Ce court texte a été rédigé en anglais par le père Clarence d’Entremont et publiés dans le Yarmouth Vanguard  le 6 novembre 1990. Traduction de Michel Miousse 

 

97. LA BAIE À HOMARD : Le Nom de Ses Endroits d’Autrefois.   

 

Le territoire qui est couvert ici s’étend entre la Rivière Tousquet à l’ouest, les Argyles à l’est, la région de Tousquet-Belleville au nord et la Baie du Homard au sud.  Ces noms furent donnés pour la plupart par les habitants Français qui ont déjà vécu dans cette section du Comté de Yarmouth, quelques-uns d’entre eux ont toujours figuré sur les cartes officielles, d’autres ont été adoptés plus tard et d’autres ne sont connus qu’à travers la tradition.  L’origine de la plupart d’entre eux est inconnue.  La liste qui suit ne couvre pas nécessairement tous les noms d’endroits donnés dans cette section par les habitants locaux. 

A-    L’ÎLE À BILL (Bill’s Island), un nom donné à « Pointe Verte » (Green Point), du côté droit de la Rivière Tousquet, devant le long ruban de route qui relie Tousquet à Pointe Hubbard.  Prenez note que ce que les cartes nous donnent ici et, souvent, ailleurs comme étant une « Pointe » fut souvent connue dans le passé comme une « Île », parce que, à marée haute elle était recouverte d’eau, et doit l’être encore. 

B-    DÉTROITE, l’endroit où la Rivière Tousquet est à son point le plus étroit, la carte nous donne ici « The Narrows. »  « Étroit » en Français signifie « Narrow. »  Les habitants Français ont toujours prononcé ce mot au féminin, « Étroite. » 

C-    CHEMIN DES TAPANS (Tapans Road), qui est le croisement qui relie Pointe Hubbard à l’Autoroute 3.  Le nom date d’aussi loin que François Lalande, alias Melanson, dit Sisco, qui vivait sur cette route.  « Tapan » (dont l’orthographe devrait plutôt être « Tapant » » a dû être le surnom d’un homme ou d’une famille.  La butte à Pointe Hubbard, d’où elle débute, était LA BUTTE DES TAPANS (Tapans Road.)  

D-    L’ÎLE À VINEAUX (Flakes Island) (L’île aux Flocons), maintenant connue comme « Flick Island », qui doit être une corruption du mot « flake. » À un demi-mile au sud de cette île se trouve « Butter Island » (L’Île au Beurre) ; selon Vincent Pothier dans un de ses articles, une de ces îles semble avoir été connue comme « Lent Island » (L’Île du Carême) ou « Little La Tour Island », appelée « Little » pour la distinguer de L’ÎLE LA TOUT (sic pour « LA TOUR »), maintenant Robert’s Island, (L’Île Robert.) »  Voir plus loin, à la lettre U.  Ici, en parallèle avec « Flick Island », près de la rive de Pointe Hubbard, il y a « Cow Island » (L’Île à Vache), connue aussi comme LA POINTE À CAILLOCHE (Cailloche Point.)  Il y aurait eu un Amérindien qui vivait ici du nom de « Cailloche. »  Le même nom fut donné par les habitants de la place à une femme connue dans les registres d’église sous le nom de « Marie Anne », ou « Marie Anne Feu » (« feu » en français voulant dire « fire. » ) 

À peine née, elle fut trouvée un matin dans un panier devant la porte de Joseph LeBlanc, dit Guelou, de Rivière Abram, qui l’emmena avec lui.  Elle a épousé en 1841 Charles Hubbard, de Pointe Hubbard, quand dans les registres d’église leur mère est appelée « Élène. » 

E-    CHEMIN À JEPH, prononcé « Jeff » pour Joseph Hubbard (1801-1891), qui a habité sur cette rue, maintenant « Hubbard’s Point Road. » --Voir W. 

F-     CURBBESSHO CREEK, qui est facilement remarquable aux environs de la Rivière Abram du pont ou de « l’aboiteau » (voir GG) au pied de l’église Sainte Anne, sur l’autoroute 3.  Le nom Amérindien doit faire référence à un barrage de castor.  Ça a dû être une bonne marque de commerce, puisque le nom est souvent mentionné dans les actes notariés. 

