Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 21 février 1989. Traduction de Michel Miousse

 

8. IL COUPA LA JAMBE D’UN DE SES HOMMES MAIS ILS (MARINÈRENT) SA TÊTE.

 

John Phillips était Anglais et charpentier de métier.  À l’été de 1723, il s’engagea comme constructeur de navire sur un vaisseau prêt à naviguer vers Terre-Neuve.  En chemin, le vaisseau fut abordé et capturé par le « Good Fortune. »  Voyant qu’il ne pourrait échapper à ses ravisseurs, il décida de se joindre à eux et de devenir pirate.  C’est à ce moment que débutèrent les plus extraordinaires aventures de sa vie, celles qui allaient le mener à sa mort, moins de huit mois plus tard.  

Le premier engagement auquel il prit part en fut un des plus détestables jamais racontés sur les pirates.  Sur leur chemin, un bateau venant de Cork en Irlande naviguait vers les Indes Occidentales.  Parmi les passagers, il y avait une pauvre femme, qu’ils se mirent à molester.  Un colonel du nom de Doyly essaya de venir à son secours, mais tout ce qu’il récolta de ses bonnes actions furent des coups, des ecchymoses et des coupures. Les démons des mers finirent par jeter la pauvre créature par-dessus bord.  Un auteur nous fait remarquer que ces affirmations sont peu crédibles, spécialement quand on sait que les « Articles » du code d’honneur des pirates interdisent expressément d’attaquer une femme sous peine de mort. 

Au bout d’un certain temps la dissension s’installa parmi l’équipage.  Quelques-uns désiraient soumettre au Roi une pétition pour l’obtention d’un pardon, d’autres par contre voulaient continuer à écumer les mers sous « le drapeau noir », l’emblème des pirates.  Ils arrivèrent finalement à Tobago (Trinidad) d’où ils envoyèrent une pétition en Angleterre. Tous les noms furent signés en cercle afin d’éviter qu’un seul nom se retrouve en premier et laisse supposer qu’il était le chef de la bande.  Cette pétition fut envoyée à destination par un navire marchand en partance pour l’Angleterre de Jamaïque et à l’intérieur de celle-ci apparaissait le nom d’un certain nombre de compagnon qui se sentaient assurés d’un pardon ; l’un d’eux était John Phillips. 

Pendant qu’il visitait des amis, Phillips apprit que quelques membres de l’équipage avaient été mis en prison.  Ne perdant pas de temps, il navigua sur un vaisseau vers Terre-Neuve.  Quand le bateau arriva à Saint-Pierre-et-Miquelon, il déserta le bateau et persuada quelques hommes de se joindre à lui pour s’emparer d’une frégate de Boston qui était ancrée au port.  La nuit du 29 août 1723, Phillips et quatre autres pirates quittèrent le port avec leur prise.  Ils renommèrent la frégate, le   « Revenge » et John Phillips en fut nommé Capitaine.  La  grande course pouvait commencer.  Mais avant toutes choses, en bons pirates, ils durent écrire les « Articles » du code d’honneur auquel chaque pirate devait adhérer sous serment.  N’ayant aucune bible, ils prêtèrent serment, la main sur une hache.

À partir de ce moment jusqu’au début octobre, des ports de Terre-Neuve jusqu’aux eaux de la Barbade, ils s’emparèrent de pas moins de dix vaisseaux de différents tonnages.  Et la liste s’allonge ; quelques captifs se réconcilièrent avec la vie de pirate, d’autres furent faits prisonniers ou jetés par-dessus bord. 

Le Capitaine Phillips croyant qu’il pourrait trouver quelques recrues pour ses actes de piraterie, se mit à penser aux pirates qui avaient été laissés à Tobago, lors de la signature de la demande de pardon.  Des six ou huit personnes qui avaient été laissées là, il n’en trouva qu’une seule qui lui apprit que les autres avaient tous été amenés à Antigua, une autre petite île à 500 miles au nord pour y être pendus.  Voilà de bien mauvaises nouvelles. Valait mieux ne pas s’attarder dans le coin trop longtemps. 

Le Capitaine Phillips se rua vers le Nord, à quelques 50 lieues de Long Island, New York, où au début de février 1724, il captura un traversier.  Il envoya quatre de ses hommes piloter le traversier en question côte à côte avec le « Revenge », cap vers le sud.  Mais il arriva que ces quatre hommes tentèrent de s’éloigner du « Revenge » et de leur propre bande.  Un échange de coups de feu animé s’ensuivit lorsqu’un certain William Phillips (sans relations connues avec John) reçut une vilaine blessure à la jambe gauche, un autre fut tué et les deux autres se rendirent prisonniers. 

La jambe de William Phillips avait besoin d’être amputée.  Mais il n’y avait aucun chirurgien à bord des vaisseaux.  Et personne n’accepta de se risquer à pratiquer l’opération.  Alors, finalement, le Capitaine John Philipps, charpentier de métier et pirate par choix, devint chirurgien par nécessité.  Il s’empara de la plus grosse scie de son coffre à outil, prit la jambe blessée sous son bras et se mit au travail comme s’il était en train de couper un morceau de bois jusqu’à ce que la jambe fut finalement séparée du corps.  Par la suite il chauffa sa hache jusqu’à ce qu’elle soit bien rouge et cautérisa la blessure. L’homme venait d’être sauvé. 

Et les captures reprirent de plus bel. Jusqu’au jour où le « Revenge » approcha la côte de l’actuel  Comté de Yarmouth, anciennement Cap Sable.  C’est ici, sur nos rives, il semble, que le Capitaine John Phillips allait rencontrer son destin.  À la fin de mars il s’était embrouillé avec un capitaine à propos d’une de ses prises, celui-ci en vint à le frapper à la tête avec un levier, lui faisant une dangereuse blessure.  Phillips fut capable de tirer son épée et de blesser son agresseur avant que les autres pirates le « découpent en morceaux » d’après les dires.  Mais ce charpentier, devenu loup de mer et pirate, tentait de s’enfuir avec le « Revenge » lorsqu’un vaisseau de Cap Anne, Massachusetts lui donna la chasse.  Phillips était au bout du rouleau.  Traîné sur son propre vaisseau, le « Revenge », et obligé de danser sur le pont jusqu’à ce qu’il ne puisse plus tenir.  Le 17 avril, Phillips était mort.  De tous les hommes qui avaient vogué avec lui depuis Terre-Neuve moins de huit mois plus-tôt, tous connurent une mort violente à l’exception d’un seul.  On raconte qu’en sept mois et demi, jusqu’à la mi-avril, Phillips avait capturé pas moins de 34 vaisseaux. 

Celui qui avait échappé à la mort et tous ceux encore vivants que le Capitaine Phillips avait entraîné avec lui ici et là, furent traduits devant un tribunal expéditif par la Cour de l’Amirauté de Boston.  Durant ce procès, le Capitaine John Phillips était présent, du moins, sa tête était là.

Ceux qui avaient amené les pirates jusqu’à Boston pour être jugés, afin de prouver qu’ils avaient bien capturé le Chef de la bande, avaient décidé de lui couper la tête et de la faire mariner dans un récipient afin de la conserver fraîche pour la Cour.  Ils furent tous pendus le 2 juin 1724, sur l’Île aux Oiseaux*, maintenant intégré à l’Aéroport Logan de Boston-Est*. 

Selon les Archives du Massachusetts, où la plus grande partie de cette histoire est racontée, le procès coûta plus de 36 livres aux habitants de la Province de la Baie de Massachusetts*.