Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 30 juillet 1990. Traduction de Michel Miousse

 

84. L’ÈRE DU CHEMIN DE FER.

 

Comme l’ère du chemin de fer tire à sa fin dans nos quartiers, des pensées nostalgiques envahissent nos esprits de ces jours où, étant enfants, nous regardions tous impressionnés, la grosse locomotive fumer, comme si elle était à bout de souffle, alors qu’elle tirait un train de voitures ou lorsque, quand elle passait le matin, ça signifiait qu’il était temps d’aller à l’école ou lorsque tard dans l’après-midi, au son du sifflet, nos mères commençaient à préparer le souper.  Jusqu’à présent, il y a quelque chose de sentimental que le train a toujours éveillé en nos cœurs, vieux comme jeunes, et ce, depuis le jour où il fit sa première apparition. 

Sur ce continent, il apparaît en premier aux États Unis, lorsque, le 4 juillet 1828, la première pelletée de terre fut retournée pour la construction du chemin de fer.  Quatre ans plus tard, la ligne de la Compagnie de Chemin de Fer de Baltimore et de l’Ohio atteignait Point of Rocks, à 73 miles à l’ouest de Baltimore d’où elle avait débuté.   

La ligne Champlain-St. Laurent fut la première voie ferrée au Canada.  Elle fut ouverte au trafic en juin 1836, entre La Prairie (de l’autre côté du Fleuve Saint-Laurent en venant de Montréal) et St. Jean (16 miles plus loin, sur la Rivière Richelieu.)   

En Nouvelle Écosse, la première motte a été retournée pour la première voie ferrée le 13 juin 1854.  Elle allait courir de Halifax jusqu’à Windsor.  Elle prit le nom de Voie Ferrée de la Nouvelle Écosse*.  Déjà en 1839, il y avait des pourparlers pour une ligne de voie ferrée reliant les Provinces Maritimes au Haut Canada (Ontario.)  Ce ne fut que le jour du Dominion, en 1876, que la Voie Ferrée Inter Coloniale fut ouverte de Halifax aux Grands Lacs. Et nous avons encore tous, vivante à l’esprit, la photo dans nos livres d’écoles de Donald Smith, Lord Strathcona, avec sa barbe blanche, frappant sur le dernier clou du chemin de fer qui allait relier en 1886 l’Atlantique au Pacifique. 

Dans le Comté de Yarmouth, dans le but d’atteindre Halifax via Windsor, au début des années 1870, une compagnie fut formée.  Le Chemin de Fer des Comtés de l’Ouest*, qui fut renommé dans les années à venir le Chemin de Fer du Dominion Atlantique*, mieux connu sous le nom de DAR.  Le premier rail fut posé, commençant à ce qui était alors le Quai Lovitt*, maintenant le Quai Sweeney*, à Yarmouth.  Mais ce ne fut qu’en 1879 que la ligne de Yarmouth à Digby fut ouverte, bien que, grâce à une locomotive qui venait de Portland, Maine, de petites excursions avaient lieu aussi tôt qu’en 1875, en fonction de la distance qu’avait effectué le chemin de fer en construction.  Ça n’allait pas doucement tout du long. 

Les gens qui habitaient le long des rives des Comtés de Yarmouth et de Digby auraient aimé que le chemin de fer suive la côte alors que la compagnie a préféré une route intérieure au moins jusqu’à Weymouth, du fait que les ressources naturelles de l’intérieur des terres étaient un bon présage pour un brillant avenir. 

En ce qui concerne la route qui va de Yarmouth à la rive sud, cette section date de 10 à 15 ans après celle de la Rive Nord.  L’affaire allait devenir très compliquée en raison des rivalités ; rivalités entre les différentes compagnies qui voulaient construire la voie ferrée ; rivalités entre ceux qui favorisaient la voie étroite et ceux qui favorisaient l’écartement normal ; rivalités entre les résidents des différents villages, chacun d’eux voulant que le chemin de fer passe à leurs portes.  De plus, des factions créées par les politiques allaient interférer, particulièrement à cause du fait que l’année où le projet fut débattu était une année d’élection en Nouvelle Écosse.    

