commandait le Duke William, objecta devant les autorités qu’il
était impossible pour son vaisseau, étant donné sa condition, « d’arriver
sain et sauf dans la Vieille France en cette saison de l’année. »
Néanmoins, il fut contraint de recevoir les Acadiens à bord et de procéder
au transport, je dois mentionner ici que c’est avant tout au Capitaine Nichols
que nous devons le compte rendu de ces désastres.
Ils quittèrent l’île en novembre, la date exacte ne nous est pas donnée.
Dû à un vent contraire, la flotte dut rester dans le Détroit de Canso
jusqu’au 25 novembre, jusqu’à ce que, grâce à un fort coup de vent du
Nord ouest, ils purent enfin naviguer. Ils
n’étaient en mer que depuis trois jours, lorsqu’une tempête se mit à
souffler en pleine nuit, avec du grésil et de la pluie, la mer se gonflant
« à hauteur de montagne. » La
tempête dura quelques jours. C’est
alors que la flotte fut dispersée.
Après avoir été séparés pendant quelques semaines, le Duke William
et le Violet furent réunis le 10 décembre.
Le Capitaine Sugget, du Violet dit au Capitaine Nichols que son vaisseau
était dans un terrible état, qu’il avait pris une grande quantité d’eau,
que les pompes étaient encrassées et qu’il avait bien peur qu’il coulerait
avant le matin. Il y eut alors un
gros coup de vent qui continua d’enfler.
Le Duke William prépara ses pompes en cas de besoin.
À 4 heures le matin suivant, le Duke William reçut une terrible
bourrasque de la mer en furie. De
fil en aiguille, le vaisseau commença à prendre l’eau, un signe évident
qu’il y avait une fuite. Quand on
s’aperçut que l’eau s’infiltrait très rapidement, le capitaine réveilla
tous les Acadiens, les informa du danger et les mirent au travail avec les
pompes. Au petit matin, ils remarquèrent
que le Violet, qui n’était pas loin, était dans une si misérable condition
qu’il devenait évident qu’il ne pourrait survivre.
« Vint alors une violente bourrasque d’une dizaine de minutes,
lorsque le temps s’éclaircit, ils s’aperçurent à leur grande et profonde
consternation, que le pauvre malheureux Violet, avec près de 400 âmes à bord,
avait sombré par le fond. »
Quant au Duke William, tout le monde travaillait frénétiquement à le
sauver. Toutes
les écoutilles furent ouvertes, et comme l’eau s’infiltrait rapidement dans
la cale, ils emplirent des tonneaux pour les hisser par-dessus bord pendant que
les pompes étaient continuellement au travail. Toutes les méthodes qui
semblaient utiles furent tentées. Indifférent
à leurs efforts, le bateau continua à s’emplir d’eau, présageant le
naufrage à tout moment.
À environ 6 heures au matin du quatrième jour, Ils réalisèrent
finalement que plus rien ne pouvait être fait pour sauver le bateau. À bord en compagnie des Acadiens, il y avait le Père
Girard, leur pasteur. Le capitaine
lui demanda d’informer ses ouailles du misérable destin qui les attendait.
Il les harangua pendant une bonne demi-heure, leur disant de se préparer
à rencontrer leur Juge Éternel, et leur donna finalement l’absolution générale.
À deux reprises ils virent des bateaux au loin, bien qu’ils étaient
assez près pour remarquer le Duke William.
Le Capitaine Nichols hissa dans un premier temps l’enseigne Anglaise et
par la suite l’enseigne Hollandaise. On
fit aussi tirer du canon en continu. Mais
à deux reprises ces bateaux, qui auraient pu les sauver, se contentèrent de
passer leur chemin ; comme on était à l’époque de la Guerre de Sept
Ans, ces bateaux n’osaient probablement pas approcher le Duke William, qui était
un vaisseau plutôt imposant. Alors
vint la terrifiante déclaration du capitaine, laquelle « d’après son
propre jugement était tout à fait correcte », selon ses propres mots,
par laquelle « il envoyait 400 personne vers l’éternité. »
Au même moment, deux bateaux de sauvetage furent mis à l’eau, dans
lesquels embarquèrent le capitaine et son équipage, laissant les pauvres
Acadiens à leur destinée sans merci. « Voyant
le prêtre étendre ses bras par-dessus les bastingages en grande émotion, avec
toutes les appréhensions de la mort imminente pointant à travers sa contenance,
le capitaine lui demanda s’il désirait tenter sa chance avec lui.
Il a répondu, « oui. »
Après avoir donné une dernière bénédiction à ses paroissiens sur le
point de mourir, « il releva ses robes sacerdotales et embarqua sur le
bateau. » On ne demande à
personne d’être un héros. Néanmoins,
le Père Girard fut blâmé pour avoir refusé de partager le destin de son
peuple. Le Capitaine Pile,
commentant cette tragédie, dit : L’argument
avancé par le prêtre pour quitter les Français était qu’il espérait
sauver les âmes d’autres hérétiques, en parlant des Anglais, et les emmener
vers Dieu avec lui. »
Le Capitaine Nichols ne nous parle pas des cris, pas plus que des scènes
d’horreur et du terrible désespoir qui s’empara des Acadiens lorsqu’ils
furent avalés par la mer. « Un
seul Français prit place à bord du bateau, auquel sa femme dit : ‘Laisserais-tu ta femme et ton enfant périr sans toi !’
Pris de remords il est retourné partager leur destin. »
Entre temps, quatre Acadiens dont deux étaient mariés, jetèrent un
petit canot et deux rames à la mer, et nagèrent jusqu’à lui. Ces
quatre Acadiens eurent tout juste le temps de grimper à bord leur petit canot,
pendant que les deux autres bateaux de sauvetage s’éloignaient petit à
petit, que le Duke William commença à s’enfoncer, lorsque les ponts se
fracassèrent, en faisant un bruit comparable à l’explosion d’un canon ou
à un fort coup de tonnerre, enterrant pour un moment les pleurs, les cris et
les plaintes de 300 misérables agonisants qui avaient été éparpillés comme
des mouches au-dessus des eaux, criant et agitant frénétiquement leurs mains
et leurs pieds en proie au désespoir, au milieu d’un immense tourbillon qui
les emportait un à un, avalés, au milieu de l’Océan Atlantique, par les
profondeurs de la mer.
Les deux bateaux de sauvetage, avec 27 personnes dans un et 9 personnes
dans l’autre incluant le Capitaine Nichols et le Père Girard, après une
suite d’angoisse et de désarrois, finirent par atteindre la côte sud-ouest
de l’Angleterre, près de Falmouth. Miraculeusement,
le petit canot parvint à atteindre l’Angleterre en sécurité.
Le compte rendu du Capitaine Nichols fut publié à London et à Glasgow
par George Winslow Barrington, dans son ouvrage « Remembering Voyages
& Shipwrecks », aujourd’hui devenu très rare. La Société Historique Acadienne en a donné une
transcription dans son trimestriel en 1968. |