Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 1 mai 1990. Traduction de Michel Miousse 

 

70. VENU EN ACADIE POUR TROUVER SA LONGITUDE, IL SE DIRIGE EN AMÉRIQUE DU SUD POUR DÉCOUVRIR QUE LE MONDE EST PLAT.       

           

Il s’appelait Jean Richer, un astronome Français, né en 1630.  Il allait recevoir sa formation en astronomie de la fameuse « Académie Royale des Sciences » que Jean Baptiste Colbert, Ministre et bras droit de Louis XV, avait fondé en 1666, et établi à Paris. 

            Jean Richer allait être impliqué dans la découverte des différentes coordonnées terrestres, que sont les latitudes et les longitudes.  Les latitudes étaient faciles à trouver, c’est la distance d’un certain point du globe jusqu’à l’Équateur, qui se mesure en degrés, allant de 0 à 90.  Cela se faisait par l’observation de l’Étoile Polaire.  S’il vous arrivait d’être au Pôle Nord, l’Étoile Polaire se retrouverait perpendiculairement juste au-dessus de votre tête.  À l’Équateur, l’Étoile Polaire peut être observée à l’horizon.  À l’Équateur, nous disons que la latitude est de zéro degrés ; au Pôle Nord elle est de 90 degrés.  À Yarmouth, l’Étoile Polaire apparaît entre le zénith et l’horizon, ce qui veut dire que Yarmouth est à peu près à mi-chemin entre l’Équateur et le Pôle Nord ou à près de 45 degrés de latitude.

            Jusqu’au 17ième siècle, c’était une autre histoire en ce qui a trait à la longitude, c’est la distance de l’est à l’ouest ou de l’ouest à l’est d’un certain point à un autre, qui peut se mesurer en miles si nous allons en ligne droite.  Au temps de Richer, on savait qu’on pouvait aussi la mesurer en degrés, en se fiant au temps que  prend le soleil pour se rendre d’un point à un autre.  Si le soleil prenait une heure pour se rendre d’un point situé juste au-dessus de nos têtes à London jusqu’à un point situé juste au-dessus de nos têtes dans l’Océan Atlantique, ça voulait dire que la distance était d’une heure, qui pouvait être donnée en degrés, le nombre ici étant de 15 degrés.  Malheureusement, à l’époque, les horloges n’étaient pas assez précises pour mesurer exactement la différence de temps.   Elles ne devinrent assez précises pour être utilisées que lorsque le Hollandais Christian Huygens (1620-1695) eut inventé en 1657 l’horloge à pendule.  Jean Richer allait être le premier à faire usage de cette nouvelle invention à calculer la longitude, plus particulièrement au milieu de l’Atlantique et en Acadie. 

             Après avoir commandé deux horloges de Hollande, le Ministre Colbert envoie Richer en Acadie avec les cloches pour trouver les différentes longitudes sur l’Atlantique et sur les côtes d’Acadie.  C’était en mai 1670.  Il accompagnait Hector de Grandfontaine qui allait en Acadie pour y être Gouverneur, étant donné que l’Acadie, après avoir été entre les mains des Anglais, venait juste d’être restituée à la France par le Traité de Breda. 

            Avant de quitter La Rochelle, en France, Richer mit une des horloges à 12 heures piles, au moment précis où le soleil était à son zénith. Après avoir navigué vers l’ouest pendant quelque temps et étant en un point précis sur l’Océan, il allait ajuster l’autre horloge à 12 heures piles, au moment précis où le soleil était à son zénith.   

Si la différence entre les deux horloges allait être exactement de une heure, cela voudrait dire qu’il était à 15 degrés de longitude à l’ouest de La Rochelle où la première horloge fut ajustée ; si la différence n’allait être que d’une demi heure pile, cela voudrait dire que la distance était de 7 degrés et demi exactement de La Rochelle, qui est habituellement donné à 7 degrés et 30 minutes. 

            Malheureusement, après avoir quitté La Rochelle sur le « Saint Sébastien » ils traversèrent une énorme tempête et les deux horloges furent endommagées au point qu’elles ne pouvaient plus être utilisables.  Néanmoins, bien que les principales intentions qu’avait Richer de faire ce voyage furent gâchées, il allait faire bon usage de son temps en faisant d’autres observations astronomiques. 

Ils arrivent à Boston vers la première semaine de juillet, où Richer prend la latitude, les différents niveaux d’eau entre marée haute et marée basse et fait plusieurs autres observations.  Il fit de même à Pentagoët aujourd’hui Ponobscot, dans le Maine, pas loin de Castine, à environ 25 miles à vol de corneille, au nord-ouest de Bar Harbour.  Grandfontaine allait habiter ici, à Pentagoët avec les instruments qu’il avait alors, il trouve le degré exact et les minutes, étant un petit peu à côté en ce qui a trait aux secondes. 

            C’est durant ce voyage que Grandfontaine reçut des mains de l’ancien Gouverneur Thomas Temple les forts de Rivière St-Jean, de Port Royal et de Port La Tour. 

            Richer s’en retourna en France quelque peu désappointé, mais non pas les mains vides.  Les horloges ayant été réparées, il fut à même de conduire ses expériences sur les longitudes sur un autre territoire Français, encore de l’autre côté de l’Atlantique, cette fois en Guyane Française, Amérique du Sud.  Il part dès l’année suivante, 1671.

             Mais voici qu’il s’aperçoit que plus il approche de l’équateur et plus les horloges prennent du retard ; elles avaient été très précises jusque là.  Cela voulait dire que le pendule allait plus lentement ; il était moins attiré par la terre qu’il l’était à de plus hautes latitudes.  La seule explication qu’il pouvait figurer était que l’Équateur était plus éloigné du centre de la terre ; il y avait moins d’attraction qu’il y en avait au Pôle.  Ça ne pouvait dire qu’une chose, que le Pôle était plus près du centre de la terre que l’Équateur.  En d’autres mots, il avait découvert que la terre est plate à ses deux Pôles. 

            Malheureusement, surtout malgré cette dernière découverte, Jean Richer est très peu connu.  Comme un auteur (J.W. Olmstead, Un. De Californie) le dit, cela est dû au fait qu’il y avait eu «  une sérieuse sous estimation de l’importance des récents travaux de ‘l’Académie Royale des Sciences’ et une surestimation de ceux de sa rivale, la Royal Society of London. (1662.) » 

            Quoiqu’il en soit, nous, du sud-ouest de la Nouvelle Écosse, pouvons nous vanter que ce grand astronome et découvreur soit venu nous voir et qu’il ait visité nos côtes il y a 300 ans.  Il est mort à Paris en 1696.