G-   PACCADICHE (Prononcé Paccadish), dans les basses terres au sud et au sud-est de l’église à Sainte Anne du Ruisseau.  Ce nom a été donné par les Amérindiens à une prairie qui s’étendait tout autour d’ici il y a plusieurs années de cela.  À marée haute, elle était recouverte d’eau, faisant de Pointe Rocco une île.  Le Révérend Silas Rand, dans son « Dictionnaire Micmac » (1902), donne au mot « pakadoo » le sens de « je l’arrache », ainsi « packadish » voudrait dire que notre Pointe Rocco, était arrachée au continent par la montée des eaux.  Il n’y a pas si longtemps de ça, les gens appelaient encore « Paccadiche » la section du bas sud-est, de l’église où se trouve maintenant la salle« Du Club Acadien », sur l’Autoroute 3. 

H-   L’ÎLE AUX RENARDS (Fox Island), qui est maintenant plutôt une extension du continent. 

I,I – LE BARACHOIS (The Sand Bar.)  Le mot est utilisé par les Acadiens principalement pour désigner une petite étendue d’eau séparée de la mer par une barre de sable  avec une gorge étroite.  Ce nom est encore en usage chez les habitants locaux. 

I,2 – CHEMIN DU MECAUQUE (Swampy Ground Road), qui relie Pointe Hubbard à la Rivière Abram, pour lequel le Département du Transport n’ont pas pu trouver une meilleure façon de l’indiquer que par cette pancarte : McCOOK ROAD ! – qui est un constant approvisionnement en farces dans tout le district. 

J - CHEMIN DES GASSONS (Gasson’s Road.) « Gasson » était un surnom donné à Jean Baptiste Muise, fils de Joseph, né en 1799, marié à Marie Anne Boutier (aujourd’hui Boucher), qui avait une famille nombreuse.  (De façon erronée, la pancarte ici donne GARCON.)  Dans les dernières années, la route fut connue comme CHEMIN DES CHANGES CABANES, « changeant de Cabanes », qui était un nom qui fut donné à Alexandre Muis, petit-fils de celui qu’on appelait Gasson, parce que, lors de ses voyages de pêche, il voulait changer toutes les nuits de couchette ou « d’abri » avec un autre pêcheur. 

Un autre nom aussi, CHEMIN À BIN DEBOUT, « bin deboute », sic, pour « bien debout », un surnom donné à William Muise, fils de Julien, qui a habité sur cette route. 

 K – WEST POINT, selon une carte de 1798, basé sur une concession faite en 1774, bien que sa localisation soit plutôt à la pointe est. 

L – LA POINTE À ROCCO (Rocco Point.)  C’est une corruption du mot Anglais « Rocky Point » qui fut donné en premier à cette péninsule. 

M – LITTLE SLUICE (Petite Écluse), tiré d’une carte de 1798.  Ce nom a disparu pour quelques temps de la carte ; il a refait surface, il n’y a pas longtemps. 

N – WIEZIGOMSHEESH COVE, selon la carte de 1798.  Ce district, tout comme « Widgegum Island » (voir R et S), était très fréquenté par les Amérindiens. 

O – GREAT SLUICE (Grande Écluse), selon la même carte. La carte donne maintenant « Big Sluice », pour le distinguer de « Little Sluice » (voir M.) 

P – INDIAN CAMP COVE, étant une partie du territoire Amérindien mentionné plus haut.  Une grosse quantité de coquilles d’huîtres a été découverte ici et à la partie sud de Pointe à Rocco (voir L.)  La carte de 1798 appelle cet endroit « Point McKenon’s Island. »  Voir plus loin à « U » ce qui est dit à propos de cette section de l’Île Robert. 

Q – EEL RIVER, selon la carte de 1798. 

R – GREAT RIVER, selon la même carte. 

S – LITTLE ISLAND, selon la même carte.  Les deux endroits ensembles sont indiqués ici comme « Widgegum Islands », un nom bien connu des Acadiens, bien qu’il n’est apparu sur les cartes officielles qu’assez tard.  Le mot est aussi écrit « Wirgigone » et Vigigomme. » 

T – LA GRAND PASSE (The Great Passage), un nom donné par les premiers Acadiens, qui nous est toujours apparu ainsi, dans sa forme française, sur les cartes officielles. 

U – ÎLE LA TOUR (La Tour Island), aujourd’hui « Robert’s Island. »  Charles de La Tour avait un poste de traite ici, plutôt au nord de l’île probablement.  Cette section de l’île à l’époque des Acadiens était toujours connue comme « Ouikmakagan », où ils avaient un établissement avant l’Expulsion, duquel les ruines étaient encore perceptibles il n’y a pas si longtemps.  Encore, il y a quelques 50 ans, il y avait des habitants français qui se référaient à Robert’s Island comme « Île La Tour. » 

L’île a déjà aussi été appelée par les Acadiens NON PRISON (Pas de Prison), parce que, à l’époque de l’Expulsion, ils se cachaient ici, évitant, pour un temps du moins, d’être capturés et faits prisonniers. 

