Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 10 avril 1990. Traduction de Michel Miousse

 

67. LA SEMAINE SAINTE QUELQUES GÉNÉRATIONS AUPARAVANT. 

           

Un des traits par lequel le 20ième siècle sera caractérisé dans l’histoire sera sûrement le changement.  Entre la première décennie, dans laquelle je suis né, et sa dernière décennie qui débutera bientôt, il semble y avoir eu plus de changement dans notre façon de vivre qu’il y en eut dans toute l’histoire de l’humanité.  Probablement parce qu’il n’y a jamais eu autant d’inventions, tellement que notre siècle sera sûrement appelé aussi celui des grandes inventions. 

            Si cela est vrai pour notre vie de tous les jours, c’est aussi vrai en ce qui a trait aux pratiques religieuses.  Les changements dans les pratiques religieuses, particulièrement dans l’Église Catholique, ont commencé avant le milieu du siècle, lorsque plusieurs de ces pratiques, même vielles d’un siècle, furent abandonnées.  Jusqu’aux années 1930, chaque dimanche, les Vêpres étaient chantées dans à peu près toutes les paroisses ; mais aujourd’hui les gens doivent avoir au-delà de 50 ans pour savoir ce que signifient les Vêpres.  Les dévotions du mois de Marie (en mai) et du mois du Sacré Cœur (en octobre) sont depuis longtemps tombées dans l’oubli. 

            Ce n’était qu’un début.  Les grands changements ont débuté lorsque les prescriptions du Second Concile du Vatican (1962-65) furent mises en œuvre.  Comme nous sommes dans le temps de la Semaine Sainte, je voudrais ramener à la mémoire des gens âgés et faire connaître à la plus jeune génération ce qu’a déjà été la Semaine Sainte. 

            Laissez moi vous dire en premier lieu, que ce qu’on appelle Carême aujourd’hui n’est seulement qu’un symbole de ce qu’il a déjà été.  En ces jours, les gens devaient jeûner tous les jours durant le Carême, à l’exception du dimanche ; et pas seulement durant le Carême, mais aussi quatre fois par année durant les trois Quatre-Temps et à la veille de certaines fêtes.  Cela consistait à ne manger qu’un seul repas complet ; les autres ne devaient pas être équivalents à un repas complet.  Comme il était dit que la nourriture prise au déjeuner ne devait pas peser plus deux onces, une de mes chères vieilles tantes, qui avait une épicerie, avait l’habitude d’aller à l’épicerie chaque matin pour peser quelques fines tranches de pain et une poignée de gruau, s’assurant d’en enlever un petit peu par-ci, un petit peu par-là, si la balance affichait un iota de plus que la marque de deux onces.  

            Deux dimanches avant Pâques, qui est appelé le Dimanche de la Passion, le crucifix et toutes les statues de l’église étaient voilés, une pratique qui fut suggérée par les mots de l’Évangile « Jésus s’est Caché. »  Au début, comme les vrais rameaux n’étaient pas disponibles, les gens lors du Dimanche des Rameaux, utilisaient la fougère qui est une plante très commune de nos bois.  Les vrais rameaux ne devinrent disponibles dans notre région que dans les années 1920. 

L’ « action » véritable durant la Semaine Sainte débutait le mercredi soir avec le chant des Ténèbres, qui étaient les Matines et les Laudes du jour suivant ; ce sont deux des Heures canoniques ou les groupes de prières du bréviaire que le prêtre récite chaque jour, les Vêpres étant l’une d’elles. 

Elle comprenait alors 14 psaumes et 9 leçons prise des Écritures.  Tout ceci était chanté sans accompagnement, en chant grégorien, par deux hommes.  Quinze chandelles étaient allumées dans le sanctuaire sur un support triangulaire, et une d’elles était éteinte après chaque psaume, excepté la dernière au sommet, qui représentait Notre Seigneur.  Peu avant la fin de la cérémonie, toutes les lumières de l’église étaient éteintes ou baissées et cette dernière chandelle était amenée devant l’autel, pour signifier la mort de Notre Seigneur et « L’OBSCURITÉ sur la terre entière » qui se faisait à ce moment là, et de laquelle le mot TÉNÈBRES est dérivé.  Après quelques minutes, la chandelle était rallumée et l’église éclairée, pour représenter la Résurrection.  La cérémonie complète pouvait durer près de deux heures, et à Pubnico, particulièrement, je me rappelle que l’église se remplissait à pleine capacité.  Et la même cérémonie était répétée le jeudi soir (le Jeudi Saint) et le soir du Vendredi Saint. 

