Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 25 septembre 1990. Traduction de Michel Miousse 

 

91. ALLAIT ÊTRE RENVOYÉ D’EXIL EN NOUVELLE ÉCOSSE.          

 

Il s’appelait Jacques d’Entremont, fils d’un autre Jacques et d’Anne de La Tour, le père des trois frères qui se sont établi à Pubnico après leur retour d’exil, Joseph, Paul et Benoni.  Il est né aux environs de 1679 au Manoir de la famille, sur le banc nord du Ruisseau Hipson, dans le Haut Pubnico Est*.  Il avait déjà 44 ans lorsqu’il épouse en 1723 Marguerite Amirault, fille de François Amirault, dit Tourangeau, et de Marie Pitre, de Passage Baccaro*, plus précisément de Buttes de Sable.  Pour être plus près de sa famille, ils s’établirent dans le Haut Barrington*, leur maison étant située sur le banc ouest du Havre de Barrington, près de l’embouchure de la rivière.  Ils avaient sept enfants, quatre garçons et trois filles, i.e., les trois frères mentionnés plus haut, plus le plus vieux, Jacques, marié avant l’Expulsion à Marguerite Landry (voir article No. 89) qui furent expulsés en France ; des trois filles, Marie a épousé René Landry (voir l’article No. 89) ; Anne a épousé Abel Duon, à l’origine de la famille d’Eon d’aujourd’hui, et Marguerite qui est morte célibataire. 

En avril 1756, lorsque durant la nuit du mercredi, le 21, (J…iah ?) Preble envahit les établissements Acadiens de l’actuel Comté de Shelburne et incendie 44 édifices, les membres de la famille de Jacques d’Entremont étaient parmi les 72 Acadiens qu’il emmena à Boston. 

Quelques-uns d’entre eux allaient être répartis séparément et placés dans différentes villes du Massachusetts, i.e., Marblehead, Medfield et Walpole.  En 1757, nous retrouvons Jacques, sa femme  et leurs trois enfants à Walpole.  Les fondations de la hutte dans laquelle ils ont vécu étaient encore visibles il y a 30 ans, construite à côté d’un banc, près de la rivière Neponset ; c’est à ce moment que j’ai pris ses mesures, qui étaient de 24 par 28, et que j’ai mis sur papier une description précise de l’endroit.  Elle avait appartenu à un Jeremiah Dexter.  Ses derniers occupants étaient les membres d’une famille de mulâtres du Maryland, du nom de Richard R. Diggs, dont le nom apparaît au recensement de 1880.  L’endroit fut démoli peu de temps après. 

Pendant que Jacques d’Entremont vivait dans cette misérable bicoque, n’ayant pas assez à manger, lui et sa famille habillés de guenilles, restreint dans ses activités et ses déplacements, loin de sa terre natale, ses sœurs à Cap Breton jouissaient de tout le confort de la vie avec de la nourriture en abondance, libres de toutes restrictions.  Elles avaient épousé des officiers de haut rang de l’armée, qui venaient de familles prospères, étant eux-mêmes parmi les plus riches de Louisbourg.  Je vous ai parlé dans mon article No. 7 de leur autre sœur, Anne Mius d’Entremont, qui s’est mariée trois fois, « veuve à 13, millionnaire à 34 », vivant à l’époque dans le sud-ouest de la France.  Ces familles étaient très influentes dans le gouvernement de l’île Royale (Cap Breton), Anne ayant même été mariée à un des anciens Gouverneurs.  À l’époque son Gouverneur était Augustin de Drucourt.  Ils le chargèrent d’envoyer une pétition au Gouverneur du Massachusetts, Thomas Pownall, pour retourner leur frère en Nouvelle Écosse, « Monsieur de Poconcourt » (M. de Poconcourt, sic, pour Pobomcoup, alias Pubnico.) 

Nous n’avons pas la demande de Drucourt, mais nous avons la réponse de Pownall, datée de Boston, le 10 novembre 1757, que je vous traduis du Français :  « Je me sentirais très heureux si j’avais le pouvoir de vous donner une preuve de mes bonnes intentions en ce qui a trait à votre demande concernant Monsieur de Pocomcourt, bien qu’il soit sujet de Sa Majesté Britannique, mais, comme il est vieux et Français de naissance, et qu’il est de ceux qui sont plus inclinés envers leur terre natale, je lui donnerai avec plaisir la permission de partir d’ici ; c’est pourquoi j’ai donné des ordres pour le retrouver ; il est de cette ville et je n’ai pas été en mesure de le faire partir sur ce voyage, néanmoins, il vous rejoindra à la première occasion que j’aurai, et pour ça, je l’enverrai à Halifax. » 

Prenez note qu’en 1757, Jacques d’Entremont avait environ 78 ans.  Bien que Pownall dit qu’il est loin de Boston, la distance de Walpole où il était, à la Maison d’État à Boston est d’environ 20 miles. 

Dans mon article No. 33, je vous disais que le Gouverneur Pownall était sympathique envers les Acadiens, désirant même accepter au Massachusetts ceux qui en 1858 (sic pour 1758) se préparaient à passer un autre rigoureux hiver dans les bois d’Argyle et de Tousquet.  Malheureusement il fut empêché de le faire par son Conseil. 

Ce qui est arrivé par la suite concernant cette affaire, nous n’en sommes pas sûrs.  En effet, la lettre de Pownall que je viens juste de citer est le seul document que nous avons qui en fait mention.  Il est certain que Jacques d’Entremont n’aurait pas laissé sa femme et ses enfants en exil au Massachusetts alors que lui aurait eu la liberté de quitter.  Même si Pownall avait voulu poursuivre son aide pour Jacques et l’envoyer à Cap Breton, il n’aurait pas pu le faire, comme nous le verrons au début du mois qui suit (J… ?) L’Amiral Edward Boscawen avait envahi Louisburg, qui tomba le mois suivant, le 26 juillet, 1758. 

Exactement un an plus tard, le 28 juillet 1759, Jacques d’Entremont décède à Walpole, dans la hutte où il avait habité depuis les trois dernières années.  Il fut enterré à Roxbury, au cimetière Eliot, à Andrew Coyle Squ(are ?) au coin des rues Eustis et Washington, à environ 10 miles de Walpole. 

Le Père Ferdinand Blanchet, Pasteur de Pubnico Ouest, a écrit (en Français) dans les registres paroissiaux, que son épitaphe existe encore aujourd’hui « dans les environs de Boston (Rockberry) », et qu’elle avait été vue par un de ses paroissiens il y a cinq ans.  Il dit qu’il a offert une Messe l’année précédente au 100ième anniversaire de sa mort pour le repos de son âme, à la requête de ses descendants de Pubnico. 

De tous les Acadiens qui furent envoyés en exil, C’est le seul où il y a eu des efforts entrepris pour renvoyer libre en Nouvelle Écosse l’un d’entre eux.