Musée des Acadiens des Pubnicos et Centre de recherche - BRÈVE HISTOIRE DE PUBNICO


Pubnico fait partie du territoire que l'on appelait avant la dispersion le CAP-SABLE, qui, dans les débuts, déjà vers 1614, avait son centre au Port La Tour, qui portait alors le nom de Port Lomeron, du fait qu'un monsieur David Lomeron y avait un comptoir d'échange pour des fourrures et du poisson. Charles de Biencourt, qui était à la tête du petit groupe de Français de l'Acadie primitive, qui était alors le sud-ouest de la péninsule, mourut vers 1624. En 1631, Louis XIII nommait comme gouverneur de ce qui était alors l'Acadie Charles de la Tour, fidèle compagnon de Charles de Biencourt. C'est alors que le nom "Port Lomeron" fut changé en celui de "Port La Tour". Il fut nommé gouverneur de l'Acadie pour une deuxième fois en 1651, quand il s'était rendu en France, pour revenir avec Philippe Mius d'Entremont, dont il fit son major. C'est Philippe Mius d'Entremont qui devait être le fondateur de Pubnico.

En 1653, Charles de La Tour offrit à Philippe Mius d'Entremont d'aller s'installer là où bon lui semblerait. Il choisit ce qui était connu alors des Amérindiens du nom de Pobomcoup, qui voudrait dire un "endroit où on a fait des trous pour pêcher". Charles de la Tour constitua ce territoire en baronnie, la première jamais créée en Acadie, et la deuxième au Canada. Il octroya à Philippe Mius d'Entremont le titre de Baron. Le centre de la baronnie s'est trouvé du côté est du havre, non loin de ce que les Anciens appelaient autrefois "La tête de la rivière". Ce fut en cette même année, 1653, que Philippe Mius d'Entremont y arriva avec son épouse, Madeleine Hélie, et leur fille Marguerite, née en France, qui devait devenir l'épouse de Pierre Melanson, fondateur de Grand-Pré. C'est ici que devaient naître les trois fils, Jacques, Abraham et Philippe, et la plus jeune de la famille, Madeleine.

Philippe Mius d'Entremont, ayant été nommé procureur général du roi, dut suivre le gouverneur là où il se trouvait. C'est pourquoi il ne demeura pas de nombreuses années à Pobomcoup, étant décédé à Grand-Pré, probablement chez sa fille, en 1700, étant âgé d'environ 91 ans. Charles de La Tour, dont Jacques et Abraham devaient épouser deux des filles, était décédé en 1663.

Ce fut Jacques, semble-t-il, qui érigea au centre de la baronnie un manoir qui subsista jusqu'à la dispersion, là où il éleva sa famille. Quant à son frère, Abraham, malgré qu'il eût une grande famille, ses enfants n'ont pas laissé de descendants. Pour ce qui est de Philippe, il est à l'origine de la famille Mius (écrit aujourd'hui en plusieurs differentes formes). Les descendants de Jacques ont laissé tomber le nom de MIUS, qui était le nom patronymique de la famille, en sorte qu'ils ne portent plus que le nom d'ENTREMONT.

L'aîné des fils de Jacques, qui portait le nom de Jacques, tout comme son père, est allé s'établir dans la région de Barrington, où sont nés ses quatres garçons, à savoir, Jacques, Joseph, Paul et Benoni. Au temps du Grand Dérangement, Jacques, le fils, fut expulsé en France. Quant au reste de la famille, tous furent appréhendés vers la fin d'avril 1756 et envoyés au Massachusetts, où le père, Jacques, est décédé en 1759. Le reste de la famille devait revenir dans la région du Cap-Sable en 1766. Quant à la baronnie de Pobomcoup, elle fut saccagée par les Anglais en septembre de 1758, quand tout fut mis à feu et consummé de fond en comble.

En 1766 les familles Amirault, Belliveau, d'Entremont, Duon (aujourd'hui d'Eon) et Mius sont parties de Salem, Massachusetts, dans un bateau qu'ils s'étaient construit, en destination de Québec. Ayant fait escale à Halifax, ils dirent aux autorités qu'ils s'en allaient à Québec où ils pourraient pratiquer la Religion Catholique. On leur offrit alors de choisir les endroits qu'ils voudraient en Nouvelle-Écosse et que l'on verrait à ce qu'un prêtre leur serait envoyé.

