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Ce court texte a
été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans
le Yarmouth Vanguard le 21
août 1990. Traduction de Michel Miousse 86.UN VOYAGE EN NOUVELLE ÉCOSSE FAIT
EN 1731 PAR ROBERT HALE DE BEVERLY. Beaucoup
a été dit sur la façon dont les Acadiens vivaient avant l’Expulsion.
La plupart de ces dires sont venus jusqu’à nous à travers la
tradition. En effet, ce qui a été
écrit à cet effet est quelque peu restreint.
Longfellow, dans son poème Évangéline, nous dit en quelques mots ce
qu’il savait de « l’Acadie » de cette époque, qu’il appelle
« maison des heureux, de la paix et du contentement où vivaient ensemble
dans l’amour les simples Acadiens (et où) le plus riche était pauvre et le
plus pauvre vivait en abondance. » Parmi
les descriptions écrites qui datent de cette époque, une des meilleures vient
d’un médecin, qui allait être, pour de nombreuses années, un Représentant
à la Chambre du Massachusetts, et un Colonel.
Son nom était Robert Hale, de Beverly, juste au nord de Salem.
Né en 1703, il gradue en 1721 au Collège Harvard.
En 1731, il a fait un voyage en Nouvelle Écosse dans sa goélette le
« Cupid », de laquelle il était copropriétaire et co-dirigeant.
Il a consigné son voyage dans un journal avec minutie et de très précieux
détails, jetant sur papier les récurrences de presque toutes les heures du
jour, débutant le lundi 7 juin (vieux style) jusqu’au moment où « il
arrive à la maison le mercredi 14 (juillet) à 3 heures p.m. »
Il était accompagné de trois autres, l’un d’eux était le pilote.
Ils apportaient de la marchandise à Annapolis et à Chignectou, en plus
de 106 gallons de rhum. Après
avoir décrit tout ce qu’il a vu le long de la côte du Maine et tout ce qui
était arrivé jusqu’à Grand Manan, quand ils s’orientèrent pour Long
Island, leur plus basse destination était en vue dimanche le 20 à 3 heures
a.m. Ils allaient longer la côte
jusqu’au Détroit de Digby, où ils arrivent à 1 p.m. le même après-midi.
À 4 p.m. « un Amérindien vint jusqu’à nous dans son canot,
avec sa squaw, 2 enfants Amérindiens et un chien.
Il était lamentablement pauvre. »
Deux heures plus tard, « 2 Français vinrent à notre bord, l’un
d’eux avait des souliers en bois, les premiers qu’il m’ait été donné de
voir », écrit Hale. Il
donne ensuite une description très précise d’Annapolis, mais ne nous dit
rien sur les Acadiens du coin, excepté que, sur son chemin, il a vu ici et là
des groupes de 4 à 12 maisons qu’il appelle villages, ceux-ci étant « d’habitants
Français, parce que aucun Anglais n’habite ici, mais près du Fort. »
Il ajoute : « Je
suis informé que des Français sont établis aussi à 30 miles en haut sur la
rivière. » Il dit qu’il a
aussi vu « une petite plage où les Français séchaient leur poisson, et
sur celle-ci, une petite croix, ceux-ci ayant été autorisés à exercer
librement leur religion bien qu’ils soient Sujets du Roi de la Grande Bretagne. » Pendant
qu’il était à Annapolis, « un Drummer du Fort fut enterré, à
l’enterrement de qui—comme c’est la coutume—12 hommes tirèrent trois
salves de coup de feu. » Le
22 juin, « un soldat fut fouetté de 20 coups pour s’être enivré. » Mercredi
le 23 juin, ils quittent à 11 a.m. pour Chignecto, i.e. « Meskquesh, le
Village du Chef » (voir l’article No 58), où ils arrivent le vendredi
25, après avoir navigué sur des eaux « aussi épaisses que de la vase. »
Ils venaient chercher ici une cargaison de charbon, qui « avait été
extrait ici depuis 30 ans. » Il
ne lui fallut pas beaucoup de temps pour réaliser « qu’il y avait une
abondance de moustiques ici, alors que durant les calmes journées chaudes, ça
devient impossible à vivre, surtout parmi les arbres. » Les vents étant très forts ici, « les gens
construisent leurs maisons basses, avec de grosses poutres et des toits pointus
aucune maison n’atteignant plus de dix pieds à son sommet. » Dimanche
après-midi, le 27, en compagnie de son pilote, « étant un interprète,
Hale quitte pour « Worshcock », qui est Westcock, près de
l’embouchure de la Rivière Tantramar, à deux miles au sud de Sackville.
