Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 15 mai 1990. Traduction de Michel Miousse 

 

72. L’ÉVASION DES ACADIENS DU FORT BEAUSÉJOUR À L’ÉPOQUE DE L’EXPULSION

           

La semaine dernière je vous ai parlé de l’évasion de 86 Acadiens du Fort Lawrence, le 1er octobre 1755.  Il y eut une autre évasion similaire dans les environs cinq mois plus tard, cette fois au Fort Beauséjour, impliquant 80 prisonniers Acadiens.  Nous n’avons pas autant de détails concernant cette évasion que nous en avions pour l’autre, mais nous en avons assez pour savoir que c’est arrivé et pour savoir de quelle façon c’est arrivé. 

            Elle fut planifiée par un des ancêtres de nombreux Acadiens du Comté de Yarmouth d’aujourd’hui, nommé, Pierre Surette II, né à Port Royal le 9 décembre 1709, fils de Pierre I et de Jeanne Pellerin.  En 1755, il vivait à Beauséjour, situé à la frontière de la Nouvelle Écosse et du Nouveau Brunswick, lorsque les Acadiens de cette région furent sommés de paraître au Fort Beauséjour le 11 août de cette année.  Comme je vous en ai parlé la semaine dernière, 250 répondirent à l’appel.  Mais un bon nombre, appréhendant que c’était probablement un genre de scénario, s’enfuirent dans les bois.  Pierre Surette II et un certain nombre d’autres, qui avaient l’intention de se cacher dans les bois, tardèrent un peu trop longtemps et furent capturés et emmenés au Fort Beauséjour.  C’est de ce fort qu’ils s’évadèrent durant la nuit du 26 février 1756, sous l’initiative de Pierre. 

            L’histoire de cette évasion a été transmise de père en fils pendant quelques générations.  On a raconté que les prisonniers étaient nourris avec de la viande de cheval et que, à la requête de Pierre, ils conservèrent quelques os des côtes qu’ils cachèrent durant le jour et utilisèrent durant la nuit pour creuser un tunnel sous le mur extérieur du fort, couvrant leur travail pendant le jour.  En date du 26 février, ils en avaient fini  et 80 hommes s’évadèrent. 

            Le dernier à s’échapper était Pierre Melanson, le plus gros de la bande, et il est resté pris quelques temps au milieu du tunnel.  Ils émergèrent juste à temps pour échapper aux gardes qui avaient entendu parler de la chose et qui étaient déjà sur leurs talons, mais ils atteignirent les bois à temps par des sentiers qu’ils connaissaient mieux que les Anglais.  Il y avait une chanson qui fut composée en rapport avec la mauvaise posture de Melanson.  Mon oncle H. Leander d’Entremont dit quelque part qu’il a entendu sa mère, ma grand-mère Angélique Foi, la chanter.  En 1941, mon oncle fit paraître un message dans un  journal demandant s’il y avait quelqu’un qui connaissait cette chanson.  J’ai bien peur que ce soit là une autre pièce de notre folklore qui soit perdue à jamais.  

            Le Père François Le Guerne, qui était leur missionnaire, a écrit une longue lettre de Bélair, près de Cocagne, Nouveau Brunswick, en date du 10 mars 1756, adressée au Chevalier de Drucours, Gouverneur de Louisbourg dans laquelle il dit que Pierre Surette s’est rapporté à lui concernant les Anglais au fort.  « Je tiens ceci (l’information) de Pierre Surette…  

Cet homme, ancien Capitaine de la milice de Petcoudiac, est sensible et possède un bon jugement, et est bien versé dans les affaires publiques, et fut souvent employé par Messieurs les Officiers dans des affaires délicates. 

Les Anglais l’ont gardé au fort cet hiver comme un homme de raison qui connaissait la contrée et pouvait leur être utile.  Sa manière agréable de parler lui a donné un accès libre au Commandant du Fort (M.Scot), qui le pensait sûr, à un tel point, qu’il s’est laissé allé à lui parler librement.  Il connaît la langue Anglaise et est toujours disposé à parler avec n’importe qui, et ils avaient l’habitude de ne rien cacher lorsqu’ils lui parlaient. » 

            Après son évasion, Pierre Surette et sa famille, en compagnie d’autres familles Acadiennes, sont demeurés cachés dans les bois, par très loin des environs.  Après deux ans de misère et de privations, à manger des racines, de la viande d’animal décomposée, et même des excréments d’animaux comme nous le dit le Père Le Guerne, ces Acadiens allèrent aux environs de Miramichi, où leur condition s’avéra être des pires.  Finalement, ils furent obligés de se rendre, ceci s’est passé dans les environs de Petcoudiac et Memramcook, le 18 novembre 1759.  Ils étaient 700 en tout, conduits par Pierre Surette II et par Jean et Michel Bourque, les ancêtres des Bourque du Comté de Yarmouth.  Ils furent emmenés à Halifax et gardés prisonniers jusqu’après le Traité de Paris, 1763, qui marquait la fin de la Guerre de Sept Ans. 

Après cette date, Pierre et sa famille allaient demeurer six à sept ans dans les environs de Halifax, ne sachant où s’établir.  En 1769, trois de leurs enfants virent leurs mariages bénis à Chezzetcook par le Père Bailly, tel que compilé dans ses registres.  Voir l’article No. 34. 

            C’est peu après cette date que ce Pierre Surette II, son fils Joseph et ses trois gendres, appelés Joseph Babin, Jean Bourque et Dominique Pothier, vinrent à Sainte Anne du Ruisseau et à Belleville, étant les ancêtres des Acadiens portant ces noms dans le Comté de Yarmouth. 

            Pierre Surette II a épousé à Grand Pré, le 30 septembre 1732, Catherine Breau, fille de Pierre Breau et de Anne LeBlanc.  Elle est l’ancêtre maternel d’un grand nombre d’Acadiens du sud-ouest de la Nouvelle Écosse.  Selon une vieille tradition, elle aurait été enterrée près de la rive de Salt Bay ou Salt Water March (sic), à Sainte Anne du Ruisseau, devant l’épicerie que Mademoiselle Pothiers a déjà tenu, fille de Mande Pothier et de Louise Bourque, maintenant sous le gérance de leur neveu Surette.  La première route à être construite dans ce qui fut par la suite le Ruisseau à l’Anguille, a déjà passé par ici, longeant la rive de près.  C’était le même sentier qu’une étroite portion du chemin de fer allait suivre jusqu’à Argyle, après avoir suivi la rive ouest du Lac à l’Anguille, près de Belleville, dont les traces sont encore visibles.  Ce qui arriva par la suite, sous l’influence de quelques habitants de Belleville—le nom de Lezin Pothier, qui était constable, est souvent mentionné—est que le chemin de fer allait finalement passer à travers Belleville pour ensuite aller du côté est du lac.