Ils se dirigèrent d'abord du côté de Barrington, où la plupart avaient déjà vécu. Mais voyant que ces terres avaient déjà été prises par les Anglais et constatant que la saison était déjà avancée, ils passèrent l'hiver, tant bien que mal, aux Buttes de Sable, non loin de Barrington.

Au printemps, 1767, ils se dirigèrent vers l'emplacement de l'ancienne baronnie de Pobomcoup. Mais constatant qu'encore ici ils avaient été devancés par les Anglais. Les Belliveau s'arrêtèrent à Pubnico-Est, à la section encore acadienne aujourd'hui.   Les Muis s'installèrent au bas de la rivière Tousquet, à Wedgeport.  Et, un peu plus haut, les Amirault s'établirent aux Buttes-Amirault, tandis que des LeBlanc se rendirent à la Pointe-à-Rocco (Sainte-Anne-du-Ruisseau).  Les d'Entremont s'établirent sur les terres autour du havre de Pubnico que les Anglais n'avaient pas prises, parce qu'elles n'avaient pas été cultivées par les Acadiens d'avant l'expulsion. Ces terres couvraient toute la langue de terre à l'ouest du havre, aujourd'hui Pubnico-Ouest, et tout le territoire encore de langue française à l'est du havre. Et c'est ainsi qu'a pris naissance le second établissement de Pubnico, en 1767.

On peut dire que Pubnico comprend trois différentes sections, à savoir, Pubnico-Ouest, qui est presque entièrement de langue française, Pubnico proprement dit, mieux connu des gens du nom de "Pubnico-Head", que les Anciens appelaient "La tête de la rivière", presque entièrement de langue anglaise, et Pubnico-Est, la partie du nord étant de langue anglaise et la partie du sud presque entièrement de langue française. En raison du fait que Pubnico-Ouest s'est plus développé au cours des ans que les deux autres sections et que sa population est beaucoup plus grande, on réserve parfois le nom de "Pubnico" au village de Pubnico-Ouest exclusivement.

Les premiers Acadiens à venir de l'extérieur se joindre aux premiers colons ont été les Surette. Ils furent suivis des LeBlanc. Aujourd'hui les différents noms de famille sont devenus très nombreux, y compris beaucoup d'origine anglophone. Mais c'est encore la famille d'Entremont qui l'emporte par le nombre, suivie des familles Amirault et d'Eon.

D'après le recensement de 1981, Pubnico-Ouest comptait 1877 âmes; Pubnico (Head) 173 âmes et Pubnico-Est 140 âmes pour la section anglophone et 413 pour la section francophone.

La grande majorité des gens vivent de l'industrie de la pêche, qui comprend surtout le homard, le pétoncle, le hareng, l'aiglefin et la morue. Sur les côtes de Pubnico-Ouest on trouve trois grands ports de pêche et deux du côté est du havre. Quant aux usines de poisson, au début de la décennie de 1980 on en comptait une demi-douzaine à Pubnico-Ouest et deux à Pubnico-Est.

Le voyageur qui entre à Pubnico-Ouest, après avoir fait à peu près un kilomètre, trouve le monument érigé en 1951 à la mémoire du Baron Philippe Mius d'Entremont, premier fondateur de Pubnico. Sur ce monument sont également inscrits le nom des soldats originaires de Pubnico-Ouest, morts au cours des deux grandes guerres. A peine un kilomètre plus loin, on rencontre le Musée de Pubnico. Un peu plus loin, près du restaurant Red Cap, les meulles qui ont servi aux ancêtres des Acadiens de Pubnico à moudre leur blé. Ensuite le visiteur trouvera l'église catholique, avec son haut clocher, bâtie entre 1888 et 1891, la troisième du village. Presque trois kilomètres plus loin, on rencontre la route qui conduit au vieux cimetière, où fut construite en 1840 la deuxième église du village, là où on a érigé en 1981 un monument rappelant le souvenir du passé. Quant à la première église, elle avait été construite de l'autre côté de la route, la première pierre ayant été posée à l'été de 1810. Il n'en reste plus aucune trace. En se rendant au bout de cette route, le visiteur arrive à la maison la plus ancienne de Pubnico, la première construite en planche, datant de 1799, érigée pour le compte de Benoni d'Entremont, l'un des trois frères d'Entremont co-fondateurs de Pubnico-Ouest.

Pubnico est considéré non seulement comme le plus ancien village qui, en Acadie, est encore occupé par les Acadiens, mais aussi comme le plus ancien village du Canada qui est encore occupé par les descendants de son fondateur.

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