V – Cette partie de « Eel Lake » a déjà été connue, et l’est encore aujourd’hui par quelques habitants, comme LE BAS DU LAC (The Lower Lake), comme le lac lui-même était connue comme LE LAC.  De-même, LE HAUT DU LAC (The Upper Lake) était le nom donné exclusivement à « Belleville. » 

W – POINTE À JEPH (prononcée Jeff) du côté est de Indian Bay.  Elle est considérée comme une « pointe », parce que ce que nous avons à la lettre X qui suit était considéré comme une « île. »  George Brown (« Yarmouth, N.É. », p. 430) fait erreur en nous donnant « Jeffrey’s Point », alors que « Jeph » fait référence à Joseph Hubbard, mentionné en E.

Ici, Jean Muise, fils de François, s’est établi à son retour d’exil.  De là, il a déménagé à « Machoudiak », aujourd’hui Quinan, étant un de ses fondateurs, s’étant établi dans la section connue comme « Pipe City. » 

X – L’ÎLE À GILLIS (Gillis Island.)  Dans les registres d’église, le nom est épelé « Gilly. »  C’était François Gilly, un Français, qui s’est établi dans le coin dans les années 1780.  Il a déménagé à Baie Sainte Marie à l’époque du Père Sigogne, et s’est établi à Grosses Coques, sur la propriété de Julien Blin.  (Voir les articles No. 37 et No. 38.. )  Cette « île » est maintenant unie à la POINTE À JEPH mentionnée plus haut, n’en étant séparée qu’à très haute marée. 

Y – THREE POINT COVE, selon la carte de 1798. 

Z – SHAD COVE, selon la même carte. 

AA – SQUAW CAP COVE, selon la même carte.  Ce nom serait encore en usage. 

BB – LA PASSE AUX CHATS (Cat’s Passage), un nom qui est encore en usage. 

CC – CHEMIN DES BOULEAUX (Birch Tree Road.)  Cette route n’est plus vraiment utilisée aujourd’hui ; la route principale est celle qui est à l’ouest de celle-ci. 

DD – LA CRÉMAILLIÈRE.  Ce mot français signifie « support à pot » ou « crochet de cheminée. »  Ce nom qui est encore mentionné ici et là par les habitants locaux, doit venir du fait que cette langue de terre ou péninsule semble avoir sa rive est entaillée comme l’étaient les crochets de cheminées qui servaient à suspendre les ustensiles à différentes hauteurs du feu. 

EE – LES BIQUETTES (Les Biguettes.)  Ce nom, donné à la pointe la plus éloignée au nord de l’Île Morris, vient du fait que Cyrille Moulaison, fils de Joseph, vivait ici, dont le surnom était « Biguette. » 

FF – ÎLE À SQUIRE (Squire’s Island.)  Cette île a appartenu pour un temps à Benoni d’Entremont, de Pubnico Ouest, qui était connu sous le nom de « Squire » après qu’il eut été nommé Juge de Paix. 

GG – L’ABOITEAU, qui est un vieux mot français, utilisé presque uniquement par les Acadiens, pour désigner une « fermeture d’écluse. »  Celle-ci aurait pu être construite par les Acadiens aussitôt qu’ils furent revenus d’exil voilà plus de 200 ans.  Elle empêchait l’eau de se répandre dans les terres marécageuses où le foin salé était coupé ; mais elle pouvait être levée à volonté.  Elle servait aussi de pont.  La digue ici, indiquée sur les anciennes cartes, fut démolie par la glace vers 1960.  Voir F plus haut pour « l’aboiteau » sur la Rivière Abram. 

HH – LA CORVETTE.  La « corvette » est un bateau de guerre, connu particulièrement comme un bateau escorte armé.  On ne sait pas pourquoi ce nom fut donné à cette pointe de terre de l’Île Morris.  Cette pointe était aussi appelée LES TATO (Les Tatos), pour « Tatore », un surnom donné à Simon Doctrove’ Muise, fils de Louis, né en 1818 ; LES TATOS, désignant les membres de sa famille.  Helen Creighton, « Bluenose Magic » (The Ryerson Press, Toronto – 1968), p. 47, nous dit que ces gens croyaient à la sorcellerie. 