Le 30 avril 1892, la Compagnie de la Voie Ferrée de la Rive-Sud* fut incorporée, comprenant douze membres des Comtés de Yarmouth et de Shelburne, avec l’intention de construire un nouveau chemin de fer de Yarmouth à Shelburne. Exactement un an plus tard, le 29 avril 1893, après que la compagnie eut passé une année entière à discuter quelle route elle allait suivre, une nouvelle compagnie fut formée, la Compagnie de la Voie Ferrée de la Côte*, comprenant 5 Américains, la plupart de Philadelphie, qui voulaient construire un chemin de fer de Yarmouth à Lockeport.  Dans une lettre datée du 24 janvier 1894, de Philadelphie, on y mentionne un plan pour construire une voie ferrée électrique en Nouvelle Écosse. 

Durant la dernière semaine de septembre 1894 et la première d’octobre, sont arrivés par paquebot à Yarmouth, de Baltimore, 110 mules et chevaux, des wagons, de l’équipement de forgeron, etc., et plus de 100 travailleurs, la plupart de couleur, de l’Alabama, de la Georgie et d’autres parties du sud Américain. 

Les compagnies précédemment mentionnées avaient à choisir entre la voie étroite ou l’écartement normal.  La voie étroite était moins dispendieuse, étant donné qu’elle n’était que d’environ un mètre—bien que trois pieds sont mentionnés ici.  Alors que l’écartement normal pouvait supporter plus de poids et était plus sécuritaire.  De toutes façons, les nouveaux arrivants des États Unis allaient construire une voie ferrée à voie étroite.  De Yarmouth à Tousquet, ils allaient suivre approximativement la route qui fut finalement adoptée.  Mais d’ici, la route devait aller vers l’est en direction du Lac à l’Anguille jusqu’à Salt Bay, et plus loin à Glenwood, qui était le réel vestige de la première route que les Acadiens arrivant à Sainte Anne du Ruisseau après l’Expulsion avaient ouvert.  Les restes du remblai au-dessus duquel le chemin de fer à voie étroite allait être construit sont encore bien perceptibles de nos jours, près de cent ans plus tard.  En traversant Sainte Anne du Ruisseau en auto, en chemin vers Yarmouth, alors que vous traversez le ruisseau mentionné plus haut, vous avez tous vu une partie du remblai, qui se termine abruptement sur le banc nord du ruisseau. 

Mais cette route n’était pas au goût des gens de Belleville.  On m’a dit que Lezin Pothier de Belleville qui était constable et un homme d’une grande influence, a tiré sur toutes ses ficelles pour avoir le chemin de fer, qui fut construit avec un écartement normal, pour passer dans le village de Belleville. 

Ainsi, le 9 mai 1895, les mules de la rive sud, les nègres, quittèrent Yarmouth pour les États Unis, ayant perdu leurs efforts, leur temps, leur argent et deux travailleurs Italiens.  Dans une note personnelle : Le vieux cuisinier italien où j’avais résidé lorsque je faisais mes études à Rome, 1936-38, me disait que lorsqu’il était sur le chemin de fer au Canada, il n’avait appris que deux mots, NEIGE et WHISKY ! 

La première cargaison à avoir voyagé sur la Voie Ferrée de la Côte eut lieu le 17 février 1896, de Yarmouth à Tousquet.  Plus tard la même année, le chemin de fer s’approchait d’Argyle où des excursions étaient organisées pour les picniqueurs qui allaient passer une soirée sur les buttes de Haute Argyle, à ce qui m’a été dit, par les gens âgés de la place.  Ce fut à l’été de 1897 que le premier train atteignit Pubnico.  Les trains commencèrent à (partir de) Yarmouth vers Halifax sur la rive sud en 1900. L’année précédente, la Voie Ferrée de la Côte devint la Compagnie de la Voie Ferrée de Halifax et Yarmouth Limitée*.  Il fut par la suite pris en charge par le gouvernement provincial et plus tard fut incorporé avec le Système du Canadien National*. 

Et maintenant tout ce qui nous reste à nous qui avons eu du plaisir durant de nombreuses années à écouter comment sonnaient les énormes hoquets des choo-choo du train et le sifflet strident de sa locomotive qui était de la musique à nos oreilles, est le souvenir nostalgique des frissons de nos jours d’enfance.