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Ce court texte a
été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans
le Yarmouth Vanguard le 18
septembre 1990. Traduction de Michel Miousse
90. UN PÈRE ASSAILE SON FILS EN
COMBAT Tôt
au 17ième siècle vivait en France une famille britannique notoire
comprenant 5 frères du nom de Kirke. Ils
étaient Calvinistes connus en France comme Huguenots.
Le Cardinal Richelieu, le bras droit du Roi Louis XIII, mit en état de
siège en 1628 la ville de La Rochelle, la place forte des Huguenots et le plus
important port de France. C’est alors que les Kirke déménagent en Angleterre avec
l’intention de se venger de la France en attaquant ses possessions dans le
Nouveau Monde. Le Roi
d’Angleterre les fournit en tout ce dont ils ont besoin :
Vaisseaux, munitions, nourriture, soldats. La Rochelle état encore en état de siège lorsqu’ils
quittent au printemps de 1628 pour l’Acadie et le Québec. Entre
temps, Claude de La Tour était aussi en chemin pour l’Acadie pour apporter
des provisions à son fils, Charles de La Tour, à Port La Tour ; c’était
en réponse à la demande que Charles de La Tour avait faite au Roi et à
Richelieu. Les Kirke rattrapèrent
son vaisseau, qui fut capturé, et Claude de La Tour fut fait prisonnier.
Les Kirke dévastèrent toutes les possessions que la France avait en
Acadie, à l’exception de sa plus importante place forte, celle de Cap Sable,
où était Charles de La Tour. Il se pourrait que les Kirke aient forcé Claude de La Tour
à révéler où étaient ces places fortes, ce qu’il fit, mais en dissimulant
celle que son fils avait à Port La Tour. Après
avoir rasé par terre toutes les propriétés Françaises en Acadie, il firent
de même à Québec. Claude
de La Tour fut emmené en Angleterre comme prisonnier de guerre.
Fort probablement qu’il donna son allégeance à la Grande Bretagne, et
par la suite lui fut accordée une étendue de terre, qui allait de Yarmouth le
long des côtes jusqu’à Lunenburg, par Sir William Alexander, à qui le Roi
James 1er avait concédé
en 1621 tout le territoire auquel il allait donner le nom de Nouvelle Écosse.
Il épousa par la suite une des femmes d’honneur de la Reine Henrietta
Maria. C’était son troisième
mariage. Comme
toutes les places fortes et les établissements du Canada étaient tombées aux
mains des Britanniques, à l’exception de Cap Sable, Claude de La Tour a
senti qu’il n’y avait plus d’espoir pour la France de regagner le
territoire ; en d’autres mots, il était idiot pour son fils de
s’accrocher à ces quelques acres sur lesquels il était établi à Port La
Tour. Par conséquent, tôt au
printemps de 1630, il mit les voiles de l’Angleterre sous la gouverne de
William Alexander Jr., n’ayant aucun doute qu’il serait capable de
convaincre son fils qu’il ne restait plus qu’une chose à faire, qui était,
de rendre son établissement aux Britanniques. Nous
pouvons facilement nous imaginer la frustration, l’émotion, la surprise qui
s’empara du fils lorsque son propre père vint le presser de céder son
territoire, le territoire qu’il avait érigé avec tant de labeur.
Le père a dû être aussi surpris lorsqu’il dut faire face à un refus
complet de la part de son fils. Pas
plus ses avances, que ses exhortations, que ses offres, que ses menaces
n’eurent un effet quelconque sur son fils ; il se frappait simplement la
tête contre un mur de ciment. Le
père, étant incapable de faire bouger son fils avec des mots, décida
d’avoir recours aux armes. La
bataille a duré une journée et une nuit complète selon une version. On ne nous dit pas si Charles de La Tour a perdu des hommes,
mais une autre version nous dit que les attaquants « après un assaut
ayant duré deux jours, ayant perdu quelques hommes », mirent les voiles
pour Port Royal. La
bataille eut lieu au fort que Charles de La Tour avait à ce qui actuellement
Port La Tour. Ça se passait au
printemps de 1630. Quelques
semaines plus tard, durant l’été de 1630, il est dit, arrivés à Cap Sable
deux vaisseaux remplis de matériels et de travailleurs dans le but de
construire un fort sur les lieux. C’était
en réponse à une demande que Charles de La Tour avait adressée trois ans
auparavant au Roi de France et à Richelieu.
Il décida de construire son fort en un endroit plus favorable que celui
de Port La Tour. Il choisit les
Buttes de Sable, à Villagedale, à trois miles au sud de Barrington, près de
la Plage Sabin*. C’était un
endroit idéal pour un fort. C’est
un immense promontoire de roc appelé parfois « Solid Rock », s’élevant
à 50 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Juste devant s’étend le beau panorama de la Baie de Barrington.
De là, nous avons une vue splendide des deux entrées de la baie, de
chaque côté de l’Île de Cap Sable. Un
auteur écrit que le choix des Buttes de Sable qu’a fait Charles de La Tour
pour son fort démontre qu’il avait « un bon œil. »
La construction était assez avancée à la fin de l’année pour
recevoir le nom de Fort Saint-Louis. Durant
tout ce temps, Claude de La Tour allait mener une vie macabre à Port Royal
parmi les colons Écossais. Champlain
nous dit que les Anglais « étaient déplaisants avec lui, étant donné
qu’il leurs avait assuré qu’il pourrait convaincre son fils de leurs rendre
toute sorte de services. » Nicolas
Denys pour sa part écrit que « il n’osa pas retourner en Angleterre de
peur qu’on le fasse souffrir… Sa
femme représentait un gros embarras** pour lui ; « il lui dit
qu’elle pouvait retourner en Angleterre, si elle pensait que c’était mieux
pour elle ; que lui-même allait demander à son fils s’il pouvait aller
vivre à Cap Sable. Mais elle lui
dit qu’elle ne l’abandonnerait pas, si son fils leurs permettait de rester
avec lui. Ainsi, il écrit à son
fils et le « supplie de lui permettre à lui et sa femme de rester au
pays, étant donné qu’après ce qui venait de se passer, il n’osait pas
retourner en Angleterre parce qu’il y perdrait la tête. » Charles
de La Tour les envoie chercher lui et sa femme. Il érige une petite maison à l’extérieur du fort, disant
à son père qu’il ne devait pas entrer dans le fort.
Ils arrivèrent avec leurs bagages, en compagnie de deux hommes comme
serviteurs, et de deux domestiques pour sa femme. Ils allaient être supportés par le fils. Nicolas
Denys, qui passait par-là en 1635, a dîné avec lui et sa femme, elle, lui
exprimant le plaisir qu’elle avait de le voir.
Il ajoute : « Ils
étaient très bien nantis. » Claude
de La Tour vivait toujours en 1639, lorsqu’il donne son consentement au second
mariage de son fils. Il est arrivé
en Acadie en 1610 avec son fils, lorsqu’il érige à Pentagoët, aujourd’hui
Penobscott, Maine, près de Castine, une fortification pour exercer un commerce
de traite de fourrure. Ses restes
reposent probablement sous le sable des Buttes de Sable. L’histoire
du combat entre le père et son fils a été racontée de plusieurs façon. En
1842, un jeune poète Canadien Français, Antoine Guérin Lajoie, a composé une
tragédie en trois actes en poésie du drame, qui a été jouée souvent,
particulièrement dans la Province de Québec.
Il existe aussi un beau dessin artistique de la bataille fait par un
auteur inconnu, que nous trouvons reproduit en différents endroits. (**dans le sens de « embêter »
ou « inquiéter ») |