Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 10 juillet 1990. Traduction de Michel Miousse

 

80. L’ÉPAVE DU TIBEL. 

 

Jean Baptiste Duon arrive en Acadie très peu de temps avant sa conquête définitive par Sir Francis Nickelson en 1710.  Il était appelé « Lyonnais », parce qu’il venait de Lyon en France.  Selon l’enregistrement de son mariage, qui eut lieu à Port Royal en 1713, nous savons que ses parents étaient Jean Louis Duon et Jeanne Clémenceau et que sa femme était Agnes Hébert, fille de Antoine Hébert et de Jeanne Corporon.  À Annapolis, il devint un marchand.  En 1727, il fut commissionné pour agir comme notaire public.  Ne faisant pas de bonnes affaires, il quitte Annapolis en 1725 et s’établit, semble-t-il, au Cap Breton.  C’est alors qu’il commence à faire le commerce de marchandise avec Louisbourg. 

En 1728, nous le retrouvons Capitaine d’un vaisseau de 90 tonnes, le « Union », en chemin vers Cap Breton, arrivant de Québec, avec de la farine, des biscuits, du blé, etc. 

Ce dut être très peu de temps après cette date qu’il acquit un autre vaisseau, le « Tibel. »  Son quatrième fils et cinquième enfant était Abel.  Son nom est presque toujours donné dans différents documents, même lorsqu’il était en exil au Massachusetts, comme « P’tit Bel », « P’tit » pour « Petit », et « Bel » pour « Abel. »  Ce pourrait être parce que c’était le seul nom que ses voisins lui connaissaient ; une des Acadiennes originaires de Pubnico, mais exilée en France, d’où elle écrit à sa belle sœur, fait référence à celui-ci en tant que « tibelle » (sic.)  Ce nom que Jean Baptiste Duon a donné à son Vaisseau  nous ferait croire qu’il l’a fait construire pour son propre usage.  Sinon, il en a sûrement changé le nom en l’honneur de son fils, après l’avoir acheté.  Il allait l’échouer sur la Rive Sud. 

Né à Port Royal le 12 mai 1722, Abel Duon fut envoyé en exil au Massachusetts en avril 1756 avec les Acadiens de Barrington et des environs, où il épouse, à Marblehead, seulement quelques mois plus tard, Anne d’Entremont, fille de Jacques d’Entremont et de Marguerite Amirault, et sœur de Joseph, Paul et Benoni qui s’établirent à Pubnico Ouest à leur retour d’exil.  Abel Duon revint en leur compagnie, et s’établit finalement à Pubnico lui aussi (voir l’article No.34.)  Il est l’ancêtre de ceux qui portent aujourd’hui le nom de d’Eon. 

En ce qui concerne l’épave du Tibel, nous n’avons qu’un seul document qui en fait mention, et ce n’est pas un original mais une copie.  Louis A. Surette, (voir l’article No. 46), par sa mère qui était la fille de Joseph d’Entremont, vint en possession de plusieurs documents concernant les premières familles qui s’établirent à Pubnico après l’Expulsion.  Après sa mort, la plupart de ces documents sont passés aux mains de Henri Leander d’Entremont.  Ils appartiennent maintenant à la Paroisse St. Pierre, de Pubnico Ouest, et sont remisés dans les voûtes de la Maison de l’Évêque, à Yarmouth.  Quelques-uns de ces documents ont été copiés à la main par mon oncle Henri Leander d’Entremont.  Le document concernant le Tibel est l’un d’entre eux.  Cette copie est en ma possession.  En voici la transcription.

«  À Cap Sable, au village de Bacquarau.  Je certifie avoir donné l’autorisation à Charles Amiraux qui réside ici, et à six personnes, de ses confrères, d’aller et chercher le long de la côte et essayer de sauver ce qui peut l’être de l’épave du vaisseau brigantin le tibelle (sic), qui, en chemin vers Louisbourg, étant chargé, se perdit dans les environs de Cap Ourse.  Cela pour les récompenser pour les troubles, qu’ils ont eu et pour le soin qu’ils ont prit de nous chercher le long de la côte où nous étions sans assistance et sans aide de personne, et courant même le risque de tomber aux mains des Amérindiens.  Ce pourquoi j’ai signé le présent certificat.  (Signé) Baduhon. » 

« Baduhon » est mis pour Baptiste Duon ; parmi les habitants français, le nom de Jean Baptiste Duon est souvent donné simplement « Baptiste » ; ici, son abréviation est donnée « Ba. »  Mais ce qui est le plus intéressant ici est qu’il signe son nom de famille, DUHON.  Serait-ce là l’épellation correcte du nom, qui nous est habituellement donné dans l’histoire comme DUON ?  Nous savons qu’il y a une règle qui dit que le meilleur moyen de savoir de quelle façon un nom devrait être épelé est de regarder de quelle manière ceux qui portaient ce nom l’épelait.  Néanmoins, dans les Archives de la Nouvelle Écosse, son nom est pratiquement toujours donné comme DUON.  Nous avons aussi de lui plus d’une fois, la signature DUON. 

« Charles Amiraux » qui habitait dans la région de Baccaro, était le fils de François Amirault, le premier du nom en Acadie.  Connaissant ceux qui vivaient dans la région à l’époque, et ils étaient peu nombreux, nous pouvons aisément identifier les « six autres personnes. » 

L’échouement eut lieu dans les environs de « Cap Ours », un nom qui est usuellement donné, dans les vieux documents, comme « Port-à-Ours. »  Ce nom d’endroit devint « Port Le Bear », et finalement, selon l’orthographe locale, « Port L’Hebert » et, selon les documents, « Port Hébert. » 

Parce que le Tibel était sur la Rive-Sud, en chemin vers Louisbourg, nous pouvons être sûrs qu’il venait soit de la Baie de Fundy ou des États de la Nouvelle Angleterre.  Les Acadiens étaient interdits de commerce avec « l’ennemi », au Cap Breton, qui à l’époque était un territoire Français.  Néanmoins, il est dit qu’il y avait beaucoup de commerce clandestin qui se pratiquait sur l’île, particulièrement entre Boston et Louisbourg.  De la péninsule Acadienne, c’était surtout des produits de la ferme qui trouvaient leur chemin vers Cap Breton, incluant du bétail pour la subsistance de la colonie.  Boston fournissait entre autres choses, des outils, du matériel de construction, des ustensiles domestiques. 

Les sept Acadiens, ayant été autorisés à prendre tout ce qu’ils voulaient de l’épave, il aurait été intéressant de savoir ce qu’ils ont pris, ça aurait pu nous donner une indication de l’endroit d’où venait le vaisseau ; mais ces objets ne sont pas mentionnés.  Ça aurait pu être Port Royal où tout autre établissement Acadien le long de la Baie de Fundy, étant donné que Jean Baptiste Duon était retourné à Annapolis, où nous le retrouvons en 1732 et les années suivantes en tant que collecteur de loyer. 

Il n’est pas dit de quelle façon les sept Acadiens apprirent la perte du vaisseau.  Jean Baptiste Duon dit que lui et son équipage avaient été secourus par eux. 

Comme vous pouvez le voir, ce que nous avons concernant l’épave du Tibel est très restreint.  Ce que nous en savons, vient uniquement d’une note privée, qui est une copie de l’original.  Mais c’est amplement suffisant pour nous pour savoir qu’il y avait un vaisseau auquel fut donné le nom de l’ancêtre des d’Eon de notre région, et qu’il s’est échoué près de nos rives.