|
Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence
d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard le 11 septembre 1990. Traduction de Michel Miousse
89. LES TRÉSORS CACHÉS AUX ÎLES TOUSQUETS
À
l’époque de l’Expulsion des Acadiens, plusieurs d’entre eux furent envoyés
en exil en France. En 1772, un
recensement de ceux-ci fut effectué, dans lequel on lit que les familles
d’Entremont et Landry « étaient les plus riches d’Acadie. » À Pubnico, les deux familles étaient très liées par le
commerce et les liens du mariage. Marguerite
Landry, entre autre avait épousé Jacques d’Entremont, le grand frère de
Joseph, Paul et Benoni qui s’établirent à Pubnico à leur retour d’exil ;
elle était la fille de René Landry, « Ingénieur de sa Majesté et
Capitaine des troupes du Roi en Acadie, où il possédait une très large étendue
de terre. »
Appréhendant l’Expulsion, ces personnes cachèrent sur les Îles
Tousquet quelques-uns de leurs trésors, constitués de monnaie, d’argenterie,
d’ustensiles, de vêtements et de fourrures.
Nous avons appris cela des lettres, que des membres de la famille exilés
en France ont écrit aux d’Entremont de Pubnico.
Bien qu’avant l’Expulsion, nous n’ayons aucun compte rendu relatant
ces faits, nous apprenons dans une des lettres, que Jacques d’Entremont, mari
de Marguerite Landry, avait indiqué à son frère Joseph un des endroits où
ces trésors appartenant à son beau-père, René Landry, avaient été cachés.
Il y est dit qu’ils se trouvent « dans le Cabanaux » (dans
la Cabane) aussi « proche le Cabanaux » (près de la Cabane) sous
les racines d’un arbre déraciné qu’on peut apercevoir du côté sud-ouest
des Cabanaux. « Il y a dans
la Baie de Tousquet, plus précisément sur la rive de la Butte à Comeau, dans
ce que les vieux appelaient la « Baie des Chicanes » (Goose Bay) une
région connue initialement sous le nom de « Le Cabaneau. »
C’est en effet un endroit idéal pour cacher un trésor, étant situé
près de l’entrée de la Baie et du récif appelé « Black Ledge »
sur les cartes marines, au-dessus d’une falaise qui s’étend jusque dans
l’océan, d’où l’on peut aisément s’enfuir sans être aperçu.
Les membres de la famille Landry qui étaient à Cherbourg en France,
vivaient dans un état de pauvreté, alors que dans la Baie de Tousquet,
reposaient des trésors qui leurs appartenaient.
Ils allaient faire des efforts pour qu’ils leur soient envoyés en
France. L’occasion
se présenta d’elle-même en 1772 lorsque Basile Boudrot vint en Acadie.
Il était originaire de Port Royal, né en 1739. Il avait été envoyé en exil avec sa famille à Cherbourg, où
il épouse en 1764, Magdelene d’Entremont, originaire de Pubnico, fille de
Charles d’Entremont et (d’une autre) Marguerite Landry, et cousine des frères
d’Entremont de Pubnico. Le père
de Basile, Pierre Boudrot, est dit « un navigateur, faisant des affaires
pour son propre compte », alors que son fils, Basile, « naviguait
avec son père…allant de ci de là, pêcher du poisson frais. » C’est
en avril qu’il quitta avec une lettre de sa sœur Marguerite pour son beau-frère
à Pubnico, qui lui demandait de lui envoyer l’argent qui avait été caché
aux « Cabanaux. » En
chemin vers l’Acadie, Basile ouvrit la lettre et s’en alla directement à
l’endroit indiquant où l’argent avait été caché et déterra « 1004
pièces de monnaie. » Il
se rendit ensuite à Pubnico et dit aux frères d’Entremont que leur parenté
en France, était bien pourvue, pour avoir reçu de l’argent de « l’hôtel
de ville et une part des biens de deux vaisseaux. »
Ainsi, il allait conserver l’argent.
Il est évident qu’il ne leur a pas donné la lettre de Marguerite. Il a quitté Pubnico le 7 mai et disparût à tout jamais.
Dans une lettre, nous pouvons lire que quelques capitaines de Cherbourg
l’avaient vu à plusieurs reprises « en Amérique » sans qu’il
soit mentionné, où exactement. Quelques
jours après le départ de Basile, Benoni d’Entremont écrivit à sa belle-sœur
Marguerite Landry et lui fit part de la visite, que lui et ses frères avaient
reçu de Basile Boudrot. Marguerite
répondit le 20 avril 1773, leur parlant de la lettre qu’elle lui avait confiée
et des mensonges qu’il avait racontés, en leur disant qu’elle était bien
pourvue, ainsi toute l’histoire des « mensonges » de Basile fut
mise à jour. Basile
Boudrot n’a pas trouvé ou pris quoique ce soit de ce qui avait été caché
aux « Cabanaux. » C’est dans sa lettre que Marguerite nous informe
à propos des « Cabanaux », où d’autres items avaient été cachés. Dans
le courant de l’année 1773, avant que la lettre n’atteigne Pubnico, les vêtements
furent trouvés et vendus aux enchères pour la somme de 31 « pièces. »
Indépendamment de cette somme, Benoni, l’année suivante, lors d’un
de se voyages à Saint Pierre et Miquelon (voir l’article No.77) emporta 774
livres françaises qu’il confia au Pasteur de l’endroit qui vit à ce
qu’elle soit acheminée à Marguerite Landry en toute sécurité. En 1796, il y avait encore une certaine partie de cette somme
entre les mains des frères d’Entremont de Pubnico. Ne voyant aucun moyen de le faire parvenir en France, elle
fut divisée entre la parenté qui habitait Pubnico ; Marguerite Landry étant
décédée entre temps et son unique fils encore vivant étant partie pour la
Louisiane. Tout
ce qui est resté de ces trésors sont quelques cuillères à thé en argent qui
ont été conservées depuis dans ce qui s’appelle « la maison de Benoni »,
la première maison faite en planches de Pubnico Ouest et qui est encore debout.
Marguerite Landry, dans sa lettre écrite en 1775, parle à Benoni des
fourrures qui ont été laissées aux « Cabanaux » (qui, soit dit en
passant, avaient déjà été retrouvées, mais étaient toutes pourries),
ajoutant qu’il pouvait garder l’argenterie en récompense pour ses peines.
En réalité, il y avait eu dans cette maison depuis longtemps six cuillères
à thé, bien qu’aujourd’hui il n’y en ait que trois d’authentiques.
Quelques années auparavant, j’ai soumis ces cuillères au Collège
d’Art de Nouvelle Écosse à Halifax, lorsqu’il me fut dit que trois
d’entre elles étaient de la première moitié du 18ième siècle,
de facture Française ou Canadienne Française.
Pour ce qui est des autres, on m’a dit qu’elles ont été fabriquées
par l’orfèvre et argentier Adam Rose, un Écossais, qui travaillait à
Halifax entre 1831 et 1840. Cela
veut dire qu’un visiteur sans scrupules a un jour substitué subrepticement
trois cuillères « modernes » aux originaux qui avaient appartenu à
la famille Landry. Et
ainsi, encore une fois, les plus précieux items de notre passé ont quitté
Pubnico, tout comme plusieurs autres trésors historiques ont disparu pour
toujours de notre entourage, par la faute de quelques collectionneurs n’ayant
aucun principe moral. |