II – L’ÎLE DE LA VEUVE (The Widow’s Island), un nom donné à « L’Île au Renard » (Fox Island), pour une raison inconnue. 

JJ – POINTE DES BEN (Ben’s Point), un nom qui a toujours été donné à la « Pointe Muise » par les habitants français, parce qu’elle était occupée par Benjamin Muise, fils de François et frère de Jean (voir W), à son retour d’exil et par ses enfants. 

KK – SHEEP POINT, comme elle est connue depuis longtemps. 

LL – TÊTE À MILLIE (Millie’s Head.)  Elle est née en 1851, baptisée Marie Émilie, fille de Archange Muise, appelé « Hacre », mariée en 1874 à Joseph Moulaison qui décède en 1882, à l’âge de 29 ans.  Elle est morte à Yarmouth en 1915. 

MM – LA ROCHE DU DIABLE (The Devil’s Rock), un nom souvent utilisé mais d’origine inconnue. 

NN – HALL OVER.  Il y avait un pont ici ou une petite chaussée levée.  Les doris devaient être « halé » de la Rivière de l’Est jusqu’au Bassin ou vice versa.  La terre au nord était appelée THE NEW PLACE » (La Nouvelle Place.) 

OO – LA TÊTE À MOUDE (Moude’s Head), qui est donné sur les cartes comme « Muise Head. »  Au sud-ouest de cet endroit, la carte nous donne « Muise Head Island » ; les Acadiens, lorsqu’ils mentionnent LA TÊTE À MOUDE, font parfois référence à cette île. 

Elle était reliée par un pont à une autre petite île à l’ouest de celle-ci.  « Hog Island », à l’est, est une traduction du français l’ÎLE À COCHON. 

PP – THE TITTLE est un nom qui remonte loin dans le temps et qui est encore bien connu.  C’est le nom donné à la pointe la plus éloignée de l’Île Surette.  La carte nous donne de façon erronée le nom de « Tittle » et « Outer Sheep. »  Notez que « Outer Sheep Island » est encore connu localement comme L’ÎLE AUX BREBIS (Sheep Island.) –L’Île Surette était anciennement connue comme « Far Point Island. »  On trouve aussi dans les actes notariés « Pierrepont Island », Pierrepont étant un nom de famille Anglais. 

QQ – LES GROUS (The Big.)  “Gros” est prononcé localement “grou”, donné ici au pluriel.  C’est le nom donné par les habitants locaux à cette section. 

RR – L’ÎLE À SAUGE –ou – ÎLE À BRICK (Wilson’s Island.)  --Voir l’article No, 18. 

SS – ÎLE À DABOU (Dabou Island.)  « Dabou » était le surnom donné à Marc Muise (1814-1896), fils de Firmin.  Il avait une famille nombreuse, dont les membres sont très bien connus, ce qui a donné à l’île un certain prestige.  Son nom officiel est « Eatall » (mange tout), que les Acadiens ont transformé en « étoile », un nom que notre carte a adopté. 

TT – ÎLE À FRISSÉE (Frissee Island), pratiquement le seul nom par lequel les Français connaissent « Bar Island. »  « Frisé » veut dire « bouclé. »  Le nom doit désigner un endroit ou eut lieu une « boucle » ou une « frise » quelconque. 

UU – L’ÎLE AUX AGNEAUX (Lamb Island), un nom que la carte a copié du Français. 

VV – WIGUECHICHE ou WIGICOUCHICHE, pour « Jones Island. »  Étant la plus facile à atteindre par mer de toutes les îles de la Baie du Homard, il n’est pas surprenant de voir apparaître le nom dans les vieux actes notariés et qu’il fut bien connu sous le nom de « The Punk. »  Nous trouvons aussi « Wilson Point » (Pointe Wilson.)  Plus récemment la carte donnait « West Money Island », pour la distinguer de « East Money Island » qui suit. 

XX – ÎLE À SAM (Sam Island), maintenant « East Money Island. » 

YY – ÎLE AUX GROSEILLES, “Gooseberry Island”, tel que traduit du Français. 

ZZ – BAIE DES CHICANES (Chicaneries Bay), maintenant « Goose Bay. » 

AAA – BARBE-ACADIE, notre « Western Bar Island. » 

NOTE DE L’ÉDITEUR: Le Révérend d’Entremont, qui a écrit des articles sur l’héritage principalement l’héritage Acadien, écrira le dernier article de cette série le 27 novembre (1990.)  Après 100 articles, il prend un repos bien mérité.