Ils furent bien reçus ; « les Français nous ont entretenu
avec beaucoup de civilité et de courtoisie », nous dit Hale.
C’était son premier contact avec les Acadiens de la région.
Ils logèrent cette nuit là à Meskquesh. Le
matin suivant, le lundi 28 juin, il écrit qu’à « 5 a.m.
Je me suis réveillé et après un déjeuner, suis allé marcher pour
voir l’endroit. Il y a quelque
chose comme 15 ou 20 maisons ou églises, l’une d’entre elle accroche un
drapeau pour les prières du matin et du soir.
Dans les autres, le prêtre n’y va qu’une fois par jour.
« Il décrit ensuite la façon dont le prêtre allait donner la
communion aux malades, vêtu de sa soutane, « habillé comme un idiot
d’un jupon, avec un homme qui suit derrière avec une cloche à la main
qu’il agite à chaque porte, et une chandelle allumée dans une lanterne dans
l’autre main. » Dans
l’après-midi il va voir un commerçant Amérindien nommé Pierre A….neau ( ?)
C’est alors qu’il nous dit que « l’argent est la pire
commodité qu’un homme peut avoir ici et les gens ici se moquent de le prendre. »
Le Gouverneur Richard Philipps, par une proclamation, a décrété que
« tous dans cette province sont obligés de prendre les billets du
Massachusetts en paiement » ; mais ici « ils commercent très
peu entre eux, produisant eux-mêmes ce dont ils ont besoin. »
Hale ajoute : « Quand je suis venu pour payer mon compte à la
Taverne, le propriétaire avait quelque chose comme 5 pièces ( ce qui fait 10
sous), bien qu’il soit un des plus prospères de l’endroit. » Ce
propriétaire où il logeait, il l’appelait William Sears ; c’était
Guillaume Cyr, âgé de 52 ans, père de six enfants. Ce même soir, il dit que « Juste avant d’aller se
coucher, nous fûmes surpris de voir quelques membres de la famille à genoux
faisant leurs dévotions au Très Haut et les autres près d’eux qui parlaient
et fumaient. Ils font tous cela,
mentalement mais non oralement, tous les matins et tous les soirs. Ensuite
il continue, en décrivant les gens. « Les
femmes ici diffèrent autant dans leur façon de s’habiller—en plus de
porter des souliers de bois—des femmes de la Nouvelle Angleterre qu’elles le
font par leur physionomie et leur visage, qui est assez sombre du fait qu’ils
vivent dans la fumée en été pour se défendre des moustiques et en hiver pour
se protéger du froid. Leurs vêtements
sont assez bons, mais on dirait qu’ils ont été mis sur leur dos avec des
fourches à foin, et très souvent leurs bas leur descendent sur les
talons. » En
ce qui concerne leurs maisons, il écrit « ils n’ont qu’une seule pièce
dans leurs maisons en plus d’une mansarde (ou un petit grenier), un cellier et
quelque fois une toilette. Leurs
chambres à coucher sont faites un peu à la manière d’une cabine de
marin, mais recouvert tout autour à la grandeur du lit, à l’exception d’un
petit trou sur le devant, juste assez gros pour y ramper, devant lequel il y a
une pièce de drap et une marche pour y accéder. Il y a une commode.
Ils n’ont pas plus de deux ou trois chaises dans la maison, et elles
sont faites en bois, la base comme le reste.
J’ai vu quelque chose comme deux cruches pour tous les Français et les
rebords d’une d’entre elles étaient brisés sur une hauteur de deux pouces.
Quand ils te paient la traite avec des boissons fortes, ils la
transportent dans un grand bassin et te donnent une écuelle pour l’y plonger,
« laquelle est un bol de métal bas avec une seule anse ou une tasse pour
les enfants. Ayant
dit cela, il continue à nous dire que le jour suivant, le mardi 29, ils quittèrent
pour le retour à 3 p.m. Il décrit
son retour avec autant de détails qu’il en avait donné auparavant,
jusqu’au moment où ils s’amarrent au quai de Charleston, près de Boston ;
c’était le jeudi soir, le 8 juillet à 10h30.
Ils ont pris quatre jours, du 9 au 12, pour décharger « 40 Mesures
de Charbon » qu’ils avaient emporté ; une mesure équivalait à près
de 32 boisseaux à London ; par charbon on voulait dire minerai de charbon
par opposition à charbon de bois. Deux
jours plus tard, le 14 juillet, il arrive à la maison à Beverly « et y
trouvai ma famille en bonne santé. » |