Le jeudi, lorsque la Messe était dite le matin ou en matinée, toujours en Latin, comme c’était la règle alors pour toutes les Messes, les Sacrements Bénis étaient retirés du tabernacle de l’autel principal pour être transportés dans l’autel de côté.  À partir de ce moment, jusqu’au jour suivant, il était supposé y avoir en tout temps des adorateurs devant les Sacrements Bénis.  Durant la nuit, de jeudi à vendredi, de jeunes hommes étaient désignés à venir successivement pour une heure.  Du Jeudi Saint jusqu’au Samedi Saint, les cloches restaient silencieuses, de façon à ne pas déranger l’ambiance sombre de ces jours ; les gens étaient appelés au service au son d’un clapet.

            Le Vendredi Saint, les gens venaient à l’église trois fois ; Premièrement  le matin pour ce qui est appelé « la Messe des Présanctifiés », bien que ce ne soit pas une vraie Messe ; ensuite en après-midi à 3 heures pour le Chemin de Croix ; et finalement en soirée pour les Ténèbres.  En ces jours de foi fervente, l’église était pleine à chaque fois.

            Le Samedi Saint était le grand jour.  Contrairement à ce qui se passe depuis 25 ans et plus, alors que la cérémonie de ce jour est conduite tard en soirée, en ces temps là elle avait lieu tôt le matin et pouvait durer 3 heures.  Les gens n’avaient pas l’air de s’en formaliser, étant donné que c’était le dernier jour de Carême.  En effet, le Carême se terminait sur le coup de midi, et ce samedi après-midi était l’après-midi le plus heureux de toute l’année, même plus que le Jour de Noël.  Après avoir jeûné 40 jours, le Carême était enfin terminé ; sa fin était annoncée à la Messe par le chant dans le jubilée de plusieurs Alléluias et par la sonnerie complète des cloches, dont les gens disaient qu’elles étaient revenues de Rome. 

            Ce jour là, les gens attendaient jusqu’à midi pour prendre leur dîner, ils pouvaient alors manger de la viande.  Ce que les gens âgés qui ont vécu ces jours heureux déplorent le plus dans ces changements que le Second Concile du Vatican à introduit est la suppression de l’exubérante après-midi du Samedi Saint de jadis.  C’était déjà Pâques, lorsque la joie et la gaieté et les chants joyeux emplissaient l’air, et duraient jusque dans la soirée du lendemain.  Bien sûr, à la Messe de Pâques, toutes les femmes paradaient avec leur nouveau bonnet de Pâques.

            Tôt le matin, le Jour de Pâques, avant le lever du soleil, les jeunes gens allaient quérir l’eau de Pâques.  Elle devait être récoltée d’un ruisseau qui coulait d’ouest en est où le soleil allait se lever. 

La prière suivante devait être récitée pendant la récolte de l’eau :  « O mon Seigneur, Jésus Christ, bénit cette eau médicinale qui guérit toutes les maladies, si généreuse pour le peuple. »  Ma mère avait une grande foi en cette eau de Pâques que je ramenais à la maison le matin de Pâques ; plus d’une fois, je me suis souvenu clairement d’elle en train de l’utiliser.  Il y a dans une maison de Pubnico Ouest une bouteille d’eau de Pâques récoltée 70 ans auparavant qui est encore aussi pure qu’elle l’était au moment de la récolte. 

            Dans mon temps, les enfants rivalisaient ensembles à savoir qui mangerait le plus d’œufs le matin de Pâques.  Cela vient du fait que, il y a très, très longtemps, il était interdit de manger des œufs durant le Carême, du moins les jours de semaine. 

            Tout cela ramène de tendres souvenirs à ceux qui ont vécu ce genre de vie.  Même si les gens étaient beaucoup plus incités qu’aujourd’hui à faire pénitence, l’allégresse qui s’emparait d’eux à Pâques nous fait ressentir que vraiment « c’était des jours heureux. »